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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


pour federico, encore

Publié le 19 Août 2012, 23:01pm

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

federico garcia LorcaUn écho aux vers de Machado, rappelés hier ici, d’autres couplets, écrits largement plus tard, mais qui résonnent pareillement. Et on retrouve, en filigrane, l’esprit de Machado, et presque ses mots.

 Celle-ci est de Ferrat. Et on ne pouvait pas louper l’occasion, sur ce site, de redire combien il nous est plus précieux que jamais. Et combien il manque, surtout.


 

Federico Garcia

Les guitares jouent des sérénades
Que j'entends sonner comme un tocsin
Mais jamais je n'atteindrai Grenade
« Bien que j'en sache le chemin »

Dans ta voix
Galopaient des cavaliers
Et les gitans étonnés
Levaient leurs yeux de bronze et d'or
Si ta voix se brisa

Voilà plus de vingt ans qu’elle résonne encore

Federico García

Voilà plus de vingt ans, Camarades
Que la nuit règne sur Grenade

Il n'y a plus de prince dans la ville
Pour rêver tout haut
Depuis le jour où la guardia civil
T'a mis au cachot

Et ton sang tiède en quête de l'aurore
S'apprête déjà
J'entends monter par de longs corridors
Le bruit de leurs pas

Et voici la porte grande ouverte
On t'entraîne par les rues désertées
Ah! Laissez-moi le temps de connaître
Ce que ma mère m'a donné

Mais déjà

Face au mur blanc de la nuit
Tes yeux voient dans un éclair
Les champs d'oliviers endormis
Et ne se ferment pas
Devant l'âcre lueur éclatant des fusils
Federico García

Les lauriers ont pâli, Camarades
Le jour se lève sur Grenade

Dure est la pierre et froide la campagne
Garde les yeux clos
De noirs taureaux font mugir la montagne
Garde les yeux clos

Et vous Gitans, serrez bien vos compagnes
Au creux des lits chauds
Ton sang inonde la terre d'Espagne
O Federico

Les guitares jouent des sérénades
Dont les voix se brisent au matin
Non, jamais je n'atteindrai Grenade
« Bien que j'en sache le chemin »

 

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orchestre poétique 20/08/2012 11:19


À Federico Garcia Lorca


Lorsque je suis sorti de la caverne, le soleil m’a ébloui, presque hébété car j’avais passé tant de temps dans l’obscurité
que mes yeux avaient du mal à voir, par delà l’opacité, les couleurs de ce monde neuf.


On ne s’invente pas Poète, on ne choisit pas d’avoir son âme, son cœur et son corps traversés, perméables, impressionnables
à chaque trace de vie.


Les mots vous viennent en avalanche, voilà tout, emportant sur leur passage les maladresses de nos adolescences fébriles,
les timidités passagères ou tenaces qui tenaient éloignés des beautés à étreindre.


Les mots vous viennent en avalanche, il ne sert à rien de se débattre. Il faut les prendre et les soulever, il faut les
polir, les cerner, trouver en eux ces racines d’où tout part et où tout revient, jusqu’à nos rêves où la femme nue se promène.


On ne s’invente pas Poète. Les mots vous viennent en avalanche et il faut les écrire pour ne pas y succomber, pour ne pas
mourir.


Du moins c’est ce que je croyais, dur comme le fer, jusqu’à ce jour d’août 1936 où le voile est tombé sur mes yeux.


Bien sûr il faisait chaud dans les environs de Grenade quand ils ont frappé à ma porte.


J’ai compris tout de suite que la vie s’en irait de moi plus vite qu’elle n’aurait dû, qu’il faudrait bientôt me délester
de ma peau et abandonner au gouffre ma dépouille mortelle


J’ai reposé ma plume dans l’encrier et je les ai suivis.


On ne sait rien de ce qu’il m’advint réellement.


M’ont-ils torturé, avant, pour faire sortir de moi des mots d’où n’émergerait jamais ma poésie ? Elle que je devais
quitter là, une balle logée dans la tempe gauche, une autre sous la quatrième côte, à droite, deux autres encore, près du front et dans le ventre… Oui, dans ce ventre où je gardais bien au chaud
ma rage, ma haine du fascisme et mon amour, tout mon amour pour mon Espagne !


Les poètes sont comme les enfants et on leur fait grande place aux banquets éternels.


Je repose en des cieux que Franco ne verra jamais.


Là, le chant du flamenco me réchauffe et me berce, me ramenant, rêveur, sur les chemins de Grenade.


Est-il vrai qu’aujourd’hui l’olivier y a fleuri ?


Je ne suis donc pas mort.


m. pour O.P.A


l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre


 

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