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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Parlons encore d’école

Publié le 12 Septembre 2011, 23:01pm

Catégories : #école

lu chez Marianne 2

François Cocq et Francis Daspe sont respectivement Secrétaire national à l’Éducation du Parti de Gauche et Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée). En s'appuyant sur plusieurs exemples, ils reviennent dans cette tribune sur les « conditions scandaleuses », disent-ils, dans lesquelles se déroule la rentrée scolaire.

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On savait bien, en dépit des dénégations lénifiantes tenues en dehors de toute réalité par le ministre Luc Chatel, que la rentrée scolaire se déroulait dans des conditions scandaleuses. Pour les personnels, mais aussi pour nombre d'élèves, et ce malgré l'engagement sans faille des enseignants. Mais chaque jour nous apporte son lot de nouvelles révélations qui témoignent à quel point le service public d’éducation, confronté à un tel état de délabrement, en est réduit à vivre d’expédients.

C’est ainsi qu’on découvre avec stupéfaction que dorénavant les chefs d'établissements n’ont plus d’autre ressources qu’à aller faire la manche sur les sites de petites annonces pour boucher les trous de leurs emplois du temps. Le collège de Roquebleue, situé dans la commune de Saint-Georges-de-Reintembault dans le département de l’Ille-et-Vilaine, a dû se résoudre à déposer une annonce sur le site « Leboncoin » pour recruter un professeur de mathématiques à temps partiel qui assurerait 4 heures par semaine pour des classes de 5°.


Cette situation est indigne d’un service public de qualité. Elle n’est malheureusement nullement le fruit du hasard. Elle résulte d’une succession de mesures gouvernementales prises avec constance depuis plusieurs années : suppressions de postes, diminution des postes offerts aux concours de recrutement, nouvelles conditions de recrutement et de formation des enseignants dans le cadre de la « mastérisation », accentuation de l’autonomie des établissements visant dans un même élan à casser les cadres nationaux, à démanteler les statuts des personnels et à transformer contre leur gré pour la majorité d’entre eux les chefs d’établissements en managers.

C’est une honte que d’avoir sciemment déstabilisé l’institution scolaire par des coupes sombres à répétition, au point de ne plus être en capacité de recruter en nombre suffisant des enseignants qualifiés et formés pour assurer les cours. C’est une ignominie que de reléguer dans la précarité des enseignants qui n’ont d'autre choix que d'accepter ces 4 heures de cours réparties qui plus est sur trois journées. C’est une ineptie que de prendre le risque de mettre un enseignant non formé devant les élèves.

Ces exemples édifiants de dégradation de l’éducation dans notre pays ne sont hélas pas isolés. Les précédents ont tendance à se multiplier. On se souvient que le 26 mai 2011, Pôle Emploi a assuré à Paris à la demande de l’Éducation nationale le premier casting pour le recrutement d’enseignants remplaçants, ceci afin de pallier la pénurie d’enseignants que les gouvernements de droite ont méthodiquement organisée au nom de la révision générale des politiques publiques.
Tout récemment, les habitants d’un village des Hautes-Alpes, Le Puy-Saint-Vincent, se sont résignés à financer directement l’emploi d’une institutrice, suite à la fermeture de la classe par les autorités académiques obnubilées par la recherche d’économies tous azimuts. Le désengagement cynique de l’État ne saurait être compensé par de telles stratégies de survie si généreuses puissent-elles apparaître au premier abord. Elles ne mettent en exergue crûment que les situations désespérées auxquelles nous sommes parvenus : le ver est déjà dans le fruit.

Un point de non retour est véritablement atteint. Ça suffit comme ça ! L’Éducation nationale ne saurait être gérée comme une entreprise, au moindre coût. Disons le clairement : si nous considérons qu’il est bien plus stimulant de jeter les bases de la démocratisation scolaire, qui passe notamment par la mise en place d’une culture commune de haut niveau afin de garantir une école de la réussite de toutes et tous, la question des moyens ne peut désormais plus être secondaire.
Il est fini le temps où l’on pouvait se contenter de faire cesser l'hémorragie comme on l'entend trop souvent, y compris à gauche chez celles et ceux qui se cachent derrière le prétexte de la dette. L’urgence exige de rétablir tous les postes vandalisés par la droite depuis 2007. Revenir sur l’inefficace baisse de la TVA dans la restauration suffirait à y parvenir pour ne citer que cet exemple. Il est heureux que des candidats à la primaire socialiste, qui jusqu’à hier disaient l’inverse, se rangent enfin à nos propositions en la matière. Ainsi, François Hollande déclarait dans l'Express du 5 avril 2011 qu'il ne reviendrait pas sur ces suppressions de postes ! Courage, camarades ! Il ne vous reste plus qu’à rompre avec une tendance consumériste et individualiste de votre vison de l’éducation et vous retrouverez la voie et le sens de l’intérêt général !

Que cette question des moyens soit aujourd’hui posée avec autant d’acuité est bien la preuve que la politique aveuglément dogmatique de suppressions de postes atteint désormais le système éducatif jusqu’à l’os. Pour l’École de la République, il s’agit bien d’un quinquennat d’airain dont il faudra sortir rapidement.

 (photo PG 57 Francis et François au Remue-méninges le 27 août dernier)

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