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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


On entendait… tourner les hélicos !

Publié le 11 Novembre 2010, 00:01am

Catégories : #syndicats

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Nous parlions ici il y a quelques jours des travailleurs d’une usine de par chez nous. Behr France, elle s’appelle. Et l’article : « Ceux-là sont vivants ». Nous vous avions raconté leur grogne, leur rogne et leur combat. Combat  soutenu dès le premier jour par le Parti de gauche en Moselle. Tout partait d’un refus de la direction d’effectuer les négociations annuelles obligatoires. Eh bien depuis, les événements se sont précipités, et on va vous raconter ça d’un peu près, comme ils l’ont vécu.

Le patron ? Une espèce de caricature, un mec bien sous tous rapports, comme dans un vieux Boisset des années 70, ce genre… Pas de négos, rien que de la menace, du mépris et de l’acharnement à traiter les ouvriers comme de vulgaires machines à profit. Rien n’avance. Les grévistes ont bloqué l’entrée de l’usine, bien sûr. Mais aussi, mais surtout, pendant qu’ils y étaient, la sortie ! Du coup, même s’il s’en trouve encore quelques-uns pour bosser à l’intérieur, les pièces ne traversent plus la grille. Et les clients ont le museau qui s’allonge. Et la sacro-sainte liberté de travailler est mise à mal dans les deux autres usines du groupe, en Alsace (en Alsace où d’ailleurs, les ouvriers débraient en signe de soutien) et en Allemagne. Alors, dans un premier temps, la direction assigne les fauteurs de grève au tribunal des référés. Objectif : l’évacuation du piquet de grève. Nous voilà en route pour les épauler là-bas aussi, et soudain, au-dessus de nous, un hélico ! Équipé d’un filin, avec au bout une caisse en métal qui se balance. Tiens qu’on se dit avec les copains, on tourne un film, une évasion peut-être bien. Mais pas du tout. C’est le patron qui a affrété l’engin pour faire sortir la marchandise, comme on vous le dit ! Ça a duré toute la journée, le petit meeting aérien. Et comme le soir tombe vite en cette saison, quand la nuit est arrivée, on a installé une espèce de tunnel en plein air, entre l’entreprise et celle d’à côté, l’usine Smart, gros client de Behr… Les cadres et les non-grévistes ont organisé une chaine humaine entre les deux boites. Vous allez rire, tous vêtus de jaune fluo ! C’était charmant, toutes ces silhouettes lumineuses qui se démenaient dans l’obscurité pour trimballer de gros containers remplis de pièces usinées. Tout ça sous l’œil protecteur des gendarmes de la région. Sur le piquet de grève, autour du feu, on n’a pas vraiment apprécié le coup du gros z’oiseau briseur de grève, vous pensez bien ! Et on l’a fait savoir. Bagarre. Coups de pied. Des grévistes à terre, qu’on traine dans la boue. Un film, sûrement, mais un sale scénario, à coup sûr ! Des délégués syndicaux molestés, des filles à qui le patron ordonne de retourner à l’atelier, sous peine « d’être virées », des hélicos qui piquent la marchandise comme des voleurs. Dites-moi, ça va chercher dans les combien, la location d’un tel véhicule ? Certainement plus qu’un jour sans production, non ? Pendant ce temps-là, au tribunal, les avocats des 3 syndicats (CGT, FO, CFDT) ont plaidé la négation du droit de grève. Et le jugement sera rendu mardi 9. Passant dans le coin, Xavier Mathieu, de la Conti, s’est arrêté pour leur regonfler le moral. Dans la soirée, juste après notre départ du site, les négociations ont commencé, avec le président du groupe débarqué tout exprès pour, et elles ont fini par aboutir. Tout n’a pas été obtenu, on s’en doute. Mais les gars sont sortis la tête haute, en ayant refusé une prime proposée aussi… aux non-grévistes ! Fiers d’eux, et ils ont bien raison. Et nous aussi, fiers comme des poux d’avoir connu ces garçons et ces filles-là. Le boulot a repris samedi matin. La plainte sera retirée. Magnifique cadeau, sur 4 jours on ne leur comptera « que » 3 jours de grève…  Mais ici, en Lorraine, on a bien cru qu’on tournait la suite de la série de Mordillat : Les Vivants et les Morts. C’est pourtant vrai que « ceux-là sont vivants ».

brigitte blang

(photo pg57)

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