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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


C’est à Craonne…

Publié le 14 Avril 2010, 23:00pm

Catégories : #histoires et histoire

 

Parfois lorsque l’actualité est si vide (pardon ? Vous disiez ? Retraites ? Ah bon…) il prend l’envie d’aller fouiller un peu l’histoire. Ces jours-ci, justement, on pourrait se souvenir de 1917, le terrible printemps de 1917.

 

 adieu_la_vie.jpg 

Le propos n’est pas ici de raconter les mutineries d’avril et de mai 17, à la suite de l’échec de la tactique « Nivelle », au Chemin des Dames entre le 6 et le 19 avril (pour info : 40 000 tués, 80 000 blessés…). Des mouvements de protestation suivirent des refus de monter en ligne, comme qui dirait une « grève de soldats ». L’occasion pour quelques-uns de traduire en chansons ce qu’on nommerait aujourd’hui un ras-le-bol. Chansons anonymes le plus souvent, on peut comprendre, les auteurs et même les chanteurs recherchés toujours, retrouvés parfois, punis bien entendu. Des deux côtés, bien sûr, on entendit l’Internationale, mais aussi, la plus célèbre d’entre toutes, cette « Chanson de Craonne », qu’on eut tôt fait d’interdire, de pourchasser, comme portant atteinte au moral des troupes, au cas où l’horreur de la guerre ne se serait pas suffi à elle-même comme sapeuse de moral, des fois. On offrit des primes à qui dénoncerait l’auteur. En vain. Les combattants l’avaient appris ce refrain qui disait si bien leur détresse, leur hâte d’en finir de cette guerre sans fond où « ils crevaient pour messieurs les gros », leur refus de continuer à être sacrifiés, à servir de chair à baïonnette à cet acharnement sans fin. Toutes les troupes engagées au Chemin des Dames sont concernées, contrairement à ce qu’on a longtemps voulu nous faire croire (Mutineries ? Phénomène isolé, deux ou trois cas ici ou là…). Plus de 3400 cas (individuels ou collectifs) seront jugés, qui condamneront à mort 554 troufions misérables, au bout du rouleau, à bout de forces. Ces « messieurs les gros » ont dû être étonnés : le soldat était donc une personne vivante, avec une tête et un cœur ? Et la guerre pouvait donc être remise en question, par ses propres acteurs, soudain rebelles ? Tous ceux qui en sont revenus ont gardé à jamais le souvenir obsédant de la boucherie organisée, de l’odeur harcelante. L’un d’eux raconte : « Au petit jour, dans le boyau, je croyais avoir la veine de ramasser une boule de pain. C’était la tête d’un boche qui émergeait du sol. ». Il faudra désormais compter avec le poilu. Mais on devra attendre Lionel Jospin, premier ministre en 1997, pour rendre leur dignité à tous ceux-là qu’on avait niés jusque alors.  

 (brigitte blang pg 57)

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