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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


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Publié le 1 Juillet 2013, 23:00pm

Catégories : #juges et tribunaux

Le FN rattrapé par des histoires d’Occupation

 

 

 

Le Parlement européen se prononce aujourd’hui sur la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen déjà approuvée en commission des Affaires juridiques le 19 juin. Ce même jour, Jean-Marie Le Pen était définitivement condamné pour « contestation de crime contre l’humanité ».

Si le Parlement européen vote la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen, celle-ci serait alors suivie de sa mise en examen pour « incitation à la haine raciale ». Traditionnellement l’assemblée européenne suit les recommandations de sa commission des Affaires juridiques. Or celle-ci a adopté, le 19 juin, à une large majorité le rapport de l’eurodéputée libérale suédoise Cecilia Wikström qui recommande la levée de l’immunité de la présidente du Front national (11 voix pour, 1 voix contre et 4 abstentions). En décembre 2010, Marine Le Pen avait comparé les prières de rues des (seuls) musulmans à l’occupation allemande.

Hasard du calendrier, quelques heures avant le vote de cette commission, on avait appris la condamnation définitive de Jean-Marie Le Pen pour « contestation de crime contre l’humanité  ». Les propos incriminés avaient grandement minimisé la dureté de l’occupation allemande.
Cette dernière condamnation du président d’honneur du FN n’a fait, depuis deux semaines, l’objet d’aucun commentaire ni sanction de la part du parti d’extrême droite et de ses dirigeants. Elle vient pourtant après bien d’autres, notamment pour

  • « apologie de crime de guerre » (1971)
  • « antisémitisme insidieux » (1986)
  • « banalisation de crimes contre l’humanité » et « consentement à l’horrible » (1991, affaire du « détail »)
  • « incitation à la haine raciale » (2006)

Banalisation de l’occupation allemande

La condamnation de Jean-Marie Le Pen est l’aboutissement d’un long parcours judiciaire commencé en 2005. Le 7 janvier de cette année-là, l’hebdomadaire antisémite et négationniste Rivarol publie un entretien avec le président du Front national qui passe inaperçu jusqu’à ce que, cinq jours plus tard, la journaliste Christiane Chombeau le reprenne et le commente dans Le Monde sous ce titre explicite : « Pour M. Le Pen,  l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine’. »

Interrogé par Rivarol sur les commémorations du soixantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, Jean-Marie Le Pen explique en effet que l’occupation allemande, en France, n’a été accompagnée que de quelques « bavures ». Il présente la Gestapo (condamnée comme organisation criminelle par le tribunal de Nuremberg) comme une police protectrice de la population. Et n’hésite pas à affirmer qu’« en France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés ».


Bavure les fusillés de Châteaubriant ? Bavure le massacre de Tulle ? Bavure la déportation des Juifs de France ? Bavure le massacre d’Oradour-sur-Glane ? Sur ce « drame », comme il l’appelle dans l’entretien, Jean-Marie Le Pen déclare qu’« il y aurait beaucoup à dire », faisant ainsi implicitement écho à une thèse révisionniste bien connue des lecteurs de Rivarol (1).
Dans le même entretien, Jean-Marie Le Pen explique que « si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l’affirme la vulgate, il n’y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques ». Et pour ne rien cacher de l’objectif de telles déclarations, celui qui préside alors le Front national conclut : « Ce n’est pas seulement de l’Union européenne et du mondialisme que nous devons délivrer notre pays, c’est aussi des mensonges sur son histoire, mensonges protégés par des mesures d’exception. D’où notre volonté constante d’abroger toutes les lois liberticides Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben II. »Toutes lois qui condamnent notamment le racisme et l’antisémitisme, et dont le FN soi-disant « nouveau » réclame toujours l’abrogation.

L’opportunité des poursuites en débat

La révélation de cet entretien avait aussitôt suscité la réprobation du Garde des sceaux de l’époque, Dominique Perben (UMP). Sa décision d’ouvrir une enquête préliminaire, afin de déclencher des poursuites, avait toutefois été contestée par certains confrères qui se demandaient (déjà) si la riposte judiciaire n’était pas un « piège ». Dans un article titré «  Jean-Marie Le Pen et le piège judiciaire », publié dans Le Monde (19 janvier 2005), Raphaëlle Bacqué lui reprocha notamment d’avoir « déclaré que Jean-Marie Le Pen s’était "sans doute rendu coupable de révisionnisme" », et ceci « sans attendre les résultats de l’enquête ». Comme si aucune appréciation sur la nature des propos du leader de l’extrême droite ne pouvait être portée en l’absence de décision judiciaire…

La première réaction de Jean-Marie Le Pen a été de poursuivre Le Monde pour l’article relatant son entretien à Rivarol, en accusant le quotidien de «  diffamation publique envers un particulier ». En vain, bien qu’il ait poursuivi son action jusqu’en cassation.

On connaît la suite. Après une demande de levée de son immunité parlementaire obtenue du Parlement européen, le président du FN a été condamné en première instance, puis en appel. Il a obtenu de la Cour de cassation qu’elle annule en partie ce jugement et le renvoi vers la cour d’appel de Paris qui l’a condamné à trois mois de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende pour « contestation de crime contre l’humanité » le 16 février 2012. Jugement en tous points confirmé par la Cour de cassation, le 19 juin. Plus de huit ans ce sont ainsi écoulé qui ont presque fait oublier les propos à l’origine de la condamnation. Dommage.

D’une occupation l’autre

Les propos qui valent à Marine Le Pen la demande de levée de son immunité parlementaire peuvent apparaître eux aussi anciens. Elle les a toutefois répétés hier sur LCI, manifestant un entêtement similaire à celui de son père. Les faits remontent au 10 décembre 2010. En campagne interne pour la présidence du FN, Marine Le Pen déclare lors d’une réunion publique à Lyon, sur les terres de son rival, Bruno Gollnisch, parlant des prières de rue des musulmans :

« Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. Certes y’a pas de blindés, y’a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants. »

Ces propos avaient rapidement provoqué un tollé dont l’épilogue n’est pas encore écrit. Si le Parlement européen en décide, c’est devant un tribunal qu’il se jouera.

Article et photo de mon (notre…) copain Michel Soudais, de Politis.

Notes

1 : Cette thèse qui vise à justifier le massacre de 642 civils dont 245 femmes et 207 enfants en le présentant comme une mesure de représailles aux activités des maquis, est notamment propagée par Vincent Reynouard, un néonazi reconnu coupable de négationnisme à plusieurs reprises, et soutenu par Rivarol.

 

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