Celle-là, je la chantais tout doux à ma petite qui venait de naitre, pendant que son papa faisait son service militaire. Nous, nous n’avions pas un facteur, mais un vaguemestre, et finalement, c’était pareil ! Les lettres venaient et repartaient, chaque jour. C’était un temps où on s’écrivait, en vrai, sur du papier et avec de l’encre.
Maintenant… Moustaki ne l’écrirait peut-être plus.
Parce qu’à l’heure de l’internet et des déballages de cœur sur Facebook, qui saurait encore trouver un messager pour apporter des lettres remplies de l’autre aux amoureux glacés d’éloignement et de solitude ?
Une voix céleste jouait le rôle du chœur. C’était celle de Catherine Le Forestier. La sœur de, oui. Celle aussi de la Petite fugue. On ne l’a plus beaucoup entendue, cette voix de rêve. Dommage.
brigitte blang
Le facteur
Le jeune facteur est mort
Il n'avait que dix-sept ans
L'amour ne peut plus voyager
Il a perdu son messager
C'est lui qui venait chaque jour
Les bras chargés de tous mes mots d'amour
C'est lui qui portait dans ses mains
La fleur d'amour cueillie dans ton jardin
Il est parti dans le ciel bleu
Comme un oiseau enfin libre et heureux
Et quand son âme l'a quitté
Un rossignol quelque part a chanté
Je t'aime autant que je t'aimais
Mais je ne peux le dire désormais
Il a emporté avec lui
Les derniers mots que je t'avais écrit
Il n'ira plus sur les chemins
Fleuris de roses et de jasmins
Qui mènent jusqu'à ta maison
L'amour ne peut plus voyager
Il a perdu son messager
Et mon cœur est comme en prison
Il est parti l'adolescent
Qui t'apportait mes joies et mes tourments
L'hiver a tué le printemps
Tout est fini pour nous deux maintenant
Georges Moustaki