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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


question de mémoire

Publié le 7 Mai 2010, 23:01pm

Catégories : #histoires et histoire

Depuis quelques jours, on nous parle beaucoup d’un film qui parait-il va faire « un certain bruit ». On l’appelle « Hors-la-loi » et son réalisateur avait déjà un peu bousculé les imaginaires bien-pensants, il y a 4 ans, avec une autre remontée dans notre histoire pas bien limpide. En 2006, Rachid Bouchareb créait l’événement à  Cannes en mettant en lumière les Indigènes de l’armée française. Cette année, il récidive. Et cette fois, il frappe fort. Ce sont les massacres de Sétif qui nous sautent à la souvenance. D’ores et déjà, des députés UMP sont montés au créneau, avec en première ligne Lionnel Lucca, qui sans même avoir vu le film dénonce le soutien financier accordé pour sa réalisation. Et pour ne rien oublier en chemin, il prétend « vouloir veiller à ce que la sortie du film ne puisse être cautionnée par les officiels français ». En d’autres temps, on l’aurait appelé Anastasie ! Mais nous sommes au 21ème siècle et nul ne peut croire que dans la France de Monsieur Sarkozy, on puisse se rendre coupable de censure. Si ? Alors, juste pour une petite piqûre de rappel, ce que nous écrivions ici, il y un an, au sujet des mêmes événements.

 

 

massacre-setif.jpgAujourd’hui, 8 mai, on célèbre la victoire des armées de la liberté sur la bête immonde du nazisme. On va, un peu partout, rappeler comme ce jour-là fut important pour nos « civilisations », et il faut le dire, on est plutôt d’accord sur le principe. Sauf que souventes fois, on oublie de souligner que le 8 mai 45, plus loin, là-bas, de l’autre côté de la Grande Bleue, il se passait d’autres événements, qui allaient eux aussi changer largement la vie de pas mal de monde.

La révolte de Sétif marqua le début de ce qui allait, 9 ans plus tard, devenir la « Toussaint rouge », le 1er novembre 54. La guerre qui vient de s’achever a aiguisé les nationalismes, en Afrique du Nord comme ailleurs. La situation des « musulmans » algériens, citoyens de seconde classe devient pour certains insupportable.

Dès le printemps, le bruit court chez les pieds-noirs de l’imminence d’un soulèvement des populations musulmanes, soulèvement exacerbé par une pénurie alimentaire plus qu’aigüe. Des manifestations se déclenchent le 1er mai dans toute l’Algérie, manifestations pacifiques mais on y voit pour la première fois le drapeau algérien. À Alger, à Oran, pourtant, on relèvera des morts. À Sétif, une manifestation de 10000 personnes, censée fêter la victoire des Alliés, prend vite une autre tournure : l’hymne nationaliste « Min Djibalina » et des pancartes « À bas le colonialisme » prennent le devant de la scène. Le dérapage est rapide. Un commissaire veut arracher le drapeau, on le jette au sol. Un jeune homme portant ce drapeau est abattu. Les policiers tirent, la panique gagne. Les manifestants s’en prennent aux Français. Il y aura 28 morts à Sétif. La rumeur se répand, les émeutes aussi. Des fermes sont attaquées, les fermiers assassinés.  À Guelma, le sous-préfet fait tirer sur la foule des manifestants. Des violences contre les Européens sont commises. 102 d’entre eux seront tués.  La répression sera d’une incroyable violence. Toutes les forces armées y participent, marine, aviation, Légion étrangère, et même des milices. On canonne, on bombarde, on rase des villages, on incendie des mechtas, on tire sur la population, on mène la chasse. La folie va durer deux mois. Les cadavres sont brûlés dans des fours à chaux, disparaissent dans les puits, les rivières. 4500 arrestations, 22 exécutions capitales, 64 condamnations aux travaux forcés sont prononcées. Le 22 mai, le soulèvement prend fin.  Officiellement. Mais c’est pourtant là que tout commence… Qui organise les cérémonies de soumission qui vont se succéder? Va savoir… De soumission ? D’humiliation, plutôt. Et qui n’empêchent pas les exécutions sommaires, après que les hommes se sont prosternés devant les symboles de la République française…

Il faut bien parler de bilan, pourtant, même si le mot a ceci de terrible qu’il réduit à des chiffres ce qui sera le levain de la Révolution algérienne, de sa guerre de libération.   Le général français Tubert rédigera un rapport après les massacres, il parlera de 15 000 tués dans les populations musulmanes. Mais la mémoire algérienne, elle, retiendra longtemps le chiffre de 45000. « La raison d’Etat, la commodité d’une répression aveugle et massive permettant de châtier quelques coupables parmi les milliers d’innocents massacrés, l’immunité administrative de « fait » couvrant par exemple, le sous-préfet de Guelma, fit délibérément et sans excuse arrêter et fusiller, sans autre forme de procès, des musulmans de la ville dont les familles réclament encore en vain une enquête, un jugement ou même une simple explication. » Les frustrations finissent toujours par semer la révolte. Les émeutes de Sétif ne sont pas arrivées par hasard. Et l’inéluctable montée de violence qui suivra, non plus. Aucun changement, aucune réforme, le système colonial s’enferre, et les forces nationalistes vont s’unifier… Et la guerre d’Algérie va germer.setif.jpg

Si, comme moi, vous avez une passion pour ce pays, et même si ce n’est pas le cas, lisez ce qui suit. Vous verrez, des écrivains, des vrais, des « patentés » qui racontent, qui expliquent, qui revendiquent la vérité « oculaire ». À commencer par Kateb Yacine, qui était lycéen à Sétif : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. » Sans oublier Camus, évidemment, pouvait-on l’espérer ailleurs ? Dans « Combat » ce mois de mai 45, il demande qu'on applique aux Algériens les « principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes ». Il affirme qu’il y a crise — et non de simples incidents — que « le peuple arabe existe », qu’il « n’est pas inférieur sinon par les conditions où il se trouve ». Et il proclame que « l’Algérie est à conquérir une seconde fois ».

Alors, quand vous verrez à la télé notre président parader à l’Arc de Triomphe, pensez à Sétif… C’est si loin, Sétif. C’est si près, Sétif. C’est un peu de notre histoire commune, de notre histoire d’êtres humains qui s’est écrite là-bas, de l’autre côté de la « mare ».

brigitte blang

 

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SACD 12/05/2010 22:17



Les auteurs réunis au sein du conseil
d'administration de la SACD ont décidé de créer un nouveau prix, qui sera décerné à une personnalité publique chaque fois que cela leur semblera nécessaire, le prix « Bêtise avec
un grand C », selon l'expression de Jacques Prévert.


Ce prix vise à honorer ceux qui, en toute méconnaissance de cause, prendront dorénavant
l'initiative de tenter de limiter la liberté d'expression en s'attaquant publiquement à des œuvres sans les avoir lues ou vues.

À l'unanimité, ce prix a été décerné, pour la première fois, au député des Alpes Maritimes, Monsieur Lionnel Luca.

En effet, dans un grand élan de respect et de tolérance, Monsieur Luca a dénoncé le film Hors la loi de Rachid Bouchareb, écrit par
Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb, qui sera présenté en compétition au Festival de Cannes, estimant que ce film qu'il n'a pas vu est  « manichéen » et qu'il s'agit
« d'une falsification historique ». 

Il s'est ainsi positionné, à la suite de quelques autres ces derniers temps, dans la grande tradition démocratique du « je ne l'ai pas lu, je ne l'ai pas vu, mais j'en ai entendu causer
donc j'en exige l'interdiction ».

Les auteurs de la SACD félicitent chaleureusement Monsieur Lionnel Luca pour ce prix amplement mérité.

Pour accompagner ce prix, un livre ou un film de son choix sera à sa disposition le jour où il choisira d'en prendre connaissance avant d'émettre un avis à son sujet.



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