La guerre de 14, c’était pas des vacances !
Heureusement dans un sens, parce qu’il a pas fait beau !
COLUCHE
" LE SOCIALISME PROCLAME QUE LA REPUBLIQUE POLITIQUE
DOIT ABOUTIR A LA REPUBLIQUE SOCIALE. " Jean JAURES
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La guerre de 14, c’était pas des vacances !
Heureusement dans un sens, parce qu’il a pas fait beau !
COLUCHE
« L’usage de la force, et nous en avions les moyens, aurait conduit à la catastrophe, »
Le dernier président du Conseil d’État de la République démocratique allemande (RDA) évoque la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.
Egon Krenz vit avec sa famille près de Rostock. Notre rendez-vous a eu lieu à Berlin, dans un endroit discret, il doit prendre des précautions, n’étant pas à l’abri d’une provocation. La presse de droite allemande le salit, l’insulte souvent.
J
osé Fort : Vous avez été emprisonné pendant
plusieurs années. Comment allez-vous ?
Egon Krenz : J’ai la chance d’avoir une famille intacte et des amis fidèles. J’ai l’espoir que mes petits-enfants réussiront ce que nous avons tenté de construire. En 1989, ce n’est pas l’idée socialiste qui a été enterrée, mais plutôt un certain modèle de socialisme. Ces années de prison ont été surtout dures pour ma famille car les attaques visaient mon honneur personnel. Je savais qu’on ne m’offrirait pas des fleurs. Pour une raison simple : dès son élaboration, la loi fondamentale de la RFA stipulait que les territoires allemands situés hors RFA devaient être récupérés, tous ceux y exerçant une fonction responsable étant considérés comme des criminels, des malfaiteurs. Je savais cela depuis longtemps. Mais je refusais et refuse toujours les accusations qui ont été portées contre moi. L’histoire me libérera. Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. La division de l’Allemagne n’était pas chose naturelle. Elle était contraire à notre histoire. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis ? Moi, j’ai scrupuleusement respecté les lois de la RDA. Je n’ai commis aucun crime.
Comment avez-vous vécu les derniers jours de la RDA ?
Je ne suis pas de la génération de ceux qui venaient des camps de concentration, de la guerre, de la Résistance, de Moscou. Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Je suis un enfant de la RDA. Tous les autres avaient survécu au nazisme. J’ai exercé de nombreuses fonctions : de représentant des élèves dans mon collège, jusqu’à la présidence du Conseil d’État. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.
Aviez-vous passé des accords avec le chancelier Kohl ?
Nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement, non pas l’ouverture de passages, mais la « destruction du mur ». Nous nous étions mis d’accord avec Kohl pour l’ouverture en « douceur » des frontières.
Avez-vous pensé, un moment, faire usage de la force ?
Je peux jurer que nous n’avons jamais envisagé une telle décision. Je savais qu’une seule mort aurait eu des conséquences tragiques. L’usage de la force, et nous en avions les moyens, aurait conduit à la catastrophe.
Dans un de vos ouvrages, vous vous élevez contre la réécriture de l’histoire.
Tant de choses ont été écrites... Il faut revenir à l’essentiel : sans Hitler, le nazisme, la Seconde Guerre mondiale et la réforme monétaire de 1948, l’histoire de l’Allemagne aurait pu s’écrire autrement. Le malheur du peuple allemand, c’est le fascisme.
Pensez-vous à vos propres responsabilités ?
J’y pense constamment. Je pense au fossé entre la direction et la base, au déficit de confiance entre le parti et la population. Le manque de démocratie, de débat, la différence entre la réalité et la propagande. Les plus anciens refusaient le débat direct. Une terrible erreur. 11 fallait combattre l’adversaire sur le plan des idées. Il fallait accepter la confrontation idéologique. Nous ne l’avons pas fait. Nous rencontrions de gros problèmes économiques et nous faisions comme si tout allait bien. Pour les citoyens de la RDA, les acquis sociaux étaient chose normale. Il fallait dire la vérité, montrer les difficultés, parler franchement.
Vous n’évoquez pas l’environnement international, la guerre froide, le rôle de l’Union soviétique et de Gorbatchev.
J’y viens. Je l’avoue, j’ai été naïf. J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev, le 1er novembre 1989, à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit : « Que comptez-vous faire de votre enfant ? » II me regarde étonné et me répond : « Votre enfant ? Qu’entendez-vous par là ? » J’ai poursuivi : « Que comptez-vous faire de la RDA ? » II m’a dit : « Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour. » Et il a ajouté : « Tu dois te méfier de Kohl. » Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos.
Egon Krenz, le « Gorbatchev allemand », disait-on à l’époque.
En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette, j’aurais honte.
Vos relations avec Helmut Kohl ?
Le premier entretien date des obsèques de Konstantin Tchernenko (1), à Moscou. J’accompagnais Erich Honecker et Kohl avait demandé à nous rencontrer. Les Soviétiques étaient opposés à cette rencontre. Mais le rendez-vous était déjà pris à notre résidence. Nous avons vu arriver Kohl. Il s’est installé et nous a dit : « Enfin, une rencontre en famille ! » Nous avons longuement parlé, puis nous avons rédigé un court texte mettant l’accent sur le respect des frontières. Mon dernier contact a eu lieu le 11 novembre 1989. Kohl m’a téléphoné, a évoqué l’ouverture pacifique des frontières et m’a remercié.
Vingt après la fin de la RDA, le socialisme, selon vous, est-il mort ?
L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. À d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.
(1) Chef d’État soviétique décédé en mars 1985.
José Fort pour L’Humanité
À
l’heure où la lettre de Guy Môquet sera lue pour la seconde fois en classe, l’historien Nicolas Offenstadt analyse comment le président de la République tente de faire renaître un grand récit
politique qui instrumentalise les grandes figures historiques hors de tout contexte. Une histoire bling-bling, en somme.
L’ouvrage de Nicolas Offenstadt propose, en dix chapitres, de revenir sur les épisodes les plus marquants de l’usage fait par le pouvoir sarkozyste des références historiques.
Le chef de l’État s’est fait une spécialité de mettre en scène une histoire nationale clinquante et sans profondeur, une histoire bling-bling, selon la juste expression de l’auteur. Fondée sur une mise en scène médiatique appuyée des lieux de la mémoire nationale, éclatée en un kaléidoscope de personnages historiques érigés en icônes et bâtie sur une chronologie sans clivage, l’histoire bling-bling de Sarkozy est d’abord une histoire vite consommée. Elle cherche à produire une adhésion et se tient en lisière de la réflexion critique.
L’instrumentalisation de la figure de Guy Môquet est à ce propos exemplaire. Oubliant volontairement l’importance de l’engagement communiste du jeune fusillé, le pouvoir a surtout cherché à promouvoir une cohésion nationale construite sur quelques réflexes émotionnels.
Nicolas Offenstadt remarque très justement que les rituels commémoratifs déployés notamment à l’occasion de la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, sont tout à la fois datés et conventionnels. L’obsession d’un roman historique fédérateur s’étend désormais à l’Europe. Persistant dans une vision anachronique, confuse et téléologique de l’histoire européenne, le pouvoir ignore délibérément la complexité d’un passé fait de tensions et de conflits. Une des caractéristiques principales de l’histoire sarkozyste réside dans la détestation de la repentance, perçue comme l’expression des mémoires communautaires.
L’auteur remarque que l’attention soutenue aux épisodes douloureux et délicats nourrit davantage les cadres d’intelligibilité des citoyens qu’elle ne les appauvrit. L’embrigadement de certains historiens dans le récitatif du pouvoir, à travers notamment le rapport Kaspi, les débats sur les lois mémorielles et le projet de musée national, inquiètent, non sans raison, Nicolas Offenstadt, qui pointe la position ambiguë des experts organiques défendant une vision figée et patriotique de l’histoire.
La relecture historique qu’opère Sarkozy vise donc à réinvestir le roman national en stigmatisant les mémoires communautaires et la repentance. Cette posture prend appui sur une temporalité médiatique qui brouille les repères et consume rapidement les icônes. L’ouvrage de Nicolas Offenstadt défend en contrepoint une histoire critique vivifiante, soucieuse d’inventer de nouveaux espaces de dialogues avec le public.
Par Jérôme Lamy, historien des sciences.
L’Histoire bling-bling, Le retour du roman national, de Nicolas Offenstadt, Éditions Stock.
17 octobre 1961 : la guerre d’Algérie dure depuis 8 ans ; l’indépendance est inévitable tellement la population
soutient le FLN, tellement la France est isolée au niveau international. Pourtant, à Paris comme à Alger, les massacres gratuits et les vexations se multiplient.
17 octobre Paris
« 20h10 : Tout est calme. Une colonne d’Algériens vient à ma rencontre. Ni cris, ni drapeaux, ni pancartes. Ils sont généralement jeunes mais il y a aussi des adultes, même des vieillards et des femmes tenant leurs enfants par la main ... La charge de police ratisse le boulevard... Une partie du cortège est matraquée sans pitié... Un raffiné manie son bâton de taille pour mieux casser nez et dents. Un autre estoque au visage avec un bâton cassé, dentelé comme un tesson. Un gradé cueille un vieil homme enturbanné… impossible que l’œil n’ait pas éclaté… Un Algérien s’enfuit en hurlant, la mâchoire disloquée, sa bouche bée comme un trou noir… » (déclaration du témoin René Dazy).
La police recense officiellement 11538 arrestations dans ces conditions ; le FLN algérien compte 200 morts et 400 disparus. L’Inspection Générale de la police « estime » le nombre de tués à 140. Elle estime seulement car il y a effectivement beaucoup de « disparus ». Le lendemain, des cadavres flottent encore au fil de l’eau sur la Seine. « Pendus aux arbres. Etranglés ou noyés dans les caves ».
Des policiers témoignent auprès de Claude Bourdet, conseiller municipal de Paris, sur des faits horribles. Un gardien de la paix raconte comment des Algériens ont été abattus à coups de bancs dans le cadre d’une plaisanterie interne à la police.
Dans L’Express, Jacques Derogy rapporte comment une colonne a été accueillie par une rafale de mitraillette au Pont de
Neuilly. « Après… la chaussée était jonchée de débris de toutes sortes, de landaus d’enfants renversés... de grandes traînées de sang »".
« Des policiers ont « décollé » un bébé du dos de sa mère. Le bébé est tombé à terre. Une dernière vague de policiers l’a piétiné. »
Dans France Soir, JL Quenessen relate un autre témoignage « Il était onze heures du soir près du Pont du Château. Une trentaine d’Algériens sont ramassés. Roués de coups, ils sont jetés dans la Seine, du haut du pont, par les policiers. Une quinzaine d’entre eux ont coulé... D’autres essayaient de regagner le bord. Mais les agents tiraient dessus ».
Des témoignages aussi atroces sur le comportement des policiers abondent.
Un député centriste, M Claudius Petit, cite des faits à l’Assemblée nationale et lance : « Après la honte de l’étoile jaune, connaîtrons-nous celle du Croissant jaune ? Nous vivons ce que nous ne comprenions pas que les Allemands vivent après l’avènement d’Hitler ».
Les partis et journaux de gauche réprouvent ces faits de façon souvent « maîtrisée ». La grande majorité des aveugles éternels, avoués ou honteux, qui votent à droite, n’avaient pas remarqué en 1942 que leur voisin partaient pour les camps de concentration ; en 1961, ces évènements ne les perturbent ni plus ni moins.
Par contre, l’embryon de la génération militante jeune de Mai 68 naît alors, sur la base d’une morale universaliste et internationaliste. Il n’y a rien à regretter dans ce choix.
Jacques Serieys
PS : J’ai rédigé l’article ci-dessus à partir de notes (extraites essentiellement d’une revue, peut-être Les Temps Modernes) pour un rapport que j’avais fait dans les années 1960.
Évoquer le nom du Che devant le photographe René Burri déclenche une avalanche de souvenirs. Lors d'une rencontre à huis clos en 1963, le photographe suisse l'a immortalisé dans un portrait devenu une icône dans le monde entier, à retrouver dans une exposition à la galerie Esther Woerderhoff à Paris. Entretien.
Comment avez-vous réalisé ce portrait du Che ?
En 1963, j'avais tout juste 30 ans quand j'ai débarqué avec Laura Bergquist dans le bureau du Che, à La Havane. La journaliste américaine avait réussi l'impossible en décrochant une interview avec le grand révolutionnaire, trois mois après la crise des missiles.
La rédaction de Look avait reçu l'autorisation des autorités américaines pour réaliser l'interview. En catastrophe, l'agence Magnum avait dû dénicher un photographe, le soir de la Saint-Sylvestre, pour partir à Cuba. J'ai aussitôt quitté Zurich pour Prague, où j'ai pris un Iliouchine soviétique en provenance de Moscou pour La Havane.
Vous êtes arrivé à La Havane quelques jours avant le quatrième anniversaire de la révolution…
C'était le 2 janvier 1963. Le peuple, qui soutenait le nouveau régime, était fier de narguer les Américains. Surtout après l'épisode de la Baie des cochons en 1961, qui marqua la cuisante défaite des Etats-Unis.
La rencontre avec le Che s'est déroulée dans son bureau du ministère de l'Industrie. Un bâtiment au cœur de La Havane. J'ai revu l'endroit au début de cette année, en marge de mon exposition. Rien n'a bougé. Le mobilier est toujours le même, comme si on attendait le retour du Che. Les dossiers, les papiers éparpillés sur le bureau, une immense carte de la grande île des Caraïbes toujours accrochée au mur. Tout est resté figé. L'esprit du Che hante toujours la pièce.
Cela a réveillé en vous le souvenir précis de votre unique rencontre…
Il était en tenue de combat. Il paraissait très nerveux. Les stores de son bureau étaient fermés. Le Che était comme un lion en cage. Je me suis dit que ce révolutionnaire, qui avait parcouru toute l'Amérique latine en moto, était impatient dans son bureau dominant la place de la Révolution à La Havane.
J'ai vite remarqué qu'il n'aimait pas fixer l'objectif. Dans la pénombre, j'ai vidé mes huit bobines. Le Che, colérique, fumait son cigare. L'entretien avec la journaliste américaine a duré près de trois heures. La rencontre a très vite tourné à l'affrontement idéologique. Il a tenté d'expliquer à la reporter américaine les bénéfices de la révolution cubaine.
Pendant ce temps, je réalisais l'une de mes séries de portraits les plus remarquables mais aussi les plus intimes. Reste qu'il ne m'a pas offert de cigare.
Il parait que votre cliché fait un tabac au Mexique…
Effectivement, cette photo du Che est actuellement visible partout au Mexique, dans les métros, les rues, les bistros… Un musée de Mexico a choisi de la mettre à l'affiche pour promouvoir mon exposition « René Burri, Un monde. » C'est la meilleure façon de rendre hommage au Che, alors que nous célébrons l'anniversaire de sa mort.
C'est d'ailleurs à Mexico que le Che a rencontré pour la première fois Fidel Castro en 1955 et que le projet révolutionnaire a pris forme, avant d'être rejeté ailleurs par le Mexique. En décembre 1956, Castro débarque donc avec le Che à Cuba.
Aujourd'hui, que reste-t-il du Che à Mexico ou à La Havane ?
Il reste ce portrait avec le fameux cigare entre les lèvres. Une image qui n'a pas fait de moi un homme riche, loin de là. Les révolutionnaires, les altermondialistes et surtout les capitalistes se sont approprié cette image pour leurs affaires. Chacun selon sa propre logique. À Cuba, vous pouvez acheter des tee-shirts à l'effigie du Che. Et à Paris, la même image en poster géant.
La jeunesse du monde s'est approprié la figure de cette légende. Dans les rues de La Havane, on ne voit que des posters du Che. Il y a le portrait du photographe Alberto Korda montrant le Che coiffé d'un béret. Il y a aussi le mien, le Che « hollywoodien » avec son cigare… Quarante ans après sa mort, ce révolutionnaire qui a été capturé et exécuté en 1967 en Bolivie fait toujours parler de lui.
Clamor, grito y amor, 1963-2007 exposition René Burri - galerie Esther Woerdehoff, 36, rue Falguière, Paris XVe - jusqu'au 20 octobre - du mar. au sam. de 14h à 18h -
Aujourd’hui, quarante deux ans après, la mort du Che.
Jacques Seyriès en parle mieux que bien, comme toujours sur le site PG Midi-Pyrénées, là juste à côté. Il vous raconte toute l’épopée, comme s’il y était (eh Jacques, tu y étais ?). Pour tout savoir, il vous suffit de cliquer sur la barre de liens, fastoche !
De mon côté, hommage au personnage, par delà celui qui fut notre référence absolue, y compris dans la récupération médiatique incontournable (j’ai encore en mémoire deux gamines hurlant le refrain du Commandante Che Guevara, sans même savoir qui il était, et tous ceux qui ont des trousses à son effigie, sans parler des stylos et autres scandaleux objets de consommation…), j’ai préféré faire appel à … Lavilliers (j’en entends déjà : tiens, ça faisait longtemps qu’elle ne nous avait pas bassinés avec Nanard le Stéphanois !). Ça marche quand même pour vous, oui ?
Allongé les yeux grands ouverts
À l’hôpital de Vallée Grande
Chemise déchirée, en plein air
Les tueurs aux tueurs ressemblent.
Sur la photo ils posent à mort
Mais on le voit bien, dépassés,
Par l’aigle qu’ils ont accroché
Qui les ignore
À côté il y a une école
Où des gamins apprennent à lire
Posé là un journal de bord
Où tu n’as pas le temps d’écrire
Le nom de celui qui trahit
Le 7 octobre en Bolivie
Près de ce mort si jeune encore
Qui les ignore
En octobre 67 dans la Sierra
Ernesto Che Guevara
A pris son indépendance
En octobre 67 dans la sierra
Ernesto Che Guevara
Quelle solitude, quelle errance (bis)
Sur la photo originale
Il y a quelqu’un d’autre et un palmier
Mais la légende recadrée
Garde l’étoile bien au centre ;
À Vallée Grande les yeux grands ouverts
La révolte s’est fait la paire
Avec ce mort si jeune encore
Qui nous ignore
Quatre balles, les poumons percés
Dans le labyrinthe d’Orphée
Cet insomniaque pulmonaire
A toujours cet air inspiré
On dort si bien avec la mort
Les marchands not canonisé
Ce romantique si jeune encore
Qui les ignore
Refrain (bis)
Ci-dessous, l’intervention de notre camarade Alexis Corbière, lors du Conseil de Paris, soutenant
la proposition qu’une rue de Paris puisse se nommer Robespierre. Il semble bien que nos « amis » socialistes aient voté contre à une ou deux exceptions près, de même pour les Verts
d’ailleurs. Et comme le conclut Alexis dans son billet d’hier : « Robespierre
n’aura toujours pas de rue à Paris. Décevant. »
Ce mercredi matin, je suis intervenu à propos d'un vœu déposé pour qu'une rue parisienne porte le nom de Robespierre.
Voici mes propos :
« Mes chers collègues,
À plusieurs reprises, dans le passé, le Groupe auquel j’appartiens a présenté, hélas en vain, des vœux identiques à celui dont nous débattons à nouveau aujourd’hui.
Pour nous, c’est clair : Paris doit s’honorer en rendant hommage à Maximilien Robespierre.
C’est une véritable injustice historique, que celui qui eut un rôle important dans la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, qui se prononça parmi les premiers pour l’abolition de l’esclavage, pour le droit de vote des comédiens et des juifs, pour la fin des colonies, pour le droit de pétition, qui intervint à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort… soit effacé des murs de notre Capitale, puisque pour l’instant aucun lieu ne porte son nom.
Et pourtant, cet homme fut un grand Républicain, un grand révolutionnaire, un grand patriote, et je dirais même, à partir de cette vision politique exigeante, il fut un vrai "citoyen d’honneur" de la Ville de Paris !
Une certaine histoire officielle, d’abord écrite par les thermidoriens et les « contre-révolutionnaires », le présente depuis plus de deux siècles comme « l’âme de la terreur » ce qui est faux. Cet acharnement à le salir, a sans doute pour but de faire disparaître les promesses d’égalité et de justice de la Grande Révolution de 1789.
Ceux qui montrent Robespierre comme un « tyran » responsable de la brutalité de cette période se trompent et ignorent la réalité des détails de l’histoire de la Révolution. Pour comprendre les actes de tous les acteurs de cette époque, il faut garder en mémoire les grandes difficultés auquel ils devaient faire face, notre pays était secoué par une guerre civile et attaqué par des armées étrangères. Cette complexité ne peut être exposée en 3 minutes.
Un mot toutefois. Maximilien Robespierre, même de mon point de vue, n'est pas irréprochable (notamment lors du "drame de ventôse" et la mort des dirigeants des Cordeliers), mais s'il fut membre du « Comité de salut public » élu à la Convention, il n’a jamais fait partie du « Tribunal Révolutionnaire ». D’ailleurs, de plus en plus en désaccord avec beaucoup de décisions que prendront ces différentes instances, il ne participera plus aux réunions du « Comité de salut public » à partir du 11 juin 1794. Et c’est d’ailleurs ce Tribunal, qui condamnera Robespierre, et près de 93 de ses partisans, à la mort le 28 juillet 1794. Il faudra attendre le 31 mai 1795 pour que le « Tribunal révolutionnaire » soit supprimé. C’est dire combien il est inepte de faire porter la responsabilité au seul Robespierre la période de « la Terreur ».
Mais aussi, quelle que soit l’opinion des élus siégeant dans le Conseil de Paris sur Robespierre, nul ne peut nier qu’il fait partie de l’Histoire de notre pays. Alors que tant de rues de Paris portent encore les noms d’hommes et de femmes aux engagements et au parcours politiques très discutables, (quelques exemples pour ne parler que des contemporains de Robespierre, les responsables de Thermidor ont leurs rues : Carnot, Robert Lindet, Cambon, Boissy d'Anglas, Cambacérès, François de Neufchâteau... Coupable de haute trahison le Général de La Fayette a une avenue, politicien vendu à la cour Mirabeau a un pont...), alors ne pas voter ce vœu reviendrait à prendre la responsabilité de déformer la transmission de notre histoire collective.
Paris serait plus grand en n’oubliant plus Robespierre.
Voilà pourquoi nous voterons ce vœu. »
Où que vous alliez, il se trouvera toujours quelqu’un pour vous demander : « Tu faisais quoi le soir du
10-Mai ? ». Et si vous leur répondiez : « Et toi, le 17 septembre, tu faisais quoi ? ». Vous vous souvenez, vous, du 17 septembre ? Je crois bien que
c’était un jeudi et un après-midi passé devant la télé. Un petit gars, sur le parking d’à côté, faisait marcher sa CB, et ça brouillait le son. Il aura fallu sortir 3 fois pour lui
demander d’arrêter, d’aller jouer plus loin. C’est drôle, le genre de détail qu’on garde… Quand même, à quoi ça tient l’histoire… Faut dire, ce jour-là, à la télé, passait l’ultime épisode
d’un film à rebondissements. Et il ne fallait surtout rien rater des dialogues. L’acteur principal, un type formidable, qui resterait à jamais dans les mémoires, pour ce rôle-là. Pas un rôle de
composition, ça non !... Depuis des années, on l’entendait dire les mêmes mots, de sa voix singulière, son phrasé unique, ses légers chuintements, qu’on n’oublierait plus jamais. Sur tant de
scènes, défendant le même texte, le même qu’avant lui d’autres talents avaient porté : Le Peletier de Saint-Fargeau, Victor Hugo, Jaurès, Briand… Ces mots, vous les entendez encore,
écoutez : « Demain, grâce à vous, la Justice française ne sera plus une Justice qui tue ; demain, grâce à vous, il n’y aura plus dans les prisons, pour notre honte commune,
d’exécution furtive à l’aube sous un dais noir ; demain, grâce à vous, les pages sanglantes de notre justice auront été tournées… J’ai l’honneur, au nom du Gouvernement de la République, de
demander à l’Assemblée Nationale d’abolir la peine de mort en France… »
Vous vous souvenez, maintenant, de ce que vous faisiez, le 17 septembre 81? Nous, ce soir-là, on a expliqué à notre petite qu’on pouvait pleurer en buvant du champagne et qu’elle avait une sacrée chance de vivre ça, ici et maintenant…
Depuis ce jour-là, dans notre pays, on ne coupe plus les hommes en deux. Depuis ce jour-là, dans notre pays, le vœu de Victor Hugo, « l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort » est accompli. Ce jour-là, dans notre pays, des députés de droite se sont levés avec les députés de gauche pour applaudir l’acteur et son texte (1).
Aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, il raconte : « Quand j’ai quitté l’hémicycle après le vote, je suis allé m’asseoir au Luxembourg, près de la Fontaine Médicis, parmi les enfants qui jouaient. Il faisait merveilleusement beau. Je pensai à tout ce qui était advenu. Puis je rentrai chez moi. Voilà. C’était fini, la peine de mort. » Le rideau est tombé sur l’obscurité, sur l’obscurantisme. Le rideau est tombé, mais l’acteur n’a pas oublié son texte. Inlassablement, il le répète, il le répètera, jusqu’à l’extinction universelle de l’horreur légale. Merci Monsieur Badinter.
brigitte blang
pour mémoire, et pour que justice leur soit rendue, rappelons-le: 16 RPR, 21 UDF voteront le texte gouvernemental. Parmi eux Jacques Chirac, Philippe Séguin, Michel Noir, Michel Barnier, Jacques Barrot, François Fillon, et bien d’autres aussi.
L'autre soir, à Paris, rue de la Roquette, après une terrasse militante du PG 11ème, nous avons posé nos yeux sur les dalles de granit qui barrent la petite rue face au square, face à ce qui fut la prison de la Petite Roquette, il y a bien des années en arrière. Ces cinq dalles servaient à équilibrer la guillotine, il y a si longtemps, il y a si peu encore, quand on coupait en deux des condamnés, en public, au pays des Lumières...
Un autre 11 septembre
C’était il y a 36 ans. Vous vous souvenez ? Dans le ciel de notre rentrée scolaire éclatait la nouvelle qui nous atterrait : le coup d’état militaire au Chili, un coup d’état qui mettait fin à l’expérience démocratique de Salvador Allende. Retour sur un jour de deuil.
Depuis 1968, depuis notre vieille Europe, nous suivions des yeux cette lointaine Amérique latine, espoir de nos combats de liberté et d’unité. En 1970, enfin, le Chili montrait le chemin. Allende, Neruda, des noms qui parlaient à nos cœurs, nous qui avions raté chez nous le rêve de 68, à Paris comme à Prague. Le rêve d’un socialisme vivable, d’un socialisme vivant. Et voilà que tout là-bas, le possible se levait. Il avait les traits d’un homme doux, et ceux d’un poète. Nous avions fini par y croire, un an plus tôt, en 72, le Programme Commun était signé (tiens, il faudra que je le ressorte, un de ces jours, mon vieux bouquin tant feuilleté… au cas où on manquerait d’idées dans les temps qui viennent), on s’y voyait déjà… « S’il y a une leçon valable pour tous les pays à dégager de l’expérience du Chili, c’est celle qui a conduit à cette conception de l’unité des forces populaires » lisait-on dans «Le Chili de l’Unité populaire » en 1971. Et puis, ce 11 septembre, la nouvelle est tombée. On avait entendu Quilapayun à la fête de l’Huma. Ils n’étaient pas encore repartis. On les a longtemps appelés des graciés. Une blague, bien sûr. Tu parles d’une grâce, voir de l’autre côté de l’océan l’agonie de ton pays… La Moneda prise, c’était un peu comme si notre socialisme idéal s’écroulait. La bourgeoisie et l’armée triomphantes avaient vaincu l’Unité Populaire. La bourgeoisie et l’armée, bien sûr, mais qu’auraient-elles été sans l’aide des États-Unis ?
De ce jour-là, nous avons tous gardé « Le Chili au cœur », de manifestation en pétition, de concert en appels… Tout ce que la vieille Europe comptait de consciences de gauche se rassemblait. Fouillez chez vous, vous les retrouverez, vos vieux vinyles de ce temps-là. Les échos de ce qui se passait là-bas nous faisaient frissonner, mais nous mettait aussi la rage au cœur : le stade changé en camp, les poètes assassinés ou torturés (les doigts de Victor Jara écrasés…), Neruda mourant à Santiago 13 jours plus tard, son enterrement encadré par l’armée, et la foule chantera sur le passage du cortège, prouvant que la poésie, comme la liberté ne seront jamais muselées, et que oui, définitivement, El pueblo unido jamas sera vencido…
brigitte blang
(à ne manquer sous aucun prétexte, la soirée de solidarité avec le candidat de la gauche chilienne, samedi soir sur le stand du Parti de Gauche, avenue Louise Michel, à la Fête de l’Huma. Soirée initiée par Alexis Corbière, de retour de là-bas, qui nous racontera, avec le talent que nous lui connaissons tous, ce qu’il y a vu et entendu)
Madrid seule et solennelle, Juillet t'avait surprise avec ta joie
De rayon de miel pauvre ; claire était ta rue,
Clairs étaient tes songes.
Un hoquet noir
De généraux, une vague
De soutanes rageuses
Rompit entre tes genoux
Ses eaux boueuses et leurs ruisseaux de fange.
Les yeux encore tout meurtris de sommeil,
Avec un vieux fusil et des pierres, Madrid,
Récemment blessée,
Tu te défendis. Tu courais
Dans les rues
Laissant les traces de ton sang sacré
Rassemblant, appelant d'une voix l'océan
Avec ton visage à jamais changé
Par la lueur du sang,
Madrid,
Comme une montagne vengeresse,
Comme une sifflante
Etoile de couteaux.
Lorsque dans les ténébreuses casernes,
Dans les sacristies de la trahison,
S'enfonça ton épée ardente,
Il n'y eut qu'un long silence d'aube,
Il n'y eut que le pas haletant des drapeaux,
Et qu'une honorable goutte de sang sur ton sourire.
(Pablo Neruda)
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