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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Réunion de la honte à l’Élysée

Publié le 28 Juillet 2010, 23:01pm

Catégories : #pas content et on le dit!

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C’est une réunion de la honte qui a été convoquée hier à l’Élysée. Le genre de breafing qui se tient habituellement dans les services d’une préfecture ou au cabinet d’Éric Besson, quand il s’agit de préparer une opération de police contre une famille sans papiers, cette fois sous les ors et les plafonds lambrissés du palais présidentiel ; voilà en quelque sorte la politique de discrimination et de stigmatisation portée au rang de cause nationale. Un président de la République, garant de la cohésion et de la tranquillité publiques, préside une réunion dont l’ordre du jour fait état du « comportement », qui poserait problème, d’une composante de la société française et de l’organisation du démantèlement de « campements illégaux ». Pour dévoyer le débat public hors des enjeux politiques économiques et sociaux, et esquiver les sujets qui fâchent, la droite sarkozyenne piétine les principes qui fondent la république : l’égalité entre les citoyens, la fraternité et la liberté.

À la genèse de ce dernier développement de la tactique du chef de l’État, les événements dramatiques qui ont eu pour décor la petite ville de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) : la mort d’un jeune homme tué par les gendarmes à un barrage devant lequel son véhicule ne s’était pas arrêté, et l’explosion de violente colère, qui ne fit que des dégâts matériels, de la communauté gitane dont le jeune homme était issu. L’événement, qu’on l’appelle ou non fait divers, exprime, comme tant d’autres, malheureusement, un état de tension latent au sein de la société et les rapports dégradés entre les forces de l’ordre et une partie de la jeunesse, précaire et discriminée. Outre la mort d’un jeune homme de vingt-deux ans, le plus grave tient dans le choix de Nicolas Sarkozy de faire de ce drame un prétexte pour montrer du doigt les gens du voyage, les Roms. De tenter de rouvrir un faux débat « ethnique » dans la prolongation de l’inconcevable campagne sur l’identité nationale dont furent chargés successivement Brice Hortefeux puis Éric Besson.

Au passage, il nourrit une confusion entre l’immense majorité des hommes et des femmes qui pratiquent toujours une forme moderne de nomadisme et sont des citoyens français depuis le XVe siècle, et les Roms, citoyens européens puisque venus de Roumanie et de Bulgarie principalement. On stigmatise l’ensemble des gens du voyage en essayant de remettre au goût du jour les vieux fantasmes et on attise des divisions entre citoyens français et immigrés des Balkans. La chasse est ouverte. Ici, on passe un camp de fortune au bulldozer, là on arrête des militants des droits de l’homme. La politique du bouc émissaire est en marche. Mais il n’est pas certain que cette fois-ci la manœuvre, grosse comme un câble de halage, rencontre le même succès qu’à d’autres époques du passé.

Au même moment, en effet, Nicolas Sarkozy s’apprête à installer le nouveau préfet de l’Isère et appelle les représentants de l’État à prêter main-forte aux opérations de police spectacle. Cet assaut de propagande, cette fébrilité ne peuvent plus cacher l’échec de la politique de sécurité fondée sur la communication et les opérations coup de poing. En la matière, la crédibilité du président a suivi la même courbe descendante que sur les problèmes sociaux. Faudrait-il, pour sauver la mise au président, que l’on rende la vie impossible à des familles modestes ou misérables, qu’elles soient françaises ou roumaines ? Quelle femme, quel homme de cœur pourraient l’accepter ?

Jean-Paul Piérot, L’Humanité

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