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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


un coup d'oeil à gauche

Publié par prs 57 sur 27 Janvier 2008, 00:00am

Catégories : #chez nos voisins - nos copains

Examen de passage pour Die Linke

Allemagne. Le nouveau parti de gauche entrera-t-il dans les parlements des Länder de l’ouest du pays ? Tel est l’un des enjeux des élections de dimanche. Reportage en Hesse.


« Notre entrée dans le parlement régional va constituer une retentissante première dans un Land de l’Ouest de vaste dimension et conforter notre intégration dans le paysage politique du pays. » La cinquantaine joviale et tout en rondeurs, Hermann Schaus, candidat de Die Linke se dit « très optimiste » sur l’issue de l’élection de dimanche. Un scrutin à haute tension dont l’un des principaux enjeux est l’entrée ou non du nouveau parti de gauche dans le Parlement de la Hesse.


Un phénomène de « vote utile »

Sur le marché de Bad Homburg, petite cité située à une trentaine de kilomètres de Francfort, l’accueil réservé aux militants de Die Linke est chaleureux. « On a besoin de vous », lance une jeune femme, employée de banque dans le civil, après avoir laissé sa signature au bas d’un appel à voter. 200 syndicalistes du Land « ont bravé toutes les pressions pour signer un appel à voter pour Die Linke », souligne, enthousiaste, Hermann Schaus.

Dirigeant du syndicat des services Verdi et ex-membre du Parti social-démocrate (SPD), le candidat de Die Linke est issu de l’alternative électorale (WASG). Cette formation avait rassemblé à partir de 2005, essentiellement à l’ouest du pays, des déçus de la dérive libérale du SPD et des altermondialistes avant d’opérer une fusion en juin dernier avec le Linkspartei. PDS qui, lui, voyait jusqu’alors sa véritable influence limitée aux régions de l’ex-RDA.

Le climat préélectoral - en particulier l’aspiration au changement après des années d’austérité et de précarisation de vastes couches de la population - semble justifier tous les espoirs du candidat en position éligible sur la liste conduite par Willy van Ooyen, une figure régionale du mouvement pacifiste, non adhérent du parti. Die Linke est donnée entre 5 % et 6 % des intentions de vote dans les sondages, soit au-dessus du seuil légal indispensable.

Et pourtant Hermann Schaus ne peut s’empêcher de laisser poindre comme un reste d’inquiétude. Pas seulement cette ultime angoisse du candidat avant l’échéance : « Avec ce foutu système, 5,1 % c’est un succès éclatant et 4,9 % une tragédie », lâche-t-il. Sa préoccupation tient surtout au resserrement des positions qui pourrait alimenter un phénomène de « vote utile », pour battre le très conservateur Roland Koch, ministre-président du Land et numéro deux au plan national du Parti chrétien démocrate (CDU).

Die Linke en position clé

La revendication de l’instauration d’un salaire minimum, aujourd’hui absent de la législation allemande, portée à l’origine uniquement par Die Linke, bat maintenant tous les records au hit-parade des dossiers abordés dans la campagne. « Les revenus salariaux des gens ont stagné ou même baissé sensiblement ces dernières années », relève un syndicaliste. D’où « une aspiration générale à l’augmentation du pouvoir d’achat ».

Rien qui devrait gêner Die Linke. Seulement le SPD a cherché à « gauchir » son image en s’emparant avec beaucoup d’habileté de cette revendication. En pleine crise identitaire parce qu’englué dans sa participation au gouvernement d’Angela Merkel, il a trouvé là le moyen de se rapprocher des aspirations populaires. Les élections régionales de la fin janvier doivent être « un référendum pour l’instauration d’un salaire minimum », a lancé carrément Peter Struck, le président du groupe SPD au Bundestag. Après des mois de tergiversations et tout en se gardant de donner la moindre précision sur les aspects concrets des mesures à mettre en œuvre.

« Nous demandons 8,5 euros brut de l’heure », souligne Hermann Schaus. « C’est-à-dire un niveau comparable à celui de l’actuel SMIC français. Les syndicats réclament 7,5 euros et le SPD ne fait qu’avancer un principe. » Pourtant c’est sa candidate Andrea Ypsilanti (lire ci-dessous), au profil, il est vrai, plutôt crédible sur ce terrain puisqu’elle s’est opposée, dès l’origine, aux réformes libérales de l’ex-chancelier Schröder, qui a réussi à s’imposer comme une sorte de passionaria du salaire minimum. Résultat : le SPD est monté en flèche. Distancé initialement de plus de 15 points par la CDU de Roland Koch il est désormais au coude-à-coude avec le parti du ministre-président sortant.

La possibilité d’un rejet de l’actuel dauphin d’Angela Merkel au sein de la CDU constituerait un vrai coup de tonnerre politique. Et Die Linke peut se retrouver dans une position clé. En cas d’entrée au Parlement du Land, elle serait une force décisive pour constituer une majorité de gauche que le SPD et les Verts, à eux seuls, ne parviendraient pas à former. Seulement Andrea Ypsilanti clame qu’elle refusera toute alliance avec le parti d’Oskar Lafontaine et de Gregor Gysi. Une manière d’appeler au « vote utile » pour contrer in extremis l’émergence de Die Linke sur la gauche du SPD.

C’est cette manœuvre qui nourrit les ultimes appréhensions dans les rangs de Die Linke et alimente déjà un débat au sein du parti. Ne faut-il pas donner à la nouvelle formation davantage de profil avec un projet de société bien différencié de celui du SPD ? Pour Pit Metz, candidat de Die Linke dans la ville de Marburg, « le parti fonctionne encore beaucoup trop comme une " machine électorale " ». Et il est vrai que la discussion programmatique, renvoyée après le congrès fondateur de juin dernier, n’a toujours pas vraiment démarré. Le candidat de Die Linke est toutefois optimiste : « Il y aura suffisamment d’électeurs pour déjouer le piège. Car la vraie garantie de se faire entendre sur le pouvoir d’achat et la justice sociale c’est de nous avoir dans le Parlement. »

Land de Hesse (Allemagne), envoyé spécial.

Bruno Odent (dans  l'huma hier)

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