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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


à propos d'un scientifique

Publié le 17 Avril 2010, 23:01pm

Catégories : #ailleurs

De la servitude volontaire…

par Pierre Chantelot

sciences.gifDans son essai, L'imposture climatique, Claude Allègre qualifie les climatologues de « mafieux » et « totalitaires », réfutant leurs thèses sur le réchauffement climatique. Aujourd'hui, quelque 410 de ces scientifiques français écrivent une lettre ouverte à Valérie Pécresse pour lui demander de désavouer publiquement l'auteur de ce brûlot… en organisant « un vrai débat scientifique serein et approfondi ». Car, précisent-ils, l'ouvrage de l'ancien ministre de l'Éducation n'aurait « jamais pu être publié » si on lui avait simplement demandé « la même exigence de rigueur qu'à un manuscrit professionnel ».
Une première !

En effet, voilà toute une communauté scientifique de haut vol qui réclame le soutien de son autorité politique. La dite autorité politique qui, de plus, ne cesse de casser le service public de la recherche et de l'enseignement supérieur depuis qu'elle est en fonction. Voilà bien un comble !

Mais au-delà du soutien réclamé, il s'agit en fait d'un acte de servitude volontaire ! Ce qui a une portée bien plus importante ! Par cette demande, ces scientifiques se soumettent au pouvoir politique et acceptent de fait son autorité scientifique ! Quel mélange des genres ! Depuis quand le pouvoir politique fait-il autorité sur le monde scientifique ?

L'ancien ministre Allègre a tout à fait le droit d'écrire ce qu'il veut, même que la Terre est plate ! Il n'y a pas besoin d'un comité de lecture pour décider de la mise en vente ou non d'un livre ou un roman ! Ce livre n'a pas vocation à être publié dans une revue scientifique reconnue par la communauté des climatologues. Laissons-le donc à son grand public et stop au mélange des genres qui n'aboutit qu'à jeter le trouble et à semer la confusion entre différentes communautés : celle des scientifiques reconnus par leurs pairs et le grand public. Ne mélangeons pas tout.

Il fut un temps où pour publier un livre, il fallait être en accord avec les thèses officielles du pouvoir en place, sinon c'était l'autodafé… Quand les scientifiques demandent l'arbitrage de leur tutelle politique, ils signifient que cette dernière peut s'immiscer dans leur champ scientifique et alors qu'elle n'a pas les qualités pour le faire. Il est alors facile d'en imaginer rapidement les dérives. N'importe quel scientifique dont les recherches ne seraient pas en accord avec les intérêts du pouvoir en place ou avec la vision de ses confrères serait alors cloué au pilori et jeté à la vindicte populaire simplement parce qu'il penserait différemment de la classe dominante. Aujourd'hui c'est le climat… mais pourquoi pas les OGM ? Déjà, quelques scientifiques qui ont un discours trop critique vis-à-vis des marchands de semences génétiquement modifiés se sont vu annuler des crédits de recherche…

Valérie Pécresse a « saisi le président de l'Académie des sciences pour qu'il organise en son sein un débat sur le sujet ». Notant qu'elle « ne peut trancher un tel débat sans l'avis des pairs », elle ajoute : « Ce n'est pas par hasard si j'ai proposé que le climatologue Jean Jouzel préside le Haut conseil de la science et de la technologie. C'est un signe de confiance du gouvernement envers cette communauté. » Il s'agit surtout d'une prise en main claire et sans concession du pouvoir politique sur cette communauté scientifique. En acceptant de répondre à la demande de ces 410 scientifiques, ce dernier envoie un signe fort. Appelé à la rescousse pour trancher un débat qui ne le regarde en rien, il est devenu désormais légitime au sein de la communauté scientifique et peut désormais jouer le rôle d'arbitre. Le loup est donc entré dans la bergerie…

Cet appel à l'arbitrage politique est un acte lourd de conséquence, prémisse à des temps futurs bien troubles ! Soyons vigilants et ne nous laissons pas tromper.

« Pour que les hommes, tant qu'ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l'une : ou qu'ils y soient contraints, ou qu'ils soient trompés. » (Discours de la servitude volontaire) La Boétie

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