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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


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Publié le 17 Mai 2014, 23:00pm

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

18 mai 1958

Quand passent les cigognes, Palme d’or à Cannes.

Les histoires d’amour finissent mal au cinéma et celle-ci n’échappe pas à la règle.

Deux amoureux courent et dansent sur les quais de la Moskova. La joie éclate. Le printemps sourit. Et ils contemplent, tout en espoir, un vol de cigognes au dessus de leur amour radieux. Radieux et indestructible. Mais en 1941, en URSS comme partout en Europe, les amants doivent compter avec la guerre. La guerre qui fait exploser le bonheur comme les murs des villes. Boris veut s’engager. Veronika le retient. Une querelle. Il part. Elle ne lui dira pas au revoir. Il existe un cousin dans les environs. Qui va profiter du désespoir de la belle. Il y a toujours un anti-héros dans les beaux mélos d’amour. Boris meurt et sa jolie fiancée infidèle le cherche en vain le jour de la victoire.   

En pleine guerre froide, un film venu de derrière le rideau de fer fait l’unanimité de la critique, du jury et du public. Un film soviétique décroche 3 prix à Cannes. Du jamais vu sous le ciel étoilé de la Croisette. Un film résolument en rupture avec l’imagerie du communisme de ce temps-là. Pas ou si peu de propagande. Les héros ne sont plus des porte-drapeaux, mais  des humains, qui pensent à eux, à leur bonheur, loin des stéréotypes du plan quinquennal. Ce n’est pas encore si banal 5 ans à peine après la mort de Staline. Staline que l’on n’aperçoit même pas au détour d’un plan… À Moscou, une nouvelle page s’écrivait alors. Le dégel s’annonçait. On pouvait sans honte verser des torrents de larmes sur une petite Russe désespérée au bout d’un quai de gare et sur ce bois de bouleaux où meurt Boris qui tourne et tourne à jamais dans les mémoires. Le régime changeait, un peu. Mais cette porte entrouverte par Khrouchtchev ne se refermerait plus jamais.

Sait-on jamais ce qui plait dans un film ? Sait-on pourquoi 5 millions de spectateurs sont allés pleurer sur cette histoire d’amour, de mort, et d’espoir aussi ? Est-ce parce qu’on y retrouvait le souffle incomparable des plus grands cinéastes russes d’avant-guerre ? Ou parce que Mikhaïl Kalatozov avait fait le pari de l’universalité et de l’originalité esthétique ? Ou peut-être pour le regard étrangement bridé de Tatiana Samoïlova, attendant pour toujours que passent les cigognes ?

brigitte blang

 

 

 

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