Incohérences
On peut bien vous l'avouer maintenant. Nous sommes en mesure de communiquer une nouvelle incroyable : Luc Chatel a un frère jumeau.
Cette information nous l'avons dégagée petit à petit de la lecture des communiqués et des instructions ministériels jusqu'à ce que l'évidence nous saute aux yeux. Oui, c'est confirmé : Luc Chatel a un jumeau qui vient régulièrement brouiller ce qu'il décide.
Des preuves ? Rien de plus facile. Dr Chatel construit une réforme du lycée qui est marquée par des heures d'accompagnement et même de tutorat. Mister Chatel repasse derrière et programme une formation des enseignants strictement universitaire et disciplinaire, comme si accompagner un élève c'était juste une promenade au musée.
Dr Chatel veut augmenter le taux d'accès au bac et dans le supérieur. Mister Chatel n'en a cure : il s'arrange pour fabriquer des profs qui ne sauront se faire comprendre que de l'élite.
À grand coup de " bourses au mérite " et de " Réseau réussite ", Dr Chatel s'obstine à promouvoir la promotion scolaire des jeunes défavorisés, ça fait bien rire Mister Chatel qui élimine ces jeunes des concours d'enseignement en augmentant la durée des études avec la " masterisation ".
Dr Chatel parle d'apprentissage de l'autonomie, de droits lycéens, d'apprentissage démocratique. Mister Chatel offre aux proviseurs une paire de rangers et un stage de " sécurisation ".
Qui préviendra Dr Chatel que Mister Chatel tire plus vite que son ombre ?
François Jarraud
" LE SOCIALISME PROCLAME QUE LA REPUBLIQUE POLITIQUE
Il y a
encore un bon peu de mois, j’appartenais à ce que d’aucuns nomment l’Éducation nationale, et que j’appelais simplement l’école. Dans mon cas, c’était un collège, mais je n’ai jamais réussi à dire
autre chose que « je vais à l’école. » Une école, donc, à la campagne, pour des gamins comme partout, des grands, des petits, des qui connaissaient plein de trucs et d’autres qui
n’avaient que la télé pour s’ouvrir au monde. C’était il y a si longtemps, c’était il y a un an à peine. Une belle partie de ma famille s’y trouve encore, à l’école. Et qui me racontait l’autre
jour que tous leurs projets avaient été refusés par leur administration. De beaux projets, pourtant. Emmener les quatrièmes visiter les volcans en Sicile, avec un détour par Rome, et aussi
Florence. Partir une journée à Strasbourg, histoire de voir du gothique grandeur nature et le Planétarium dans la foulée. Filer à Nancy applaudir le Ballet National, ou à Metz pour l’Orchestre de
Lorraine, ou encore à Verdun, pour comprendre ce que le mot Paix veut dire. Tout ça, on oublie. Paraît que des textes seraient tombés. De tout là-haut. Il est désormais (je cite, tout de même,
car ça ne s’invente pas) « …indispensable de lutter contre les habitudes de grignotage du temps installées avec les sorties scolaires et les interventions extérieures, qui
déconcentrent les élèves et font perdre beaucoup de temps sur les apprentissages, en prenant les mesures de restrictions des empiètements tolérés ou même favorisés, en limitant les agréments et
autorisations. » Voilà voilà ! Ils se sont tout de même mis à deux, deux inspecteurs généraux, rien que ça, pour produire ce tissu d’ineptie. Des inspecteurs généraux, qui au
21ème siècle, pensent encore qu’une sortie scolaire est seulement une perte de temps. On a juste envie de leur demander depuis combien de temps ils ne sont pas entrés dans une vraie
classe, avec des gamins en chair et en jeans. On a honte pour eux, non ? Je me propulse dans la machine à remonter le temps et j’atterris à Paris, avec mes 3èmes, au Louvre, au
Musée de l’Homme, au Luxembourg, au Palais de la Découverte ce merveilleux espace de connaissance à l’ancienne, et aussi au Mur des Fédérés, tiens, pendant qu’on y était. Les rencontres
extraordinaires, les balades en chansons « Aux Champs-Élysées », la vie en commun pendant une semaine, le métro, le bus, et Versailles. Du temps perdu ? Voir les profs au petit
déjeuner, et même en pyjama à fleurs, ça ne permet pas de redéfinir la notion de hiérarchie, non ? Me revient une aventure, plutôt marrante. C’était à la Galerie de l’Évolution. Au moment de
repartir, il m’en manquait deux. On les a cherchés partout. Ils étaient là, fascinés dans l’expo des espèces disparues. L’un d’eux est vétérinaire aujourd’hui. L’autre ingénieur en je ne sais pas
bien quoi. Mais quand on se voit, ils ne loupent jamais de me rappeler cette affaire-là. Où ils ont « appris autrement ». Comme si je risquais de l’oublier. Comme si je ne savais pas
que c’est en variant les plaisirs qu’on donne envie d’en savoir plus. Comme s’il m’était étranger que c’est en regardant le vaste monde, en vrai, qu’on devient un être humain. Comme si j’avais
déjà oublié tout ce que Freinet disait des frontières écroulées entre les matières. Parce que même si on enseigne les Sciences, on peut avoir envie de montrer la maison de Victor Hugo et la
Colonne de Juillet à des petits lorrains en vadrouille. À condition qu’aucun inspecteur général ne vienne s’en mêler. Que l’école soit un sanctuaire, je n’en ai jamais douté. Qu’il faille la
refermer sur elle-même en ne laissant filtrer que si peu de lumière, c’est une autre histoire. Et si ces deux messieurs n’ont jamais vu 28 gamins de Sarralbe en goguette au pied de la Tour Eiffel
un soir de printemps, je veux bien les y accompagner. Je crois bien n’avoir pas encore complètement perdu la main. De même que je me crois encore capable de travailler tout un trimestre autour du
thème de la haie vive, juste pour gagner un concours présidé par Jean-Marie Pelt. Alors, bien sûr, si après ça, on vient nous parler de concentration, c’est une autre histoire. Mais je peux vous
garantir que ces jours-là, en effet, il y avait bien peu d’absents, dans les rangs de ces sixièmes-là. Mais puisque tous ces merveilleux moments d’apprentissage sont à présent à classer au rayon
des « habitudes de grignotage de temps scolaire », il va bien falloir trouver autre chose pour les passionner, les chers petits. Je ne sais pas moi, une cagnotte,
peut-être ?
La crise, façon sujet du bac Sciences et technologies de la gestion (STG). Soit une employée, en qualité de commerciale dans
l’entreprise Sectora. Elle prospecte les grandes surfaces pour tenter de leur vendre des postes de caisses ergonomiques… Mais, la conjoncture morose aidant, elle ne parvient pas à remplir ses
objectifs de vente. Après plusieurs formations prescrites par son employeur, la vendeuse n’améliore pas ses performances. Sujet distribué aux candidats de la série STG, épreuve économie-droit,
cette année : la salariée reçoit « la lettre jointe en annexe (une convocation pour un entretien préalable au licenciement — NDLR) et conteste la décision prise à son encontre. Elle
menace de porter l’affaire devant le tribunal. Le directeur de Sectora vous demande conseil »…
Les enfants de 2 ans, ne seront plus accueillis en maternelle, on sait que ce n’est pas un problème de «
couches » pour évoquer le mensonge darcosien, car les petits ne sont admis en maternelle que lorsqu’ils sont « propres ». L’objectif réel correspond aux
engagements personnels du ministre en matière… religieuse.
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