L’enterrement discret de la retraite à 60 ans
Le droit de partir à la retraite à 60 ans est une des grandes conquêtes de la gauche en 1981. Cet acquis est si populaire que la droite n’a jamais osé s’y attaquer directement. Mais elle l’enterre progressivement et discrètement. D’abord en relevant sans cesse le nombre d’annuités requises pour avoir une retraite à taux plein, ce qui pénalise financièrement ceux qui veulent faire valoir leur droit de partir à 60 ans. La retraite à 60 ans est aussi en ligne de mire de la plupart des politiques dites de « soutien à l’emploi des seniors » et de « relèvement du taux d’activité ». De manière significative, la tranche d’âge choisie par les libéraux pour relever le taux d’activité des seniors est celle des 55/64 ans. La France s’y situe à 37,5% d’activité tandis que la Commission européenne a fixé une cible de 50% pour 2010. Pour l’atteindre, le principal levier n’est pas de lutter contre le chômage et les licenciements abusifs des 55/60 ans, mais de faire travailler un nombre croissant de personnes au-delà de 60 ans. Il est d’ailleurs révélateur que les différents pays qui relèvent l’âge de départ à la retraite à 65 ans ou 67 ans (Royaume-Uni, Allemagne) se réclament tous de l’objectif européen d’élévation des taux d’activité. En France aussi, la loi de 2003 a créé une surcote bonifiée de 5% pour les départs après 65 ans, alors que la surcote normale n’est que de 3% pour les départs après 60 ans. L’objectif est donc bien de faire travailler les gens jusqu’à 65 ans et au-delà. Même logique avec la chasse récemment ouverte par le gouvernement aux dispositions prévoyant la mise en retraite d’office à 65 ans dans certains secteurs.