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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


et la honte vint...

Publié le 17 Octobre 2011, 23:00pm

Catégories : #histoires et histoire

17octobre1961.jpg 

 

17 octobre 1961 : la guerre d’Algérie dure depuis 7 ans ; l’indépendance est inévitable tellement la population soutient le FLN, tellement la France est isolée au niveau international. Pourtant, à Paris comme à Alger, les massacres gratuits et les vexations se multiplient.

17 octobre Paris

«  20h10 : Tout est calme. Une colonne d’Algériens vient à ma rencontre. Ni cris, ni drapeaux, ni pancartes. Ils sont généralement jeunes mais il y a aussi des adultes, même des vieillards et des femmes tenant leurs enfants par la main ... La charge de police ratisse le boulevard... Une partie du cortège est matraquée sans pitié... Un raffiné manie son bâton de taille pour mieux casser nez et dents. Un autre estoque au visage avec un bâton cassé, dentelé comme un tesson. Un gradé cueille un vieil homme enturbanné… impossible que l’œil n’ait pas éclaté… Un Algérien s’enfuit en hurlant, la mâchoire disloquée, sa bouche bée comme un trou noir… » (déclaration du témoin René Dazy).

La police recense officiellement 11538 arrestations dans ces conditions ; le FLN algérien compte 200 morts et 400 disparus. L’Inspection Générale de la police « estime » le nombre de tués à 140. Elle estime seulement car il y a effectivement beaucoup de « disparus ». Le lendemain, des cadavres flottent encore au fil de l’eau sur la Seine. « Pendus aux arbres. Etranglés ou noyés dans les caves ».

17-octobre-61.jpgDes policiers témoignent auprès de Claude Bourdet, conseiller municipal de Paris, sur des faits horribles. Un gardien de la paix raconte comment des Algériens ont été abattus à coups de bancs dans le cadre d’une plaisanterie interne à la police.

Dans L’Express, Jacques Derogy rapporte comment une colonne a été accueillie par une rafale de mitraillette au Pont de Neuilly. « Après… la chaussée était jonchée de débris de toutes sortes, de landaus d’enfants renversés… de grandes traînées de sang ».

«  Des policiers ont « décollé » un bébé du dos de sa mère. Le bébé est tombé à terre. Une dernière vague de policiers l’a piétiné. »

Dans France Soir, JL Quenessen relate un autre témoignage « Il était onze heures du soir près du Pont du Château. Une trentaine d’Algériens sont ramassés. Roués de coups, ils sont jetés dans la Seine, du haut du pont, par les policiers. Une quinzaine d’entre eux ont coulé... D’autres essayaient de regagner le bord. Mais les agents tiraient dessus ».

Des témoignages aussi atroces sur le comportement des policiers abondent.

Un député centriste, M Claudius Petit, cite des faits à l’Assemblée nationale et lance : « Après la honte de l’étoile jaune, connaîtrons-nous celle du Croissant jaune ? Nous vivons ce que nous ne comprenions pas que les Allemands vivent après l’avènement d’Hitler ».

Les partis et journaux de gauche réprouvent ces faits de façon souvent « maîtrisée ». La grande majorité des aveugles éternels, avoués ou honteux, qui votent à droite, n’avaient pas remarqué en 1942 que leur voisin partaient pour les camps de concentration ; en 1961, ces évènements ne les perturbent ni plus ni moins.

Par contre, l’embryon de la génération militante jeune de Mai 68 naît alors, sur la base d’une morale universaliste et internationaliste. Il n’y a rien à regretter dans ce choix.

Jacques Serieys PG 12

PS : J’ai rédigé l’article ci-dessus à partir de notes (extraites essentiellement d’une revue, peut-être Les Temps Modernes) pour un rapport que j’avais fait dans les années 1960.

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