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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


une fille à la chaîne...

Publié par prs 57 sur 6 Février 2008, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Dans notre série « au boulot », aujourd’hui, une vue sur usine, sur montage, sur file, sur chaîne. Peut-être ce titre vous ranime-t-il quelques souvenirs ? Un film, des années sombres de ce qu’on nommait pudiquement « les événements d’Algérie ». Tiens, on en parlera, un de ces quatre.

 

La chaîne

 
J’aurais voulu m’arrêter, demander la permission de souffler un peu. Les jambes dures comme du bois, rouillées aux articulations, je descendais moins vite. Et quand je grimpais dans une voiture derrière Daubat, je me dépêchais de m’accroupir quelques secondes. Il s’aperçut que je ne suivais pas très bien.

- Reposez-vous. Ensuite, vous me remplacerez et j’irai en fumer une.

Rien n’était prévu pour s’asseoir. Je me tassais entre deux petits fûts d’essence. Là, je ne gênerais personne. La fatigue me coupait des autres et de ce qui se passait autour de moi. Les moteurs de la chaîne grondaient sur quatre temps, comme une musique. Le plus aigu était le troisième. Il pénétrait par les tempes telle une aiguille, montait jusqu’au cerveau où il éclatait. Et ses éclats vous retombaient en gerbes au-dessus des sourcils, et, à l’arrière, sur la nuque.

- Mademoiselle ? À vous.

Daubat me tendit sa plaque.

- Allez-y, je reviens. Attention aux pare-soleil.

Grimper, enjamber, m’accroupir, regarder à droite, à gauche, au-dessus, voir du premier coup d’œil ce qui n’est pas conforme, examiner attentivement les contours, les angles, les creux, passer la main sur les bourrelets des portières, écrire, poser la feuille, enjamber, descendre, courir, grimper, enjamber, m’accroupir dans la voiture suivante, recommencer sept fois par heure.

Je laissai filer beaucoup de voitures. Daubat me dit que cela ne faisait rien, puisqu’il était avec moi pour deux ou trois jours. Gilles le lui avait confirmé.

- Ensuite, ils me mettront à la fabrication.

Sur son poignet, je voyais les aiguilles de sa grosse montre. Encore une heure et demie…

Quand il resta moins d’une heure à travailler, je retrouvai des forces et je contrôlai très bien deux voitures à la suite. Mais l’élan se brisa à la troisième. Au dernier quart d’heure, je n’arrivais plus à articuler les mots pour signaler à Daubat ce qui me paraissait non conforme.

 

Claire Etcherelli, Élise ou la vraie vie, Éditions Denoël.

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