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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


parlons du bac pro

Publié le 3 Juillet 2011, 21:22pm

Catégories : #école

Réflexions sur la contre-réforme de la voie professionnelle, ses conséquences pédagogiques et idéologiques

bac pro 

En supprimant les sections de BEP, le  ministère oblige l'élève à choisir très  tôt, dès sa sortie de troisième, sa spécialité de baccalauréat professionnel,  alors que le constat, fait depuis 2 à  3 ans, est que ces élèves sont sensiblement plus jeunes (moins de redoublements en collège). Une fois dans le  LP, est-ce en bourrant les classes de bac pro à 30 élèves, voire plus, que  l'on y arrivera ? La réponse est non,  sans aucun doute possible, d'autant que l'on retrouve des élèves de niveau CAP voire IME (?) sombrer corps et âme en seconde Bac Pro, faute de solutions pédagogiques adaptées, d'encadrement et de moyens humains et financiers.

Avec une année de  scolarité supprimée, ce n'est pas dans  de telles conditions d'enseignement,  que nous pourrons  amener nos élèves à un réel niveau  IV,  niveau pourtant indispensable  pour espérer une  poursuite d'études  réussie en BTS.

Cette contre-réforme ne  se résume pas à  une modification  des structures pédagogiques, elle se  caractérise aussi par  le déploiement  tous azimuts  des CCF.  Entre les CCF  et l'épreuve de  contrôle, on  n'a pas de crainte sur le pourcentage  de reçus parmi ceux qui finiront le  cycle.  Mais peut-on être sans  inquiétude pour l'après-bac ?  Dans l'entreprise, le diplôme va-t-il  garder la reconnaissance qu'il avait  avant ?  En BTS, quelles seront les chances  réelles de réussir pour les futurs  bacheliers professionnels ?

Concernant l'orientation des élèves, il y a un projet de décret définissant les nouvelles missions des COPsy bac-pro-2.jpg(conseillers d’orientation-psychologues) et qui prévoit entre autres choses de dématérialiser le service (les conseillères devront traiter des dossiers d'élèves par intra-net) et de donner la priorité aux publics porteurs de handicaps, aux décrocheurs ou primo-arrivants, laissant ainsi aux enseignants - déjà surchargés - le travail de suivi et de conseil attendu par les élèves. Que dire des web-classeurs et des fiches d'orientation que les élèves en autonomie devront renseigner ?

Le ministère prépare la mise en place du service sublic d'orientation en des lieux uniques qui regrouperont CIO, Pôle emploi, Missions locales, etc. tout en niant la spécificité de l'orientation scolaire et en imposant un modèle éducatif uniquement préoccupé d'insertion.

Est-ce ce que nous voulons ?

Concernant le palier d'orientation en fin de 5ème : une évaluation au troisième trimestre de 5ème porterait sur 2 compétences du socle, soi-disant pour disposer d'informations statistiques. Mais comme on expérimente déjà  des aménagements en 4ème permettant « la découverte des métiers »  (dans les enseignements et sur le temps d'information) et une « 3ème prépa-professionnelle » pour « diversifier les parcours », on perçoit clairement que ce sont les enfants des milieux les plus défavorisés (« sans talent ni mérite ») qui devraient être exclus de la scolarité obligatoire, de l'acquisition du socle commun ou orientés vers la Formation professionnelle, se débarrassant de certains élèves, les oriente professionnellement en fonction du bassin d'emploi et de la carte de formation pré-dessinée avec le Conseil régional.

Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas l'excès mais l'insuffisance de démocratisation qui mine la réussite au collège. Non parce qu'ils le souhaitent (à 13, 14, 15 ou 16 ans… on sait le métier que l'on veut faire ?) mais parce que le système éducatif, est incapable de mettre en place une véritable politique émancipatrice au service de tous les élèves.

Par ailleurs, nous savons tous au PG que les accords de Bologne et de Lisbonne  préconisent l'adaptabilité de la  « ressource humaine » à un  contexte socio-économique perçu comme  une fatalité par les politiques successivement au pouvoir et qui n'ont plus qu'à mettre en œuvre des  programmes d'éducation et de formation  par avance biaisés. Le niveau élevé de formation attendu des élèves et des enseignants est mis à la disposition d'une vision utilitariste de l'éducation.

Et puisque l'on est nous-mêmes enseignants, on a déjà pu vérifier que nos collègues  sont de plus en plus formatés. On perçoit cette pression sur les esprits dans la logique du mérite individuel qui oppose  les personnels entre eux et plus encore à l'avenir avec la prime de fonction et des résultats dans le partage  d’une enveloppe financière préfixée.  Il s’agit, par ce biais, de remettre en cause  la rémunération indiciaire de tous les  fonctionnaires dans le cadre du dogme du  non-remplacement d’un fonctionnaire sur  deux et de la mise en place de la révision  générale des politiques publiques. 

Si d’ores et déjà, des milliers d’agents de  l’Éducation nationale sont concernés par  une rémunération variable selon leurs  « résultats », on sait que ce mode de rémunération devrait  concerner, à terme, tous les fonctionnaires, sous prétexte de « rémunérer les  compétences » et que la part liée aux fonctions suppose que  chaque poste de chaque corps fera l’objet d’une cotation, définie par chaque chef de  service. C’est l’institutionnalisation de la concurrence et de la compétition comme mode de relations entre fonctionnaires et la négation même du fait que les missions de service public doivent être une œuvre collective pour être efficaces. 

Les retombées sont claires. Aux enseignants, comme aux élèves, on ne demande  pas de sens critique, mais une conformité  à la réglementation, à un modèle réducteur et dévoyé des éléments apportés par  la recherche.

La rénovation du Bac Pro, comme de tout le système éducatif, est dans cette logique et ne peut être ainsi cautionnée.

 

Éric Fernandez-Quintanilla PG 33

Juin 2011

 voie-pro.JPG

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