Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


on peut gagner, à gauche...

Publié par prs 57 sur 9 Février 2008, 00:00am

Catégories : #chez nos voisins - nos copains

Le pari réussi de Die Linke

 

Simple coalition électorale qui avait créé la surprise en 2005 en remportant 8,7% et 54 députés, Die Linke s’est transformée en véritable parti politique en juin 2007. Mais la classe politique dirigeante et les grands médias continuaient à la présenter comme un parti marginal et hétéroclite, ancré uniquement dans l’est de l’Allemagne. Il n’en est rien. Les batailles phares de Die Linke, notamment pour le salaire minimum, rencontrent un écho profond dans la société. Et sur le plan électoral, Die Linke s’installe ainsi au cœur de la vie politique allemande dans la perspective des élections fédérales de 2009, où la gauche ne pourra être majoritaire qu’avec ce nouveau parti.



 

 Coup de tonnerre en Basse-Saxe et Hesse

Dès avril 2007, dans l’indifférence médiatique, Die Linke avait réussi pour la première fois à entrer dans un parlement régional de l’ouest de l’Allemagne en remportant 8,4% aux élections du Land de Brême. Le 27 janvier dernier, en Hesse, land très riche qui comprend Francfort, Die Linke dépasse contre toute attente 5% des voix et décroche 6 sièges au Parlement. Il permet ainsi à la gauche d’être majoritaire même si le SPD continue de refuser toute alliance ou négociation. En Basse-Saxe, Land conservateur de 8 millions d’habitants, Die Linke atteint 7,1% des voix. Il progresse spectaculairement alors que toutes les autres forces reculent, y compris les Verts et les libéraux qui ne participent pourtant pas au gouvernement fédéral. Le chef du parti libéral déclare que « le virus Lafontaine s’étend à tout le pays ». Die Linke est déjà le 3e parti du pays en nombre de mandats régionaux et locaux grâce à sa forte implantation à l’est (plus de 20% aux élections nationales et plus de 25% dans les länder de Brandenbourg, de Saxe Anhalt et de Thuringe, où Die Linke s’affirme depuis 2004 et 2006 comme la 2e force politique). On la disait en perte de vitesse à l’Est ? Die Linke a aussi offert le 27 janvier une démonstration de force à Leipzig. En alliance avec les Verts et les syndicats, Die Linke a réussi à imposer un référendum local sur les projets de privatisation de services publics du maire de Leipzig, qui voulait notamment vendre la distribution du gaz à GDF. 85% de la population a répondu non, bloquant ainsi ces privatisations.

 

La sociale démocratie sans boussole

Même si les élections régionales ont permis au SPD de sauver les apparences au moins médiatiquement, il a continué sa chute en Basse-Saxe (de 63 à 44 sièges). La situation est d’autant plus préoccupante que le SPD a reculé dans la quasi-totalité des 12 élections régionales depuis 2003. Son nombre d’adhérents stagne à un niveau historiquement bas (545 000 contre 775 000 en 1998). Le SPD a certes rebondi en Hesse (+ 7 points), mais sans parvenir à repasser  devant la droite, ni à retrouver son score de 1999, année où il perdit la Hesse au profit de la CDU. Il est d’ailleurs révélateur que le rebond du SPD en Hesse se produise  sous l’impulsion d’une candidate  de l’aile gauche du parti, dont la campagne a collé aux thèmes de Die Linke, salaire minimum et politique fiscale redistributive. Hélas, cette candidate refuse dans le même temps toute alliance avec Die Linke, seule manière de mettre en œuvre un tel programme. On retrouve la même attitude  du SPD au niveau fédéral  où les débats du parti s’organisent largement en réaction à la percée de Die Linke. Le congrès de Hambourg d’octobre 2007 a ainsi affiché un recentrage à gauche sans savoir comment le rendre compatible à moyen terme avec l’alliance avec la droite. Cette lourde contradiction a éclaté puisque le congrès a donné lieu à des débats houleux sur la participation  allemande à la guerre américaine contre le terrorisme face au ministre SPD des affaires étrangères Steinmeier, de même que sur l’indemnisation des chômeurs  face au ministre SPD du travail et numéro deux du gouvernement Münterfering, qui a d’ailleurs démissionné de son poste début novembre. Et si le congrès a effectivement voté des motions pour allonger l’indemnisation des chômeurs  ou instaurer  un salaire minimum, il a confirmé la grande coalition  avec une droite qui les refuse. Les trois sujets de cristallisation  du congrès du SPD ont ainsi porté sur les trois conditions que Die Linke avait fixées en 2005 pour former une coalition de gouvernement  avec le SPD et les Verts : abroger les réformes Harz 4 de pénalisation des chômeurs, instaurer un salaire minimum national et retirer les troupes allemandes engagées en Afghanistan aux côtés des États-Unis. Ainsi, alors que le SPD n’a plus de raison majeure de fond de s’opposer à Die Linke, il lui reste à en tirer les leçons en terme de stratégie d’alliance en reconnaissant l’évidence : pas de programme de gauche sans alliance de gauche et donc sans Die Linke.

 

Laurent  Mafféis dans À Gauche

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents