Notre président de la République, vous savez bien, celui qui a été élu il y aura tantôt 4 mois, avec 53 % de voix, donc, un quasi triomphe, (que les 82 % de Chirac en 2002, c’est juste un rien du tout, tout le monde les a oubliés… et surtout tout le monde a l’air d’avoir oublié les circonstances de ce score his-to-ri-que), ce garçon-là, donc, il nous a fait plein de promesses pendant la campagne. Attention, pas des promesses comme on avait l’habitude style la grossesse à six mois ou du soleil en été, non de vraies promesses bien graves, plutôt genre je vais te remettre ce tas de fainéants au boulot, et plus vite que ça, ou encore, les fonctionnaires, tous des nantis, à dégager, ou bien même, trop de sans-papiers dans notre belle république, dehors. Donc, on disait, des promesses en béton, qu’il s’est trouvé 53 % de Français pour juger ça tentant (si on essayait, qu’ils se sont dit, qu’est-ce qu’on risque ?) et prendre le pari… 53 %... Ce soir-là, on avait un peu le moral dans les baskets (sauf la perdante, vous vous souvenez ? !), mais il y avait des copains pour dire, allez, il reste quand même 47 % de gens fréquentables dans ce pays, ça va passer, dans deux mois, ils auront compris. Et chic, dis donc, il a commencé à les tenir, ses belles promesses, comme on vous le dit. D’abord, les lois sur la récidive, sur la délinquance des mineurs, puis les attaques contre le droit de grève, puis les effectifs de la fonction publique qui fondent que c’en est une misère, et ces jours-ci, les familles expulsées, les charters remobilisés… Rien d’autre que des promesses tenues, finalement, non ? Rien à dire, c’était dans le contrat… Et les 53 % c’est même pour ça qu’ils avaient voté pour lui… Là où je ne comprends plus rien, c’est qu’ils ont fait des petits. Oui, ils sont maintenant 71 % à trouver ça pas mal du tout cette politique… 18 % en plus en quatre mois à peine. 18 % venus de nos rangs (sinon, d’où on les sort ?) qui approuvent tout ça, qui disent qu’il a raison de secouer les puces des effectifs de profs lesquels, c’est bien connu, n’en foutent pas une rame du 3 septembre au 3 juillet, qui pensent que les cheminots sont des privilégiés, et aussi les gaziers, et bien sûr les infirmières, qui ne tiquent pas lorsqu’on leur propose de juger les irresponsables mentaux (et donc de les « soigner » en taule), qui ne trouvent pas scandaleux qu’il rebondisse à chaque fait-divers sanglant, viol ou attaque de chien fou, comme pour cautionner encore plus ses projets répressifs, qui croient donc aujourd’hui que les délinquants sexuels sont génétiquement « anormaux », qui ne sont pas indignés à l’idée de coller des gamins en prison, et si possible sans remise de peine, qui ne voient plus que la France d'après c'est devenu la France de maintenant, qui ne réagissent même plus lorsqu’il va faire des dévotions à Bush le va-t-en-guerre, qui sont ravis de ce qu’on nomme joliment l’ouverture et qui n’est en fait qu’une vaste opération de sape de nos partis, de nos idées… 18 % venus de nos rangs, pour dire bravo à toutes ces crasses, 18 % qui en redemandent. Vous me direz que compte tenu de la solidité de l’offre en face, les pauvres, ils ne savent plus bien qui est qui, et on les comprendrait presque. Mais ça ne vous fait pas bizarre, à vous, d’avoir voté avec eux, comme eux, qui ont été si prompts à virer casaque ?
brigitte blang prs 57