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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


une histoire d'amour ?

Publié le 20 Novembre 2010, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

(Déjà publié le 14 février 2007)

mitchum_nuit_du_chasseur.jpgIl en va des promesses comme des bulles de savon : à peine envolées, elles éclatent. Ainsi, une rubrique cinéma et lecture devait se mettre en place à la fois ici et chez nos amis de l’Aveyron. Mais, le temps qui manque, les manifs, la campagne nous ont, en tout cas en Moselle, empêchés de mener à bien la tâche avec la régularité souhaitée. Alors, ce matin, cette date du 14 février, ça me disait bien quelque chose… Ah oui ! L’amour, bien sûr ! Doit y avoir de quoi faire dans une telle rubrique, avec ce thème-là ! Mais pour une fois, on va se la jouer pas trop classique, et vous parler d’un chef d’œuvre absolu, le seul film de Charles Laughton : La Nuit du Chasseur. Drôle d’idée, un tel titre pour un film d’amour ? Qui vous a parlé d’amour ?!  En gros, et en quelques mots, c’est une histoire d’un noir total, qui finit sur un horizon lavé, avec une lueur d’espoir là-bas, tout au bout. En gros, seulement…

 Avant d’être arrêté -et exécuté d’ailleurs-, un voleur confie son secret, et son magot, à ses enfants. L’homme qui a partagé sa cellule juste avant sa pendaison, Powell, va essayer de trouver l’argent, au cours de ce qui pourrait sembler une course-poursuite, si on n’était pas dans l’Amérique des années trente, celle des déshérités, des enfants abandonnés, des cœurs dévoués (oui, déjà…), des prédicateurs dévorés et dévorants, des drames liés au sexe et à la religion… Ce film-là, il contient à lui seul tous les autres. Tous… Le chapeau du héros est celui d’un cow-boy, lui-même est l’étranger qu’on ne tolère que parce qu’il est le porte-parole de Dieu, et surtout pas un dieu de bonté, ça non ! La fuite des enfants est haletante comme dans un thriller, ça tient du Petit Poucet et de Hansel et Gretel, on y croise des bêtes étranges, des rivières embrumées, des bâtisses spectrales. Il y a de l’amour, de la tendresse, du suspense, de la perdition, de la brutalité, du crime odieux, du comique (pas trop !), de la musique, aussi, du conte de fées, bien sûr, de l’épouvante, c’est certain, de la psychanalyse, on s’en doute ! et de la justice, en fin de compte. On y a vu un film « chrétien ». Peut-être … Mais bien plutôt une critique en règle des prêcheurs fanatiques… On y trouve le Bien et le Mal, réunis en tatouage sur les mains de Powell. Ah ! Les doigts de Mitchum jouant à croiser les deux mots éternels : « Love » et  « Hate », dans la lutte sans fin du jour et de la nuit, des bons et des méchants, de Dieu et du Diable, des adultes et des enfants et devinez un peu… C’est évidemment la main « Love », la main droite, qui tuera, puisqu’il y a meurtre et du plus terrible. Les symboles vous semblent trop gros ? Non, jamais. On se laisse emporter, par l’histoire, oui. Même si au bout du compte elle est ténue, ce n’est pas ce qui est important, ce qu’on garde, c’est la magie des images, le brouillard qui se lève sur une rivière, les animaux de la nuit non pas inquiétants comme ce serait le cas dans un film banal. Bien au contraire, on les sent gardiens des deux petits fuyards, gardiens et complices, aussi. Et puis, voilà, pour atténuer la barbarie du héros-monstre, il y a Rachel, sorte de bonne fée pétrie de bonté et de générosité, qui comprend tout, même les gamines paumées et amoureuses, sa maison est un havre de paix, de douceur intégrales, et c’est Lilian Gish qui la joue. LA Lilian Gish des films muets, avec son regard clair et jeune à jamais… Le film se termine sur un paysage enneigé. Oui, le méchant sera puni. Les gentils seront sauvés. Les petits enfants sans famille trouveront le bonheur (eh ! pas si sûr, néanmoins, on est en pleine crise sociale…faut voir…) auprès d’un ange à cheveux blancs, qui ouvre sa porte et son porte-monnaie. Je ne sais pas si je vous ai donné envie de le voir, mais en attendant, je vais aller me le remettre dans le lecteur de DVD. Ben oui, on a les Saint-Valentin qu’on s’invente !!!

 brigitte blang

 

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