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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Que viva Zapatta !

Publié le 9 Avril 2011, 23:00pm

Catégories : #histoires et histoire

 

Zapata ! ça pète comme un coup de fouet et cela résonne comme une légende. Une épopée à ne pas oublier.


zapata.jpg

Tout commence dix ans plus tôt, en septembre 1909, dans son petit village d’Anenecuilco au Mexique. Le Conseil des Anciens réunit en grand secret l’assemblée du village pour annoncer sa démission. Il ne se considère plus capable de défendre les villageois, leurs terres et leurs droits d’eau face aux maîtres des haciendas(grandes propriétés), face à la nouvelle loi foncière et face aux tribunaux. Qui est élu comme nouveau calpuleque (porte parole, répartiteur des terres et récoltes) ? Emiliano Zapata, 30 ans, métis, illettré mais fort intelligent, propriétaire d’une petite terre, métayer de quelques autres arpents et dresseur de chevaux.

En 1910, le Mexique compte 15 160 369 habitants dont 80% vivent à la campagne. Ce pays est dirigé depuis 35 ans par le général Porfirio Diaz, politiquement dictateur et philosophiquement dignitaire franc-maçon (variété « moderniste » croyant apporter le « progrès » par la promotion des élites, le chemin de fer, le capitalisme et les exportations). Le milieu populaire rural connaît une oppression extrêmement dure exercée par les grands propriétaires des haciendas, hautains, rapaces, racistes et par les investisseurs étrangers. Ces maîtres accaparent les terres des paysans, l’eau et les communaux puis utilisent les paysans expropriés comme main d’œuvre bon marché. De nombreux ranchos et pueblos disparaissent au profit des haciendas, de plus en plus riches, de plus en plus vastes, des plus en plus peuplées. En 1906, 17 propriétaires possèdent presque toutes les bonnes terres de l’état de Morelos.

Dans ce contexte, les nouveaux élus d’Anenecuilco essaient de faire valoir les titres fonciers de leurs mandants devant les tribunaux. L’affaire tourne autrement et les paysans se retrouvent pratiquement expropriés et interdits de culture. Zapata et ses amis constatent la brutalité ignoble des rurales (policiers miliciens au service des hacendados). Ils engagent toute leur énergie dans la défense des villageois dépouillés de leurs biens par de puissants investisseurs mexicains et étrangers.

C’est alors, en 1910, qu’Emiliano Zapata commence à détruire certaines clôtures illégitimes, à restituer pacifiquement des terres à leurs propriétaires légitimes, à constituer des lots familiaux, à gérer l’eau, à protéger la culture des terres, à constituer une réserve financière. Surtout, il rassemble les actes divers, souvent anciens, permettant de prouver les droits des paysans. Le mouvement fait tâche d’huile et durant l’hiver 1910 1911, il préside le comité de défense de toute la partie Sud du district de Cuautla. Cependant, ni les autorités, ni les tribunaux ne souhaitent contribuer à faire respecter cette légalité. Face aux forces armées, aux élus véreux, aux hacenderos et rurales, à la police, le mouvement reste ignoré, méprisé. Des soulèvements locaux éclatent.

Le 10 mars 1911, Zapata entre en campagne en prenant le bourg de Villa de Ayala. sous les mots d’ordre « À bas les haciendas ! Vive le peuple » «  Libertad Justicia y Ley ». Des ranchos perdus comme des pueblos ruinés, des rebelles en loques affluent de tous côtés. Vu son manque d’armes et de munitions, ils se limitent à une tactique de guerrilla sur une zone assez large. Le 19 mai, ils s’estiment enfin en mesure de prendre Cuautla et s’en emparent. Zapata fait respecter les haciendas mais leur demande de restituer les terres indument accaparées.

Le Mexique connaît alors :

* une crise institutionnelle due à la décision de Porfirio Diaz de se retirer.

* une mutation économique rapide due particulièrement à la proximité des Etats Unis, à l’intégration de productions comme le sucre dans le marché mondial d’où d’énormes investissements attendant des profits aussi énormes au détriment des peones.

* une crise politique générée par la volonté des forces les plus réactionnaires issues de la colonisation espagnole (grands propriétaires, armée, Eglise catholique) de ne pas lâcher leur domination de type féodal alors qu’une bourgeoisie moderne porteuse d’une vie politique « démocratique » commence seulement à se développer et a besoin des précédents pour exploiter le peuple.

* une « révolution » au sein de laquelle deux courants peuvent être nettement distingués : d’une part des politiciens plus ou moins démocrates, non fiables, véreux, avides de pouvoir mais se satisfaisant de vagues promesses, d’autre part des défenseurs du milieu populaire comme Zapata.

Une première « révolution » l’emporte en 1911. Après la prise de Ciudad Juarez par Pancho Villa, Porfirio Diaz quitte le Mexique pour l’Europe. Des élections présidentielles sont promises.

Emiliano Zapata se fait probablement quelques illusions à ce moment-là sur le nouveau personnel politique. Il insiste sur la nécessité de faire avancer la réforme agraire. Balladé par des politiciens particulièrement retors, écrasé par l’armée fédérale, ayant évité de justesse un assassinat, il se replie sur les montagnes, reconstitue des forces et rend publiques ses « revendications ».

Les succès militaires de la rébellion contribuent lourdement à la victoire électorale du « démocrate libéral » Francisco Madero (qui bénéficie du soutien américain) aux élections présidentielles. Or, celui-ci, une fois élu, trahit Zapata trop confiant, laisse les troupes fédérales l’encercler et le battre. Celui-ci doit à nouveau prendre le chemin des montagnes sur son légendaire cheval blanc.

Le 25 novembre 1911, les guerrilleros publient le Plan d’Ayala (Plan libérateur des fils de l’ État de Morelos affiliés à l’armée insurgée) dont quelques extraits sont rappelés ci-dessous en annexe de cet article.

L’armée poursuit alors une campagne systématique de pacification dans les zones zapatistes (exécutions, incendie des purblos et fermes, camps d’internement, engagement militaire obligatoire, déplacements de population...).

Cette logique de militarisation de la société donne une grande place à l’armée qui réalise un coup d’état autour du général Huerta puis assassine Madero, président élu. La guerre civile enflamme tout le Mexique. La « pacification » militaire s’accentue dans les districts de sympathie zapatiste. Beaucoup de peones, ouvriers et artisans sont embrigadés d’office dans les troupes huertistes pour servir de chair à canon ; plutôt que de subir ce sort, des centaines rejoignent la guerrilla.

En 1914, Zapata dirige une force armée insurrectionnelle disparate mais plus forte qu’en 1911. En avril mai, il reprend en main tout l’état de Morelos. Au Nord, les constitutionnalistes et Pancho Villa ont également constitué une armée contre les généraux putschistes. Huerta se retrouve de plus en plus isolé puis renversé.

Les constitutionnalistes convoquent une convention pour nommer un nouveau gouvernement. Zapata refuse d’y assister en invoquant la raison incontournable qu’aucun conventionnel n’avait été élu. Quelques délégués zapatistes s’y rendent cependant pour présenter leur fameux Plan de Ayala.

Carranza est nommé à la tête du nouveau gouvernement par les constitutionnalistes. Il commence par se retourner contre Pancho Villa qui lui avait permis de vaincre Huerta puis il s’attaque à nouveau aux zapatistes. Suivre le détail de ce douloureux combat serait ici inutile.

En avril 1919, les rebelles n’ont toujours pas été battus, leurs troupes restent fortes et leur prestige est immense dans les milieux populaires.

Suite à un faux ralliement d’une unité fédérale, Zapata est alors attiré dans un piège à l’hacienda de San Juan Chinameca et abattu à bout portant.

Seul, son cheval blanc réussit à s’enfuir. Depuis, des peones l’ont souvent vu parcourir les montagnes du Sud, surtout depuis quinze ans.

Jacques Serieys du Parti de gauche en Aveyron

 

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