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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


j'suis en rogne...

Publié par prs 57 sur 19 Novembre 2007, 00:00am

Catégories : #pas content et on le dit!

Jour de colère...


C’est dimanche. Tu te réveilles aux petites aurores, la radio distille déjà un poison propre à te mettre le moral au rayon cafard noir. 3000 morts au Bengladesh, ouragan, inondations, l’éternel retour. Ah, au détour d’une phrase, tu distingues des mots qui te sont doux : Liberté chérie ! Yes ! On change de ton. Tu écoutes plus avant. Misère ! Un type bien propre sur lui, du moins pour ce qu’en laissent paraître son discours et sa voix, est en train de t’expliquer, à toi, dans le grand silence blanc de ton petit déjeuner, que les grévistes, vous comprenez, ils ne savent pas le mal qu’ils nous font, nous on voudrait bien aller travailler, et on ne peut pas, et on va se faire taxer des journées de RTT, et on n’est que des otages, et j’en passe. Qu’est-ce qu’elle venait faire là dedans ta "Liberté, Liberté chérie" ? Ça y est, tu as saisi : c’est le nom du mouvement du monsieur ! Ben dis donc, ils ne se mouchent pas « avec le dos de la cuillère » les petits piétons du moment ! Ils demandent à tous ceux qui pensent comme eux de venir manifester cet après-midi de la République à la Nation, comme quoi le pavé parisien c’est pas que pour ces satanés gauchistes. Bref, comme je vous disais, la misère !

Ma colère, c’était un peu plus tôt dans la semaine, aussi. À ma question « Tu en penses quoi, des 3ème X », j’ai entendu ça : « Les 3ème X ? Des veaux ! » Pardon ? Tu répètes ça, lentement, que je comprenne bien tous les mots. Tu sais que ce sont des gamins, des petits, même s’ils friment un peu ? Tu sais que tu leur renvoies une image tellement moche d’eux-mêmes qu’ils risquent de ne pas s’en remettre ? Oui, mais ce sont des veaux quand même. Bien. Comme on dit dans les milieux branchés, ça c’est fait. Tout de suite derrière, dans mon casier une liste (même classe, autre prof) il s’agit de donner un avis sur les gamins qui auraient besoin d’un petit coup de main ici ou là. Et là, surprise, certains sont mentionnés PME. PME ? Késaco ? Tout en bas du papier, le lexique : PME, ça veut dire « partisan du moindre effort ». Ça c’est de la trouvaille ! PME ! Oui, un peu comme celui qui écrit en abrégé sur la liste de sa collègue, finalement ! Celui-là aussi est un PME, non ? Autre colère ? Demandez, j’en ai encore tout plein, des comme ça. On va attaquer les bulletins et les conseils de classe, je vais vous en faire un dictionnaire des perles. Après la foire aux cancres, la foire aux profs. On n’a pas fini de se marrer.

Colère ? Oui, encore. Quand j’ai entendu Chérèque demander la reprise. Quand j’ai lu, sur le blog d’un socialiste, universitaire pour tout arranger, et bien en haut de l’échelle, que les « minoritaires qui bloquent prennent en otages » les autres, les gentils étudiants qui voudraient bien aller en classe ! Un socialiste ! Bon, vous me direz, il a des circonstances atténuantes, c’est un pote à DSK, le gars qui fait de l'humanitaire à New-York. Le rôle d’un socialiste, ce ne serait pas plutôt d’être à côté des étudiants qui défendent leur université, qui refusent la logique marchande et le déterminisme social, au lieu d’être en face ?

Colère ? Oui depuis le début de la semaine, quand j’entends le journal de la Une (j’y suis allée une fois, pour voir… pas déçue du voyage, la camarade !). Pernaut et Poivre sont payés au nombre de fois où ils placent les mots « galère » et « otages ». Ce soir, le bouquet : le compte-rendu de cette fameuse manif anti-grévistes. 8000 ils étaient ! Vous avez vu les pancartes ? Libérez les travailleurs ! Grévistes= égoïstes ! Fillon tiens bon ! Et tout ça sous la bannière de "Liberté, liberté chérie" ! Vous savez à quoi j’ai pensé ? Pendant le premier septennat de Mitterrand, il y avait eu une manif de policiers. Oui, ça existe. C’est rare, mais ça existe ! Bon, une manif de flics, quoi. Dans les rangs, on avait entendu ça, grosso modo : « Allende on t’a eu, Mitterrand, on t’aura ! » Irrésistiblement, ce soir, en voyant les images dans le poste, c’est à cette manif-là que j’ai pensé. Les gars et les filles qui battaient le pavé parisien cet après-midi, qui leur a gagné leur semaine de quarante heures et leurs congés payés, d’après eux ? Les grévistes d'avant ! Ah bon ? Vous croyez vraiment ? Et pendant ce temps-là, ils se comptaient à 200 pour Ingrid Bétancourt. Liberté, liberté chérie…

Colère toujours, Le Pen nous rejoue sa grande scène du Trois. Sa fillotte aux premières loges. Tiens, ils ne manifestaient pas ceux-là ce dimanche à Paris ? Ils auraient pu.

Et pendant ce temps-là, une chanson te vient toute seule aux lèvres.

 « Et ils sont où ? Et ils sont où ? Et ils sont où, les socialistes ? La la la lalère, la la la lalèreu ! »

La lèreu qui rime avec galère, ça leur va bien vous ne trouvez pas ? Ça ne vous met pas en rage, ce silence ? Hollande, tout confus d’être convoqué par la presse, n’a rien à dire. Valls, lui, il ferait mieux de l’imiter, pour venir raconter que oui, la réforme Fillon, très très bien, finalement, ferait mieux de rester chez lui. Les autres, quels autres ? Ah si, quand même, Mélenchon, sur Inter. Ouf ! On ne va pas commenter sa prise de parole, c’est toujours parfait, et on mettra ici l’article qu’il publie sur son site, à propos des mêmes. Les gens du PS, nous a dit Madame Mitterrand cette semaine, ils n’ont plus la tripe socialiste. Tout est dit. C’est Madame Mitterrand. La classe absolue, la dignité doublée d’une efficacité à toute épreuve. Et c’est du vécu, en prime !

 Mardi, on sera toute une flopée à marcher dans les rues. Comme en 2003, autre époque, même combat, je ne cacherai pas mon badge SGEN-CFDT. Même si les copains vont encore ne pas bien comprendre ce que je trafique avec ces branques. Mais je vous promets, le SGEN, ce n’est pas Chérèque, c’est infiniment mieux que ça. On y est entre gens plutôt bien. Avec des envies de faire progresser les idées. Fréquentables, les gars du SGEN.

Alors, ma colère je l’ai un peu ravalée, en pensant à Madame Mitterrand, justement. Mais en même temps, la colère, c’est bien elle qui nous fait tous avancer, non ? Imaginez un peu un monde sans colère, sans rogne, sans envie de tout foutre en l’air ? Où on en serait ? Décidément, je me la garde, cette colère-là. Et pendant que j’y suis, demain, je  vais essayer d’en faire profiter les autres !

brigitte blang prs 57
 

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C’est vraiment la pagaïe ! Le dimanche 18 novembre, l’UMP était à la fois dans la rue et au ministère de l’Intérieur. Pourtant, les chiffres n’avaient jamais été aussi dissemblables : 8 000 selon la police, 25 à 30 000 selon les organisateurs… Une chose est sûre, l’UMP étant à la fois juge et partie, à l’Intérieur et dans la rue, le chiffre réel des manifestants devait être bien inférieur à 8 000.« Grévistes égoïstes ! » scandaient les manifestants venus, pour beaucoup, des quartiers chics et des banlieues huppées. Eux, ne feront jamais grève : il faut leur reconnaître ce sens de la réalité. Ils savent pertinemment que s’ils arrêtaient brutalement de compter leurs dividendes personne ne s’en apercevrait. Une grève de rentiers ne gêne personne.« Grévistes égoïstes ! » s’époumonaient-ils. Eux, bien sûr manifestaient pour « le bien commun » et « les usagers ». Deux mots qu’ils ignorent ou haïssent les autres jours de la semaine. En réalité, dimanche, ils défendaient avec âpreté l’accroissement de leur part de la richesse nationale. Entre 1998 et 2005, le revenu moyen à augmenté d’un peu plus de 4 % alors que les revenus des 35 000 ménages les plus riches augmentaient de 32 % et ceux des 3 500 ménages les plus riches de 42,6 %. Ils veulent que cela continue de plus belle, que le pactole coule toujours plus à flots. C’est pour cela qu’ils étaient dans la rue, malgré les morsures du froid dont le cachemire les protégeait si peu. Ils savent que la meilleure garantie pour accroître encore leur part du gâteau, c’est Sarkozy. Alors ils manifestaient pour le soutenir, se gardant bien de dévoiler leur véritable mot d’ordre : « Toujours plus ! »Certains de ces manifestants portaient des bonnets phrygiens. Ils arboraient, l’espace d’un dimanche après-midi, ces signes révolutionnaires que le reste du temps ils abominent. « Liberté, liberté chérie » que de sacrifices n’auront-ils fait en ton nom ? Etre obligé de s’égosiller « A la Bastille ! » quand on aimerait tant clamer « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». N’était-ce pas d’ailleurs la réponse de Christine Lagarde aux salariés ulcérés par l’augmentation du prix de l’essence lorsqu’elle leur conseillait de prendre leur vélo ? Pourquoi n’est-elle pas venue, dimanche, donner le même avis éclairé aux manifestants de Neuilly et du seizième arrondissement ?Jean-Jacques Chavigné
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