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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Chose promise…

Publié par prs 57 sur 2 Janvier 2008, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Comme il a été dit plus haut, la suite de la balade avec Julien Gracq sur les routes de France et d’ailleurs. Aujourd’hui, nous nous arrêterons dans un coin de paradis, cher à mon cœur, cher à la petite fille que j’étais, qui vit encore quelque part là-bas, en haut à gauche (et qui vaut bien en bas à droite, après tout !...), le Cotentin, mon bout de pays de bruyère… Voilà comment il le voit, Julien Gracq, mon bout du monde, ma presqu’île, oui, « presque-île », en effet :

 

 

« Quelque chose d’aridement glabre, d’embastionné et de militaire flotte sur la côte nord-est du Cotentin, déboisée et tondue à ras ainsi qu’un glacis de forteresse. Autour de la lourde église de Barfleur, démâtée comme par une bordée, au bout de ses larges rues nues et venteuses, l’œil cherche malgré lui des épaulements, des parapets, des terre-pleins de batteries côtières, et ces froides et sèches lignes horizontales dont ils soulignent et durcissent l’horizon de mer. Le sentiment se fait jour que le boulet, et non le noroît, a nivelé et rasé de près cette plate-forme avare, n’y laissant subsister çà et là que quelques amers massifs, tels les cônes de pierre qui jalonnent la digue de Saint-Vaast. Tout suggère la ronde, le guet et le signal, au long de ce radier ami des épaves : un lieu marqué pour les fortunes et les désastres de mer.

 Quand j’arrivai à bicyclette juste après la guerre à Saint-Vaast, après avoir traversé ce morose boulevard de mer, je découvris le long de la route qui glisse en pente douce vers le port un petit hôtel abrité de la rue, tout tapissé de vigne vierge et de glycine autour de sa cour endormie. Après la brume froide de la côte de Barfleur, tout à coup, il faisait soleil. La soirée était tiède, le lieu discrètement silencieux et plaisant. Rarement la petite onde de chaleur que libère en nous un gîte d’étape souriant avait fait en moi une telle embellie : la carte de France reste pailletée dans mon souvenir, de ces relais du menu plaisir que la fatigue du soir et la chance apprêtent parfois à l’étourdie pour le voyageur, et qui m’adressent toujours au-delà des années un clin d’œil de connivence : bonheurs-du-soir du vagabondage insouciant, vite cueillis, vite laissés, mais qui l’espace de quelques heures nous ont fait fête sans paroles, comme à un émigrant qui revient au pays. » 

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