On n’en sort pas, dites-vous ? Eh oui ! C’est comme ça. Une espèce de retour sur images. Et les mots qui vont avec. Le choix est vaste. Curieux comme la guerre inspire les grandes plumes.
Revoilà Neruda. L’ami, le compagnon, le frère d’Allende. Le Neruda du Canto General, qu’il faudrait bien reprendre, lui aussi. Même si Theodorakis, qui l’avait somptueusement mis en musique, n’est plus en odeur de sainteté. Tant pis… Qu’il soit dit une fois pour toutes qu’ici, nous ne renions rien de nos vingt ans, et de ceux qui nous ont portés à devenir ce que nous sommes.
brigitte blang
Madrid seule et solennelle, juillet t'avait surprise avec ta joie
De rayon de miel pauvre ; claire était ta rue,
Clairs étaient tes songes.
Un hoquet noir
De généraux, une vague
De soutanes rageuses
Rompit entre tes genoux
Ses eaux boueuses et leurs ruisseaux de fange.
Les yeux encore tout meurtris de sommeil,
Avec un vieux fusil et des pierres, Madrid,
Récemment blessée,
Tu te défendis. Tu courais
Dans les rues
Laissant les traces de ton sang sacré
Rassemblant, appelant d'une voix l'océan
Avec ton visage à jamais changé
Par la lueur du sang,
Madrid,
Comme une montagne vengeresse,
Comme une sifflante
Etoile de couteaux.
Lorsque dans les ténébreuses casernes,
Dans les sacristies de la trahison,
S'enfonça ton épée ardente,
Il n'y eut qu'un long silence d'aube,
Il n'y eut que le pas haletant des drapeaux,
Et qu'une honorable goutte de sang sur ton sourire.
Pablo Neruda