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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


lu dans l'huma

Publié le 22 Octobre 2009, 23:01pm

Catégories : #histoires et histoire

À l’heure où la lettre de Guy Môquet sera lue pour la seconde fois en classe, l’historien Nicolas Offenstadt analyse comment le président de la République tente de faire renaître un grand récit politique qui instrumentalise les grandes figures historiques hors de tout contexte. Une histoire bling-bling, en somme.

L’ouvrage de Nicolas Offenstadt propose, en dix chapitres, de revenir sur les épisodes les plus marquants de l’usage fait par le pouvoir sarkozyste des références historiques.

Le chef de l’État s’est fait une spécialité de mettre en scène une histoire nationale clinquante et sans profondeur, une histoire bling-bling, selon la juste expression de l’auteur. Fondée sur une mise en scène médiatique appuyée des lieux de la mémoire nationale, éclatée en un kaléidoscope de personnages historiques érigés en icônes et bâtie sur une chronologie sans clivage, l’histoire bling-bling de Sarkozy est d’abord une histoire vite consommée. Elle cherche à produire une adhésion et se tient en lisière de la réflexion critique.

L’instrumentalisation de la figure de Guy Môquet est à ce propos exemplaire. Oubliant volontairement l’importance de l’engagement communiste du jeune fusillé, le pouvoir a surtout cherché à promouvoir une cohésion nationale construite sur quelques réflexes émotionnels.

Nicolas Offenstadt remarque très justement que les rituels commémoratifs déployés notamment à l’occasion de la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, sont tout à la fois datés et conventionnels. L’obsession d’un roman historique fédérateur s’étend désormais à l’Europe. Persistant dans une vision anachronique, confuse et téléologique de l’histoire européenne, le pouvoir ignore délibérément la complexité d’un passé fait de tensions et de conflits. Une des caractéristiques principales de l’histoire sarkozyste réside dans la détestation de la repentance, perçue comme l’expression des mémoires communautaires.

L’auteur remarque que l’attention soutenue aux épisodes douloureux et délicats nourrit davantage les cadres d’intelligibilité des citoyens qu’elle ne les appauvrit. L’embrigadement de certains historiens dans le récitatif du pouvoir, à travers notamment le rapport Kaspi, les débats sur les lois mémorielles et le projet de musée national, inquiètent, non sans raison, Nicolas Offenstadt, qui pointe la position ambiguë des experts organiques défendant une vision figée et patriotique de l’histoire.

La relecture historique qu’opère Sarkozy vise donc à réinvestir le roman national en stigmatisant les mémoires communautaires et la repentance. Cette posture prend appui sur une temporalité médiatique qui brouille les repères et consume rapidement les icônes. L’ouvrage de Nicolas Offenstadt défend en contrepoint une histoire critique vivifiante, soucieuse d’inventer de nouveaux espaces de dialogues avec le public.

Par Jérôme Lamy, historien des sciences.

L’Histoire bling-bling, Le retour du roman national, de Nicolas Offenstadt, Éditions Stock.

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