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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Nicaraguita…

Publié le 19 Juillet 2010, 23:00pm

Catégories : #histoires et histoire

 

 

Ce n'est pas pour me vanter, mais j'ai une sœur. En vrai, j'en ai plusieurs, mais celle-là, c'est une sœur indispensable, de celles qui partent habiter au-delà des mers, histoire de faire voyager les autres, les pauvres terriennes, par procuration. Bref, pour faire court, elle a vécu à Managua. Même qu'elle y a rencontré Lavilliers, et que c'est pas à moi que ça serait arrivé pareille aventure !!! Alors, cette date du 19 juillet 79, quand les sandinistes arrivent au pouvoir forcément, ça lui cause, et pas qu'un peu. Voilà ce qu'elle m'écrivait, ma sœur, en 2006, la veille des élections là-bas.

 

 

   « Daniel Ortega! Je ne peux que me souvenir, du coup, je me souviens… On est arrivés à Managua en août 84, la révolution sandiniste avait viré Somoza en 79. On était en pleine période électorale. Voilà des révolutionnaires qui ont gagné en 79 et qui se présentent à des élections 5 ans après. Pas mal déjà, non?  Ce n'est pas forcément l'idée que le commun des mortels se fait du marxisme pur et dur. Et puis, début novembre, ils les ont gagnées, les élections. J'y étais, la presse internationale aussi, on nous disait qu'il fallait craindre le bombardement de la capitale, en fait, il ne s'est rien passé du tout. Le contexte relations internationales, c'était la guerre, guerilla qu'ils disaient, alors que les contre-révolutionnaires, « contras » étaient entraînés par des militaires US.

   Le Nicaragua des Sandinistes, le seul d'ailleurs que j'ai connu (je suis rentrée fin 89, ils ont perdu les élections en novembre 90), donc ce Nicaragua-là, c'était la misère des gens, bien sûr, mais aussi l'alphabétisation dans le moindre quartier, le moindre village, la santé gratuite et pas nulle. Un exemple vécu: on s'occupait d'un petit gars, 2 ans, il était fragile et souvent malade, il a été hospitalisé, soigné, on s'est relayés avec sa mère auprès de lui. Quand il a été retapé, je suis allée demander combien on devait. Là, un type qui était à l'arrière-plan et avait bien repéré ma tête d'occidentale, m'a dit, et sans agressivité du tout: « Rien du tout. C'est Daniel qui paie. » Son sourire était heureux et fier. C'était à l'hôpital Velez Païz, juste en face de chez nous. Oui, les sandinistes, c'est aussi les enfants vaccinés, l'école obligatoire et gratuite pour tous et dans tous les « barrios » (petits quartiers). Daniel Ortega et ses camarades, c'est (c'était ?) l'espoir de toute une jeunesse. C'est encore pas de peine de mort, des prisonniers politiques, et il y en avait, forcément, qui, m'avait-on dit, pouvaient régulièrement recevoir leurs familles, leurs conjoints, « normalement » si l'on peut s'exprimer ainsi. J'entends par là que les femmes et les enfants venaient passer la fin de semaine, manger, dormir avec le prisonnier. Cela restait la prison, bien sûr, et ce n'est pas le pied, mais je connais un beau pays démocratique qui donne volontiers des leçons et où une prisonnière politique hémiplégique a été tenue à l'isolement et quasi au secret, sauf erreur (Nathalie Ménigon). 

  Le Nicaragua des Sandinistes, c'est aussi le frère de Daniel, Umberto, Tomas Borge, les frères Cardenal, Ernesto et Fernando, deux Jésuites, ministres, l'un de l'Education, l'autre de la Culture, et que le pape de l'époque avait punis pour faire partie de ce gouvernement (excommuniés, je crois, interdiction de dire l'office).

   Quand tu me parles du Nicaragua Sandiniste, j'ai envie, même si ce n'est pas politiquement correct, de parler de Cuba. En préparant la bouffe l’autre soir, j'entendais sur à la radio la nouvelle suivante: proportionnellement, Cuba a plus, beaucoup plus de centenaires que nos pays d'Europe, pourtant effrayés d'envisager le paiement des retraites dans quelques années. L'espérance de vie est, à Cuba, comparable aux nôtres. Ce n'est pas le cas au Nicaragua, depuis que les Sandinistes ont été battus par une coalition de 11 partis en 90. En dépit de cela, ils avaient quand même totalisé 40 et quelque % des suffrages. 

   Je ne sais pas ce qu'est devenu Daniel, il a pris 20 ans, c'est sûr. Il aurait peut-être fallu un peu de sang neuf, on dit qu'il a viré du FSLN (Frente Sandinista de Liberacion Nacional) certains de ses anciens copains. Je me souviens qu'en 85 (ou 86 ?) dans cette guerre dont on disait que ce n'était qu'une triste guerre civile, un avion piloté par un étatsunien a été abattu sur le territoire nicaraguayen. L'homme était sauf, il a donc été jugé, condamné à X années de prison. Cela dit, pendant son procès, il a pu recevoir les conseils d'un avocat de son pays, sa famille a pu lui rendre visite. Pour finir, à Noël qui a suivi, il a été gracié, et il a pu rentrer dans ses foyers comme on dit. Je sais bien que les USA ont toujours nié leur implication dans cette affaire. C'est vrai qu'on imagine bien un pilote américain qui pète un plomb et se met au service des contras avec son appareil, tout ça pour leur apporter des armes et sans le feu vert de sa hiérarchie. Beau geste, bien, le gars. Inutile de dire que personne n'a jamais été dupe.

   Je t'écris dans la passion et la nostalgie. Il faut en prendre et en laisser, sans doute, je ne suis qu'un témoin, pas objectif donc. Mais il y a une chose dont je suis sûre, c'est que si les Sandinistes n'avaient pas été battus en 90, 96 et 2001, le Nicaragua ne serait certainement pas dans le désastre où il est actuellement.

   ortega.jpgD'autre part, on ne doit pas oublier que ce Nicaragua-là, c'est le petit pays pauvre qui a réussi pendant plus de 10 ans à faire un pied de nez historique, durable, salvateur aux Etats-Unis, et ceci en dépit de la guerre, du blocus, des difficultés économiques, de l'inflation galopante due en grande partie à la guerre justement.   

 

    Petite chanson, reprise par les Motivés :

  Ay, Nicaragua, Nicaraguita, 
  La flor mas linda de mi querer, 
  Abonada con la bondita, Nicaraguita, 
  Sangre de Diriangen, 
  Ay, Nicaragua, sos mas dulcita 
  Que la mielita de tamaga 
  Pero ahora que ya sos libre, 
  Nicaraguita, 
  Yo te quiero mucho mas. 
   
 (Carlos Mejia Godoy, Managua 1981.) 

    En gros, il est dit que l'auteur aime beaucoup son petit pays doux et violent, mais qu'il l'aime beaucoup plus depuis qu'il est libre. »

 

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