Pour une République sans gènes
Immigration. Alors que les parlementaires se réunissent demain, de nombreux manifestants ont encore exigé le retrait de l’amendement ADN.
Une étoile jaune frappée de l’inscription « ADN » est brandie par un manifestant venu protester, samedi, place du Trocadéro, contre l’amendement du député Thierry Mariani. À ses côtés, en clin d’oeil à SOS Racisme qui mobilisait hier soir au Zénith de Paris, d’autres pancartes affichent les slogans « Touche pas à mon ADN ». Familles aux regards inquiets, responsables politiques parmi lesquels Jack Lang (PS), Nicole Borvo (PCF) ou encore Noël Mamère (Verts), associations pour la protection de l’enfance, enseignants et chercheurs : tous ont dit leur opposition à un projet qu’ils jugent incompatible avec les lois universelles. « Cet amendement est immoral et inhumain », résume le généticien Axel Kahn, un des premiers à s’être élevé contre cette disposition.
« On ne peut pas définir la notion de famille sur la seule valeur du sang, poursuit le scientifique. Trop de paramètres sont à prendre compte : il y a d’abord le coeur, l’esprit… » Ce que vient confirmer Claire Gibaud, députée européenne UDF : « Je suis mère adoptive de deux enfants africains, et les personnes que j’aime le plus au monde n’ont pas une goutte de mon sang. » Et Axel Kahn de souligner les contradictions de cette loi, en évoquant une tradition africaine, l’adoption d’enfants par des familles solidaires. « On va reprocher la générosité de ces mères ? Leur demander d’abandonner une deuxième fois un enfant adopté car elles ne sont pas mères génétiques ? »
L’amendement de Thierry Mariani, dans sa version légèrement édulcorée par le Sénat, doit être discuté demain en commission mixte paritaire, mais tout porte à croire que les parlementaires de la majorité ne lâcheront pas sur ce point. « Le Sénat s’est couché après la pseudo-transformation de l’amendement, a fustigé hier Nicole Borvo, élue de la haute assemblée. Si celui-ci était validé mardi, il faudra saisir le Conseil constitutionnel. » Le vote définitif de la loi est lui prévu le 22 octobre à l’Assemblée et le 23 au Sénat.
« On ne peut pas enfermer une personne dans son identité biologique », précise encore Jean-Claude Ameisen, membre du Comité consultatif national d’éthique. Le médecin immunologiste n’est pas convaincu par le sondage OpinionWay-Figaro, selon lequel 56 % des Français seraient favorables aux tests ADN. « Je ne peux pas croire que nos compatriotes approuvent ce genre de loi. »
« On va demander à ceux que l’on accueille en France d’avoir un sang pur », s’indigne enfin Henri Leclerc, président d’honneur de
Servane Viguier (15 octobre)