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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


un regard neuf ?

Publié le 18 Février 2011, 00:00am

Catégories : #histoires et histoire

« Qui arrête les révolutions à mi-côte ? La bourgeoisie. Pourquoi ? »

 

Dans le tome quatre de son roman « Les Misérables », Victor Hugo consacre de longues pages à la révolution  de juillet  1830, aussi nommée « Les Trois Glorieuses ». Une révolution populaire contre un pouvoir réactionnaire, une révolution contre la restauration monarchique, une révolution victorieuse, mais détournée par les « habiles ». Un texte riche d’enseignements pour les peuples qui, comme c’est notamment le cas au Maghreb en ce moment, se soulèvent.

 

barricade-1830.jpgLa révolution de 1830 s’était vite arrêtée. Sitôt qu’une révolution a fait côte, les habiles dépècent l’échouement. Les habiles, dans notre siècle, se sont décerné à eux-mêmes la qualification d’hommes d’État ; si bien que ce mot, hommes d’État, a fini par être un peu un mot d’argot. Qu’on ne l’oublie pas en effet, là où il n’y a qu’habileté, il y a nécessairement petitesse. Dire les habiles, cela revient à dire les médiocres.

De même que dire les hommes d’État, cela équivaut quelquefois à dire les traîtres.

À en croire les habiles donc, les révolutions comme la révolution de juillet sont des artères coupées ; il faut une prompte ligature. Le droit, trop grandement proclamé, ébranle. Aussi, uns fois le droit affirmé, il faut raffermir l’État. La liberté assurée, il faut songer au pouvoir.

Ici les sages ne se séparent pas encore des habiles, mais ils commencent à se défier. Le pouvoir, soit. Mais, premièrement, qu’est-ce que le pouvoir ? Deuxièmement, d’où vient-il ?

Les habiles semblent ne pas entendre l’objection murmurée, et ils continuent leur manœuvre. Selon ces politiques, ingénieux à mettre aux fictions profitables un masque de nécessité, le premier besoin d’un peuple après une révolution, quand ce peuple fait partie d’un continent monarchique, c’est de se procurer une dynastie. De cette façon, disent-ils, il peut avoir la paix après sa révolution, c’est-à-dire le temps de panser ses plaies et de réparer sa maison. La dynastie cache l’échafaudage et couvre l’ambulance (…). Telle est la théorie des habiles.

Voici donc le grand art : faire un peu rendre à un succès le son d’une catastrophe afin que ceux qui en profitent en tremblent aussi, assaisonner de peur un pas de fait, augmenter la courbe de la transition jusqu’au ralentissement du progrès, affadir cette aurore, dénoncer et retrancher les âpretés de l’enthousiasme, couper les angles et les ongles, ouater le triomphe, emmitoufler le droit, envelopper le géant peuple de flanelle et le coucher bien vite, imposer la diète à cet excès de santé, mettre Hercule en traitement de convalescence, délayer l’événement dans l’expédient, offrir aux esprits altérés d’idéal ce nectar étendu de tisane, prendre ses précautions contre le trop de réussite, garnir la révolution d’un abat-jour.

barricades-miserables.jpg1830 pratique cette théorie, déjà appliquée à l’Angleterre par 1688. 1830 est une révolution arrêtée à mi-côte. Moitié de progrès, quasi-droit. Or la logique ignore l’à-peu-près, absolument comme le soleil ignore la chandelle.

Qui arrête les révolutions à mi-côte ? La bourgeoisie. Pourquoi ?

Parce que la bourgeoisie est l’intérêt arrivé à satisfaction. Hier c’était l’appétit, aujourd’hui c’est la plénitude, demain ce sera la satiété.

Le phénomène de 1814 après Napoléon se reproduisit en 1830 après Charles X.

On a voulu, à tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple. Le bourgeois, c’est l’homme qui a maintenant le temps de s’asseoir. Une chaise n’est pas une caste.

Mais pour vouloir s’asseoir trop tôt, on peut arrêter la marche même du genre humain. Cela a souvent été la faute de la bourgeoisie.

On n’est pas une classe parce qu’on fait une faute. L’égoïsme n’est pas une des divisions de l’ordre social.

Du reste, il faut être juste même envers l’égoïsme, l’état auquel aspirait, après la secousse de 1830, cette partie de la nation qu’on nomme la bourgeoisie, ce n’était pas l’inertie, qui se complique d’indifférence et de paresse et qui contient un peu de honte, ce n’était pas le sommeil, qui suppose un oubli momentané accessible aux songes ; c’était la halte.

(…). Il fallait donc à la bourgeoisie, comme aux hommes d’État, un homme qui exprimait ce mot : halte. Un quoique parce que. Une individualité composite, signifiant révolution et signifiant stabilité, en d’autres termes affermissant le présent par la compatibilité évidente du passé vers l’avenir.

Cet homme était « tout trouvé ». Il s’appelait Louis-Philippe d’Orléans.

Les 221 firent Louis-Philippe roi. La Fayette se chargea du sacre. Il le nomme la meilleure des républiques. L’Hôtel de Ville de Paris remplaça la cathédrale de Reims.

Cette substitution d’un demi-trône au trône complet fut « l’œuvre de 1830 ».

Quand les habiles eurent fini, le vice immense de leur solution apparut. Tout cela était en dehors du droit absolu. Le droit absolu cria : je proteste ! puis, chose redoutable, il rentra dans l’ombre.

 

(lu dans l’Huma dimanche)

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