Un succès pour la politique anti-avortement de la Pologne
parNina Sankari(Initiative Féministe Européenne pour une autre Europe)
La Polognea opposé son veto à la Déclaration des
Nations Unies sur l'accès à la « santé reproductive, y compris l'accès aux méthodes de planification familiale », qui signifie, entre autres, le droit et l'accès à l'avortement.
La dernière session du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC), la plus importante sur la santé publique en 2009, a eu
lieu il y a une semaine à Genève; sa tâche principale concernait l’évaluation de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement. L'un d'eux est de limiter la forte mortalité
périnatale des femmes dans le monde, souvent associée aux dangers des avortements illégaux. Cela concerne, en particulier, les femmes en Afrique et dans certains pays d'Asie et d'Amérique du
Sud.
Ce projet de déclaration sur l'accès à la « santé reproductive, y compris l'accès aux méthodes de planification familiale » n'a pas de force juridique dans les Etats membres, traçant
uniquement les grandes lignes d'action.
Tous les pays membres ont opté pour la déclaration, sauf la Pologne, soutenue par l'Irlande et de Malte (qui ne sont pas membres à plein titre de l'ECOSOC). C’est donc grâce au vote polonais que
la déclaration a été rejetée.
Le ministère polonais de la Santé explique l'attitude de la délégation polonaise par l'application de la loi anti-avortement en Pologne, contre laquelle la délégation n'a pas été en mesure
d'agir.
Les médias catholiques en Pologne et à l'étranger (USA, par exemple) se félicitent du triomphe de la morale catholique : « L’offensive pro-avortement réfutée grâce à la Pologne.
Il s'agit d'une réponse à la grande offensive pro-avortement qui vise à définir le meurtre des enfants à naître en tant que droit de l'homme et part des services médicaux » (le journaliste
catholique Thomas Terlikowski, Fronda.pl).
De cette façon, la Pologne a une nouvelle fois confirmé sa politique officielle contre les droits des femmes, politique qui reste en contradiction avec la position de l'UE. Le porte-parole du
gouvernement polonais a déclaré que la Pologne pourrait accepter la position commune de l'UE dans le domaine de la santé reproductive, à condition que les questions de l'avortement dans d'autres
conditions que celles autorisées par la loi polonaise (menace pour la vie ou la santé de la mère, des malformations graves du fœtus, la grossesse à la suite d’un acte criminel) soient
exclues.
Le fondamentalisme catholique polonais vise à imposer sa politique anti-avortement hors de la Pologne, y compris dans des pays où les normes internationales en matière santé reproductive seraient
susceptibles de sauver la vie des millions de femmes.
Sa mission de faire respecter ce que l'on appelle les valeurs chrétiennes est opposée aux valeurs fondamentales de la démocratie, aux droits des femmes, y compris le droit des femmes à
disposer de leur corps et à avoir accès à la santé reproductive.
Dans le cas de l'Union Européenne, cela signifie un consentement à ce que les femmes européennes perdent leurs droits acquis de haute et longue lutte. Sans ces droits, la démocratie dans l'Union
Européenne est un slogan dépourvu de sens.
(photo pg 57: Nina avec Francis Wurtz au Zénith le 8 mars)
Je suis tombé sur une citation de Vaclav Havel publié dans le « Monde Diplomatique » avant les élections européennes
et qui disait ceci : « Imaginez, écrit Vaclav Havel, une élection dont les résultats sont largement connus à l’avance et à laquelle se présentent toute une série de candidats à
l’incompétence notoire. Tout scrutin prétendument démocratique ne manquerait pas d’être qualifié de farce ».... Hé bien nous avons eu la cerise sur le gâteau… un succès sans précédent des
Verts sous le vocable « Europe Ecologie ».
Ce qu’il faut analyser, c’est qu’un tel score, n’a pu être réalisé, qu’avec le soutien objectif du pouvoir et des
médias. D’abord, voyons un peu le trio de tête : Cohn-Bendit, celui qui déclare dans son intervention du 10 juillet 2008 au Parlement de Strasbourg « Nous n’acceptons plus de
dire que le social ne fait pas partie des compétences européennes. On ne peut pas continuer comme ça. ». Lui et ses copains ont pourtant soutenu le traité de Lisbonne qui dit le
contraire : effet de manche ou délire ? Comment des électeurs peuvent-ils se laisser abuser par quelqu’un qui déclare le 16 décembre 2008, toujours à Strasbourg : « Ce n’est
pas notre rôle, ici, au Parlement, de se coucher devant nos partis nationaux, mais de défendre l’intérêt européen, l’intérêt communautaire et non pas les intérêts nationaux. Voilà ce que je
voulais vous dire, à droite comme à gauche. »... autrement dit, une fois élu, ce que les Verts français peuvent penser, je n’en ai rien à cirer, je me suis fait élire en France, parce qu’en
Allemagne c’était problématique et que j’ai besoin de mon job, c’est le dernier qui me reste, les temps sont durs, et de me faire nommer président du groupe des Verts européens, alors citoyens
français qui m’avez élu… circulez il n’y a plus rien à voir. Donc, après le fanatique du Oui qui faisait campagne avec Bayrou, voyons la deuxième partie de l’attelage : José Bové, le
pourfendeur du Traité Constitutionnel, le Candidat des Collectifs antilibéraux, (ce n’est pas ce qu’on a fait de mieux, mais personne n’est parfait), le défenseur du référendum pour s’opposer au
traité de Lisbonne, et qui maintenant en tant que député européen va devoir vivre avec l’article 39 dudit traité de Lisbonne : « La politique agricole commune a pour but : a)
d’accroître la productivité de l’agriculture en développant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production agricole ainsi qu’un emploi optimal des facteurs de
production, notamment la main d’œuvre ».
Si on fait une traduction, telle que le Parti de droite (PPE) l’a faite dans son programme, c’est le développement des
techniques OGM,y compris pour l’alimentation humaine, l’augmentation de la production pour les
« biocarburants » et la diminution du nombre d’exploitants agricoles. Il est où le fermier du Larzac ? Sur un plateau de télé ? En plus, d’une mauvaise foi sans limite, il a
dit qu’il n’avait pas fait vraiment campagne contre le traité de Lisbonne, parce que cette campagne avait des relents nationalistes. Compte tenu des précautions qu’on doit prendre avec
l’écriture, depuis qu’une mère de famille a été attaquée en justice pour avoir écrit à propos de Nadine Morano, « hou ! la menteuse », disons que Bové prend de très grandes
libertés avec la vérité. Et maintenant, le cheval de pointe… chargé de donner l’aspect, crédible, sérieux, et honnête : Eva Joly, qui, après être allée voir Bayrou, pour lui dire
« J’ai 65 ans, je veux bien venir avec vous, mais je veux être tête de liste ». Et comme Bayrou lui a rappelé les règles de son parti, elle est allée chez Europe Ecologie trop heureux
de l’aubaine : Bové et une juge d’instruction, ça fait déjà vieux couple. Son but est clair, être élue, c’est fait, se faire créer une Commission sur les Paradis fiscaux, en prendre la
présidence et puis arriver tranquillement dans cinq ans à la retraite. Ce que cette brave dame a oublié, c’est qu’à part faire des rapports, et le Parlement Européen en fait beaucoup, elle ne
pourra rien faire d’autre. Les paradis fiscaux, sont soit directement membres de l’Union Européenne (la City de Londres), soit incorporés et protégés dans le traité de Lisbonne (annexe II pour
les paradis d’outre-mer, avec la partie IV qui prône la liberté d’installation et de circulation. Et pour les paradis dans nos eaux, comme les Îles anglo-normandes ou les Îles Féroé, voir
l’article 355). Il serait sans doute nécessaire de rappeler qu’une modification pour les paradis d’outre-mer implique une proposition de la Commission et l’unanimité du Conseil, et que pour les
Paradis « locaux », seul l’Etat qui les gère peut en faire la demande. Une fois de plus, circulez il n’y a rien à voir. Mais quelle position de choix que de pouvoir faire des rapports
cinglants sur un sujet populaire, la lutte contre les escrocs qui nous volent, et sur lequel on devrait espérer qu’un juriste connaisse les tenants et les aboutissants : on peut se faire une
publicité d’enfer. Bravo, Madame, quelle classe !
Ceci étant, les trois membres de l’attelage n’ont rien en commun : alors, que vont faire les Verts français, orphelins,
livrés à eux mêmes, sauf si l’ex de mai 68 prend la grosse tête et comme Bové veut tenter l’expérience présidentielle ? Il parle déjà de demander la nationalité française. Tout ça va
obligatoirement être passionnant, sauf pour ceux qui galèrent, et qui, si on en croit la Commission vont galérer encore pendant plusieurs années pour payer, entre autres, des indemnités royales
aux députés européens.
Pour les partis qui n’ont pas été capable de maîtriser l’organisation médiatique de la campagne des Verts, y compris, la diffusion
« par hasard » du film Home, dont l’auteur avait précédemment fait savoir qu’il voterait Europe Ecologie, et la clownerie du fameux débat ( !) sur la 2 avec une Arlette
Chabot, au mieux de sa forme, qui faisait penser à Paul Amar arbitrant le « match » entre Le Pen et Tapie », essayant d’opposer Bertrand/Aubry alors que chacun sait qu’ils sont
d’accord sur l’essentiel de la construction européenne, de Villiers/Marine Le Pen, alors qu’ils partagent les mêmes valeurs de base, et Mélenchon/Besancenot, alors que la seule différence était
une faute de stratégie du NPA, qui autrement faisait passer la gauche du PS devant le Modem et à deux doigts du PS, et surtout, et c’était le vrai but de ce débat, faire se prendre les pieds dans
le tapis à Bayrou pour valoriser Cohn-Bendit. Résultat acquis grâce à la maladresse du premier qui a perdu les pédales… si on peut dire, donc pour tous ces partis l’été va être studieux.
Et avec tout ça, pas de campagne, pas de débat de fond. On fait semblant de s’offusquer de l’abstention, alors qu’en fait,
l’abstention forte veut dire stabilité des grands partis, parce que si on y regarde de près, la physionomie du Parlement européen n’est pas profondément modifiée : les Verts passent de 44 à
53 élus et leur poids relatif reste mince. Mais comment inciter des gens à voter, alors qu’ils ont dit Non massivement en 2005, que le vote démocratique a été ignoré par les grands partis de
droite comme de gauche et qu’on leur refourgue le même texte, le traité de Lisbonne, sans leur demander leur avis ?
Et, c’est idiot, mais en tant qu’homme de gauche, et compte-tenu des différents dénis de démocratie que nous avons supportés,
j’en viens à me réjouir des victoires de la droite et de l’extrême droite anglaise qui vont peut être conduire à un référendum négatif sur le traité de Lisbonne. On nous avait déjà dit que les
Irlandais avaient voté Non parce qu’un type d’extrême droite, fondateur de Libertas, avait financé la campagne du Non : il n’a pas été élu, et le seul type de Libertas élu en Europe, c’est
de Villiers. Donc, il fallait d’autres raisons que celles que la Commission et les députés européens, comme Cohn-Bendit lui-même, ont mises en avant pour expliquer le vote Irlandais :
l’article 42 et la soumission à l’OTAN était sans doute plus importants que les thèses d’extrême droite sur l’avortement.
Et maintenant, nous allons vivre une période qu’on pourrait qualifier de passionnante ou de dangereuse, si la gauche à gauche
du PS n’a pas compris qu’il faut s’unir largement et que cette vraie gauche là, représente une force. C’est une occasion historique qui va s’évanouir et qui, sans doute, ne
reviendra pas de sitôt. Si les Verts veulent négocier avec le PS en « position de force », c’est qu’ils n’ont pas compris le fonctionnement hégémonique du PS. C’est le moment
d’aller mettre un cierge à qui vous voulez parce que tout ça doit être plié pour la rentrée d’octobre dans l’optique des régionales. Eh oui, on y retourne en 2010, et ça ne va pas être
simple.
Communiqué de Françoise Castex et Liêm Hoang Ngoc, eurodéputés socialistes.
Le Parlement Européen a élu son Président ce mardi 14 juillet à Strasbourg. Une élection vidée de tout débat de fond et marquée par une négociation de marchands
de tapis pudiquement appelée « accord technique ». Cet accord négocié entre le Parti Populaire Européen (PPE) et l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D - le
nouveau nom du groupe PSE après l’intégration des démocrates italiens, un sujet qui mériterait un article à lui seul) porte sur le partage du pouvoir au sein du Parlement Européen. Il prévoit la
division du mandat de président de l’assemblée en deux périodes de deux ans et demi - la première revenant à la droite, la deuxième à la gauche - et influe de manière significative sur la
distribution des présidences de commissions parlementaires.
Pour l’Allemand Martin SCHULZ, reconduit à la tête du groupe S&D, l’entente avec le PPE s’inscrit autant dans la culture du lieu que dans une logique politique
purement allemande : il reproduit au Parlement européen la Grande Coalition de Berlin. Mais il s’agit aussi d’une stratégie personnelle : l’accord lui ouvre les portes de la Présidence
pour juillet 2012.
La question de l’accord technique n’a d’ailleurs à aucun moment fait l’objet d’un vote, ni même d’un débat au sein du groupe S&D. Etonnant, quand on sait que
Joseph DAUL, Président du PPE, avait clamé qu’il n’y aurait d’accord qu’avec les groupes qui soutiendraient la candidature de Barroso à la Commission européenne ! Force est de constater que
les socialistes français étaient parmi les seuls à y être opposés.
C’est donc avec les voix d’une grande partie de nos camarades européens que le conservateur polonais Jerzy Buzek, qui s’est par le passé illustré par ses positions homophobes et
anti-avortement, a pu accéder au poste de Président. Les membres de la Délégation socialiste française n’ont évidemment pas voté pour Monsieur Buzek, car au-delà du fait que ce dernier
incarne des idées fondamentalement incompatibles avec les valeurs qui sont les nôtres, nous avons dès le début du processus de négociations, refusé tout accord de ce type avec le PPE, fût-il
seulement technique. De telles pratiques contribuent en effet à brouiller le clivage gauche-droite et le message envoyé à nos électeurs, qui souhaitent une plus grande clarté dans nos
prises de position.
À l’heure où notre première secrétaire Martine AUBRY lance un appel à l’édification d’une maison commune de la Gauche, il est cependant surprenant que beaucoup au
sein de cette même délégation socialiste française n’aient pas voulu apporter leur soutien à Eva-Britt SVENSSON, la candidate de la Gauche Unie Européenne (communistes et gauche verte nordique).
Pour notre part, quand un candidat de gauche s’oppose à un candidat de droite, notre choix est vite fait : l’abstention n’est pas une option. Nous avons donc
voté pour la candidate de la GUE.
Communiqué de presse de la délégation française « Front de gauche » du groupe GUE
Élection du président du Parlement européen:
Alors que l'Europe est frappée de plein fouet par la crise, que les populations espèrent et attendent de l'Europe des décisions pour changer les choses.
Alors que les dogmes ultralibéraux ont fait la démonstration de leur nocivité.
Rien ne bouge au Parlement Européen!
M. Busek candidat à la présidence présenté par le PPE et soutenu par les autres groupes du Parlement de droite, socialistes et verts qui à l'exception du Groupe
GUE/NGL n'ont pas présenté de candidat a été élu.
Seule candidate alternative, Mme Eva-Britt Svensson présentée par la GUE/NGL portait les couleurs de la gauche. Ses 10 propositions pour l'Europe ont montré
la possibilité de changer vraiment pour peu que la volonté politique soit au rendez vous. Elle a représenté le vote de gauche. Avec 89 suffrages, son score va bien au delà du nombre des députés
de notre groupe. Un signe que le groupe GUE/NGL est au service de tous ceux qui veulent faire avancer la gauche.
Avec 555 voix sur les 644 députés ayant voté (sur 713 députés), M. Jerzy Buzek est élu au premier tour de scrutin. Ce résultat obtenu grâce à la coalition de
la droite, des socialistes et des verts est d'autant plus lamentable que le président nouvellement élu du parlement européen n'avait rien caché de ses orientations
libérales.
Nous comprenons le sentiment des électrices et des électeurs qui ont voulu voter à gauche en choisissant les listes écologistes ou socialistes et se sentent floués
dès le premier jour de session.
Dans cette situation qui montre une fois de plus la déroute de la gauche européenne, les peuples d'Europe peuvent compter sur les députés du
« Front de gauche » et de la GUE/NGL pour résister à ces politiques désastreuses et les aider à intervenir pour imposer d'autres choix.
Commentaire : Notre candidate E. Britt Svensson (groupe GUE) qui était la seule candidate opposée au candidat
présenté par le PPE M. Busek a recueilli 89 voix. (Notre groupe possède 35 membres). Ce qui signifie que des membres soit des verts, soit du groupe socialiste ont soutenus notre candidate de
gauche face au candidat de droite. Le scrutin étant secret, nous savons seulement que 54 députés non membres de la GUE ont soutenu notre candidat.
M. Busek a donc été élu au premier tour par une large coalition comprenant le PPE, les autres groupes de droite, les socialistes et les verts. A chacun d'en
tirer les enseignements adéquats.
La droite est satisfaite. Sa base de classe a répondu présent, ce qui se comprend puisque la politique menée va
dans le sens de ses intérêts. Une Europe libérale, antilaïque, antisociale, destructrice des services publics, se met en place. Le Parti socialiste, lui, récolte les fruits amers de ses
atermoiements, voire de sa duplicité : voter, d’une part, le traité de Lisbonne et prétendre, d’autre part, défendre une Europe sociale, alors que l’un contredit l’autre. Sur fond
d’abstention massive de l’électorat populaire, le Front de gauche vient malgré tout de réussir une belle percée, prometteuse pour l’avenir. Il ouvre la voie à une véritable alternative, aussi
clairement à gauche que la droite est à droite. Celle d’une alliance pérenne, destinée à s’élargir à tous ceux qui veulent que la gauche soit vraiment la gauche, car ils en ont assez de ce
capitalisme arrogant et des trahisons qui lui laissent les mains libres. La gauche n’a pas à rougir de son histoire. Il faut en finir avec les complexes et les reniements qu’ils entraînent. Qui a
défendu l’émancipation politique du peuple ? Ceux qui siégèrent à gauche dans l’Assemblée constituante le 28 août 1789. Qui a amorcé l’émancipation laïque tournée non contre la foi
religieuse mais contre son instrumentalisation politique, source d’oppression et d’obscurantisme ? Qui a conçu l’instruction publique, destinée à « rendre la raison populaire »
(Condorcet) pour un exercice éclairé de la citoyenneté ? Qui a redéfini la nation dans un sens universaliste comme patrie du vivre ensemble selon le droit, en lieu et place d’une nation
fondée sur des particularismes sources d’exclusion ? Qui a lutté sans relâche pour des droits sociaux susceptibles de donner chair et vie aux droits politiques ? Aujourd’hui, dans un
contexte de crise systémique du capitalisme, la gauche doit se ressaisir pour offrir au mouvement social une authentique perspective d’alternative à ce monde d’insolente injustice. Cinq
orientations majeures peuvent redonner sens à l’espoir.
1 - Lancer une refondation politique et sociale de l’Europe, afin que les promesses de l’internationalisme cessent d’être synonymes de laminage de la souveraineté des peuples et de régression des
droits sociaux. En quoi la concorde européenne impliquerait-elle la priorité donnée au profit capitaliste ? Il faut cesser de dégoûter les citoyens d’une belle idée en la confondant avec la
dictature du grand marché. L’Europe des peuples, de la paix, de la culture, Victor Hugo en rêvait. Mais elle ne peut advenir que par la justice sociale. Celle-ci implique un nivellement par le
haut, et non par le bas, du droit du travail et des conquêtes politiques inaugurées par la Révolution française. L’Europe doit être laïque et sociale.
2 - Développer la laïcité des Etats et des institutions publiques.La loi commune doit assurer non seulement la liberté de conscience mais aussi l’égalité de droits des divers croyants, des athées et des
agnostiques. Tout privilège public, financier ou juridique, des religions est une discrimination inacceptable pour ceux qui ont d’autres convictions. Il s’exerce de surcroît au détriment des
ressources publiques donc de l’intérêt général. La loi ne saurait être dictée par la foi : celle-ci ne doit engager que les croyants. La sphère morale et spirituelle est ainsi affranchie de
toute tutelle. La laïcité est un principe d’émancipation et de concorde, propre à fonder une véritable fraternité en assurant la promotion du bien commun à tous.
3 - Refonder la souveraineté populaireen
restituant au champ d’une citoyenneté active les compétences qui lui ont été ôtées au nom d’experts faussement neutres, car liés aux puissances dominantes du capitalisme et de son idéologie
ultralibérale. Penser de nouvelles modalités de l’appropriation collective de tout ce qui est d’intérêt commun. Etudier des formes audacieuses du contrôle populaire du développement
socio-économique mais aussi des décisions prises par les pouvoirs publics. Il faut refonder et reconsidérer la politique démocratique comme forme et moyen de la participation populaire à
l’élaboration des règles communes. 4 - Développer les services publics pour assurer un accès égalitaire aux biens de première nécessité : la santé,
l’instruction et la culture, le logement, l’accès à l’énergie, la communication et les transports collectifs. La République s’affirme non par un centralisme autoritaire qui instaurerait une
hiérarchie géographique entre les régions, mais par une centralité sociale qui assure la solidarité redistributive. Elle le fait par la péréquation et une fiscalité progressive propre à contenir
les inégalités dans des limites essentielles pour que soit assurée la dignité humaine de tous. L’école publique, par exemple, met la culture à la portée de tous, pour promouvoir une
citoyenneté éclairée.
5 - Prendre en compte concrètement la dimension sociale de toute activité économique, afin de développer l’esprit de responsabilité de ceux de ses acteurs qu’obsède la seule rentabilité à court terme, source évidente
d’exploitation et de négligence à l’égard de ses conséquences néfastes. Il est en effet irresponsable de laisser à la charge des pouvoirs publics le soin de réparer les dégâts écologiques d’une
telle conception, mais aussi ses impacts humains : santé altérée, désespoir, sentiment d’exclusion, paupérisation liée au chômage, etc. Le droit du travail doit être réaffirmé et développé
dans le sens d’un contrôle social de ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur les êtres humains. D’où trois exigences conjointes : écologie sociale, code du travail, recherche active
d’un mode de développement à la fois juste pour tous et responsable pour l’environnement.
Notre monde n’est pas en panne d’idéal.Nul
dogmatisme, nul procès d’intention.
Mais la gauche doit oser être elle-même, en conjuguant tous les registres
d’émancipation. « Et les bateaux repartiront vers la lumière » (Paul Eluard).
Tous ceux qui ont assisté à des réunions sur les prochaines élections européennes vous le diront : il se trouve toujours
dans la salle une ou plusieurs personnes pour dire qu’elles n’iront pas voter le 7 juin. Leur argument : « Le 29 mai, le "non" au référendum sur le traité constitutionnel européen l’a
très largement emporté, et pourtant son clone, le traité de Lisbonne, a été ratifié par le Parlement. Mon vote n’a donc servi à rien. On ne m’y reprendra pas. » La forfaiture commise par les
députés et les sénateurs français (dont une bonne partie des élus socialistes) qui, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, ont bafoué la volonté du suffrage universel, a eu des effets ravageurs sur
la confiance des citoyens dans les procédures démocratiques. Comme si cela ne suffisait pas pour favoriser l’abstention, les deux principaux partis de gouvernement - PS et UMP - mènent une
campagne en forme de service minimum car ils peinent à se trouver des points de divergence sur l’Europe. Et pour cause : au Parlement européen, à quelques rares exceptions près, leurs
représentants au sein des groupes du Parti socialiste européen (PSE) et du Parti populaire européen (PPE), tout comme ceux du Modem et des Verts, ont voté ensemble la grande majorité des textes
qui leur étaient soumis. Dans ces conditions, pourquoi se chamailler en France, alors que l’on est d’accord sur l’essentiel - les mesures de libéralisation - à Strasbourg et à Bruxelles ?
Parlons plutôt de Nicolas Sarkozy, c’est plus clivant…
Le président sortant du Parlement, Hans-Gert Pöttering, candidat tête de liste en Allemagne pour l’Union démocrate-chrétienne, a théorisé cette connivence :
« Plutôt que de résoudre les problèmes en se tuant les uns les autres, nous avons les traités, notre base de coopération. » Comme ces traités obéissent à la seule logique néolibérale,
les « compromis » se situent entre un peu plus et un peu moins de libéralisme. Toute conflictualité - qui n’a rien à voir avec une tuerie - est ainsi évacuée, alors que le choix entre
des options réellement différentes constitue l’essence même de la vie démocratique. Ceux qui sont sceptiques sur la légitimité du Parlement européen et ceux qui, à l’inverse, fondent des espoirs
sur lui devraient au moins avoir un objectif commun : en faire une assemblée politique. Ce qui implique que le PSE cesse de se comporter en compère du PPE. Pour cela, rien ne vaut une bonne
pression extérieure - en l’occurrence un bon score du reste de la gauche, et d’abord de celle qui se bat pour son unité.
Bernard CassenAncien président d’ATTAC et secrétaire général de Mémoire des luttes
Coauteur, avec Louis Weber, d’Élections européennes, mode d’emploi, Éditions du Croquant, 2009.
Le PS vient de rendre publique une liste intitulée « 10 propositions des socialistes pour changer l'Europe maintenant ! ».
À cette lecture, on se croirait revenu en 2004, à l'époque où François Hollande avait proposé la synthèse à Nouveau Monde et au NPS en échange de quoi le programme pour les européennes de
l'époque avait été clairement marqué à gauche à partir de l'introduction des « sept conditions pour une Europe sociale » et franchement, on pourrait s'en féliciter !
Seulement voilà : le Traité de Lisbonne auquel la majorité du PS a donné son accord est passé par là -- même s'il n'est pas encore en fonction dans la mesure où les Irlandais ont voté contre et
n'ont pas pu être contraint pour le moment de voter à nouveau -- et dans la mesure où le PS, comme l'ensemble des partis sociaux-démocrates européens en accepte les conséquences, la plupart des
10 propositions présentées ne pourra être appliquée et constituent donc un leurre, pour ne pas dire plus.
Un plan de relance européen. Cela est totalement contraire aux fondamentaux du Traité
de Lisbonne tels qu'exprimés dans les articles 119 et 126 du dit traité.
Sans compter les prises de positions politiques allant dans le même sens lors des rencontres des chefs d'états européens des 1 et 19 mars 2009.
Un bouclier social. En matière sociale, le Traité de Lisbonne n'autorise que des actions de coopération « à
l'exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des Etats membres ». Articles 129 et 176 du dit traité.
Des services publics pour tous et partout. S'il est toléré des dérogations pour les banques et des mesures de relance
nationale ponctuelle, les chefs d'Etats européens venant de prendre quelques libertés avec le texte mais dans une proportion tout à fait limitée, il est en revanche clairement exprimé dans
l'article 107 du Traité que « sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre les états membres, les aides accordées par les Etats ou au moyen de
ressources d'État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises certaines productions. ».
Lutter contre les délocalisations. Non seulement cela nécessiterait que les articles 129 et 176 du traité de Lisbonne
soient rayés d'un trait de plume mais encore faudrait-il que le principe de « la concurrence libre et non faussée » soit, lui aussi, abandonné. Car comment lutter contre les délocalisations sans
lutter contre la concurrence libre et non faussée aujourd'hui ? Car, si pour les pères fondateurs de l'Europe, ce principe était mis en avant contre la tentative de création de trusts, ce
principe a été complètement dévoyé pour en faire une arme contre les services publics. Étant entendu que les services publics reposent sur le principe d'égalité tandis que les services d'intérêt
général reposent sur le principe d'équité. Ce qui n'est évidemment pas la même chose !
Un salaire minimum dans tous les pays d'Europe. Là encore, les articles 129 et 176 du traité sont là pour l'interdire
! Hé oui, les faits sont têtus !
Un Fonds de soutien aux salariés. Là encore, le traité de Lisbonne va à l'encontre de l'esprit de telles mesures.
Cela étant, il n'est pas certain qu'un accord ne pourrait pas être trouvé entre les chefs d'États dans la mesure où la libre circulation des salariés aux compétences réelles mais aux salaires
différenciés est constitutif du principe de concurrence libre et non faussée.
Un budget européen à la hauteur des enjeux. Sur ce point en revanche, de nombreux articles du traité de Lisbonne vont
à l'encontre d'une possibilité « d'augmenter significativement le budget européen pour financer les investissements nécessaires face à la crise et pour préparer l'avenir » tel que le souhaitent
les partis sociaux-démocrates ! Voir les articles 97, 108,119. D'ailleurs, l'ensemble des dirigeants européens, y compris sociaux-démocrates, n'ont pas souhaité voir l'Europe se doter dans la
crise récente d'une capacité financière complémentaire qui pourrait s'apparenter à un plan de relance.
Le « juste échange » plutôt que le libre-échange. Là, c'est encore plus clair : les articles 21 et 206 du traité de
Lisbonne refusent toute régulation puisqu'il affirme que l'Europe doit non seulement contribuer à la « suppression des restrictions aux échanges » mais aussi « aux investissements directs
étrangers, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres. ». Comment veut-on dans ces conditions imposées des règles sociales ou écologiques aux importations et aux investissements
étrangers ?
Une nouvelle politique agricole. Là peut-être, compte tenu de l'immense malaise qui touche les milieux agricoles et
des risques planétaires qui touchent l'ensemble des productions, des mesures pourraient être prises malgré la philosophie du traité de Lisbonne et l'idéologie libérale. Mais cela reste à
vérifier.
Une croissance écologique et source d'emplois. Dans ce domaine, compte tenu des nouveaux marchés qui se présentent et
du poids des craintes des différentes opinions publiques nationales, il est tout à fait possible que des capitaux trouvent à s'investir dès lors que les rendements sont assurés pour une longue
période. Cela étant, là encore, dans une économie qui verrait la disparition de l'ensemble des services publics, il est à craindre qu'une croissance écologique trouverait vite ses limites dès
lors que la demande ne serait pas solvable, à l'instar de ce que l'on connaît depuis des décennies ou des services de transport sont supprimés pour motiver de non rentabilité !
Ce n'était pas un hasard si, en 2005, les opposants au traité de constitution européenne affirmaient que tout ce qui serait écrit dans un traité constitutionnel, serait gravé dans le marbre !
Aujourd'hui, l'idéologie libérale accepte parfaitement que le terme « constitutionnel » ne soit plus associé au terme « traité » pourvu que sur le fond ce traité s'impose à tous, et en
particulier aux peuples européens !
Il est impensable que les militants socialistes, à un moment donné ou à un autre, ne réagissent pas devant ce que leurs dirigeants sont en train d'écrire en leur nom !
La drôle de campagne des européennes
continue. Le discours de Sarkozy à Nîmes devait enfin la relancer. Il n'en a rien été. Son effet sur le débat populaire a été nul. Pour le chef de la droite, c'est un grand succès. Car ceci est
délibéré. S'il voulait encourager la participation, il mettrait sur la table les désaccords qui se cachent en dessous. Pour «intéresser les Français», il y a un moyen simple: exposer au peuple
les divergences sur l'Union afin qu'il les tranche par son vote. Divergence sur Lisbonne. Divergence sur le Grand Marché Transatlantique. Divergence sur le contenu des traités. Un beau débat,
digne d'une démocratie adulte, non?
Bien plus que le spectacle lamentable de dirigeants européens qui s'écharpent à chaque sommet mais affichent leur complicité
dès qu'ils ont des comptes à rendre aux citoyens. Une élection n'est pas l'occasion pour le peuple reconnaissant de manifester sa gratitude. C'est le moment où les citoyens exercent le pouvoir;
c'est-à-dire décident entre des visions divergentes de l'intérêt général. La démocratie implique la contradiction. Or dès qu'il est question de politique européenne, un consensus anesthésiant est
de mise. PPE et PSE gouvernent ensemble l'Union, votent les mêmes directives et défendent les mêmes traités. En France, Sarkozy reprend les mots de gauche et parle de changer l'Europe alors qu'il
est l'auteur d'un traité qui reprend à 99% les textes antérieurs. Les dirigeants socialistes rejouent la partition des «oui» compatibles étrennée en 2005. Dans ces conditions les journalistes
sont invités à «faire de la pédagogie» en expliquant aux Français tout ce que l'Europe fait pour leur vie quotidienne. Ceci n'est pas neutre. Un récent papier du journal Le Monde vend la mèche.
«La crise économique a redonné du poids à l'Union européenne. Elle a éteint le débat sur l'Europe libérale.» On comprend donc
que l'on parle si peu du Front de Gauche: nous sommes la braise qui peut tout rallumer.
Jean-Luc Mélenchon (Sénateur - Président du Parti de Gauche, Tête de liste du Front de Gauche dans le Sud Ouest) dénonce la
duplicité du discours de Sarkozy, hier soir à Nîmes :
« Nicolas Sarkozy vient d’inaugurer la campagne européenne de l’UMP par un discours de mystification.
L’Europe de l’impuissance qu’il condamne c’est la sienne. Celle du Traité de Lisbonne dont il s’est lui-même vanté d’être
l’auteur.
Cette duperie interdit le débat honnête sur le fond que l’on voudrait avoir pour les élections européennes. Dans ces
conditions sa façon d’ouvrir la campagne est surtout une façon de la rendre impossible.
L’Europe de l’impuissance sociale c’est celle du Traité de Lisbonne qui interdit l’harmonisation sociale.
L’Europe de l’impuissance face à la crise et aux mouvements de capitaux c’est celle du Traité de Lisbonne qui conforte la
dérégulation.
Sarkozy vient de porter un mauvais coup à la démocratie en falsifiant ainsi le débat. »
Quant au PCF, il réagissait par la voix d’Olivier Dartigolles, porte-parole, pour exiger que les coûts engagés dans ce
meeting, soient imputés aux comptes de campagne de Dominique Baudis (UMP), tête de liste dans le sud-ouest :
« Nicolas Sarkozy a prononcé hier un discours lors d’un meeting, soi-disant républicain, devant quelques 3000 militants
UMP dont les candidats UMP à l’élection européenne.
Pour l’ensemble des spectateurs et des commentateurs, le meeting d’hier soir à Nîmes, et alors qu’a démarré la campagne
officielle, était sans aucun doute possible celui de l’UMP.
Pourtant, malgré la décision qui s’impose au CSA de comptabiliser le temps de parole du Président de la République dans celui
de la majorité, il semble qu’en vertu « d’une phase d’expérimentation », le discours du Président serait découpé de façon totalement subjective pour ne retenir que certaines
phrases.
Non seulement le temps de parole de Nicolas Sarkozy doit être intégralement comptabilisé dans celui de la majorité, mais de
plus, et surtout, le coût du meeting doit être imputé aux comptes de campagnes de l’UMP. Le détournement des moyens de l’Etat à des fins partisanes et personnelles est un scandale qui n’a que
trop duré !
Nous demandons officiellement que cesse ce régime d’exception, et que le compte de campagne de la liste UMP conduite par
Dominique Baudis dans le Sud-Ouest soit imputé de l’ensemble des frais engagés lors de ce meeting. Le PCF entend interroger, dès aujourd’hui, la commission nationale des comptes de campagne et
des financements politiques (CNCCFP) à ce sujet. Chaque jour, le Président de la République s’exonère un peu plus de la loi et des règles élémentaires de la démocratie, cette situation doit
cesser. »
Dans la culture républicaine dont est pétri notre pays, il est périlleux de soutenir publiquement l’abstention. L’appel
civique au vote est presque une figure imposée car notre société considère globalement l’abstention comme un problème pour la démocratie. On pourrait oublier que ce point de vue est singulier.
Les Etats-Unis se pensent comme la démocratie la plus avancée du monde malgré un taux d’abstention record sans y voir de contradiction. Pas la France. Seul Devedjian, alors ministre et précurseur
de l’atlantisme décomplexé de Sarkozy, avait eu la franchise de déclarer au Sénat en 2003 : « dans l’abstention, on peut regretter l’insuffisance de civisme, mais on peut aussi se
féliciter d’une meilleure expression du consensus (...) qui s’exprime d’autant plus facilement que la société est apaisée ».
Ajoutons plus prosaïquement qu’il est pour le moins maladroit de solliciter les suffrages des électeurs tout en les incitant à
rester chez eux. C’est pourquoi vous n’entendrez aucun des principaux protagonistes de cette élection européenne appeler à déserter les urnes. Et pourtant c’est le message subliminal qu’ils
diffusent.
Depuis quelques jours, les médias annoncent ainsi comme une certitude inévitable un taux d’abstention dépassant 65%. Cette
« information » est généralement accompagnée du commentaire suivant : ce n’est pas étonnant, les Français ne comprennent rien à l’Union Européenne. Après le référendum de 2005 les
mêmes avaient expliqué la participation record par un « vote de la peur ». Le diagnostic varie, jamais le malade. C’est toujours le peuple qui va de travers. Les puissants, eux, sont
sans doute contraints à leur corps défendant de conserver entre leurs mains par définition expertes les affaires européennes victimes de l’indifférence populaire. D’ailleurs les dirigeants
européens ne font-ils pas preuve d’un activisme débordant et sincère pour impliquer leurs concitoyens ? Le 9 mai, ne financeront-ils pas un bus civique à l’occasion de la journée de
l’Europe ? Devant de tels efforts, il serait franchement déplacé d’oser rappeler que les mêmes ont pris soin de placer la Banque Centrale Européenne à l’abri des caprices des peuples ou
encore de proscrire tout référendum populaire sur le traité de Lisbonne. Il y a des appels au vote qui feraient fuir les isoloirs.
Embarqués dans ce courant de despotisme éclairé qui domine les élites européennes, l’UMP mais aussi le PS, semblent convaincues à leur
tour des délices de l’abstention. Sinon pourquoi un départ en campagne aussi tardif, à un mois seulement de l’échéance alors qu’ils sont en train de commencer la campagne des régionales plus d’un
an à l’avance ? Les listes européennes de l’UMP ne sont toujours pas bouclées et Pécresse révèle déjà les premiers noms de celle qu’elle conduira pour les régionales en Ile-de-France !
Quant aux dirigeants socialistes, que font-ils ? Ils sont conduits par une Martine Aubry qui explique que l’Europe est un « projet en soi » après l’avoir été pendant dix ans par un
François Hollande qui disait pareillement « quand nos engagements européens sont en cause, il n’y a plus de clivages politiques qui demeurent ». Ils devraient donc obsédés par cette
rencontre entre l’Europe et le peuple. Eh bien non. Ils sont, de Hollande à Rebsamen, ostensiblement occupés à discuter de l’alliance avec le Modem pour les prochaines régionales.
« Le but est dans le chemin » disait le taoïste Lao Zi. Projet européen et rapport au peuple forment un tout
cohérent. La poursuite, même aménagée dans un sens plus « social », du cours actuel de la construction européenne est incompatible avec la participation populaire. Ce n’est pas une
accusation polémique. C’est désormais officiel depuis que les partisans du traité de Lisbonne ont admis publiquement que la ratification qu’ils défendent justifiait le non recours aux référendums
et le non respect du vote des peuples. A l’inverse, la réorientation radicale de la construction européenne n’aura pas lieu sans un processus d’implication populaire. Comme dirait l’autre, tout
se tient ! C’est pourquoi les listes pro-traité de Lisbonne sont aussi des listes pro-abstention. C’est pourquoi les partisans du Front de Gauche se crèvent la peau pour faire vivre cette
échéance. Deux cohérences s’affrontent. Ceux qui croient contester l’Europe actuelle en s’abstenant se laissent donc enfumer. Quant on veut changer d’Europe, le slogan de saison c’est
« abstention piège à cons ! ».
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