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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


à lire, vite vite

Publié par prs 57 sur 18 Novembre 2007, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Au soleil du midi, près de la mer qui n’en finissait plus d’être bleue, il y a quelques jours, terminé le bouquin indispensable.

Celui de Pennac, un sacré morceau, qu’on devrait imposer à tous ceux qui voudraient devenir un jour enseignants. Je sais bien, imposer, c’est un peu lapidaire, dit comme ça, mais le moyen de faire savoir, à tous ces jeunes gens, bourrés d’idéaux, que la route ne sera peut-être pas pavée de pétales de roses ? « Chagrin d’école » ça s’appelle. Oui, comme chagrin d’amour, tout pareil, tu es dedans sans savoir comment en sortir et à tout jamais, ça reste planté là, comme une épine qui te titille aux moments où tu y penses le moins, tout pareil, c’est simple. Daniel Pennac, il faut le dire, c’est un ancien cancre. On ne dirait pas, hein, en le lisant ? Cette plume qui glisse, ces mots qui s’écoulent, eh bien, sachez-le, ce sont les mots d’un ancien gamin à la ramasse, un de ceux qui collectionnent les zéros (comme Brel, vous vous souvenez, Rosa rosa…), un de ceux qui font hocher la tête aux maîtres – rien à en tirer, de celui-là…- , un de ceux qui se révèlent d’une invention fabuleuse dès qu’il s’agit de maquiller un bulletin calamiteux… Tiens, j’en ai connu une, elle s’enfermait aux toilettes de la gare pour verser de l’encre sur la partie remarques, parce que les notes, on a vite fait de les soigner, p’tit zéro, j’te fais une queue, mais les remarques, c'est plus coton ! Les autres, les grands, ils étaient dupes ? Elle ne saura jamais. Quiconque est passé par là sait qu’on n’en ressort JAMAIS indemne, jamais. La cancritude, c’est comme la varicelle, même avec une famille qui t’adore, il t’en restera toujours des cicatrices… Lui, il s’en est sorti, le veinard, alors il écrit pour tous ceux qui, eux, y sont restés. Il décrit et écrit, Pennac, cette paresse à résoudre, à abstraire, à composer, cette envie pourtant de faire plaisir, aux parents, aux profs aussi, quelquefois, rarement, mais parfois quand même. C’est une belle leçon de métier qu’il nous donne là, Pennac, un moment de pur bonheur. J’en connais bien deux trois qui vont encore nous la jouer offusqués. Enseigner, nous dit-il, ce n’est pas seulement apprendre aux petits que les chromosomes, et les volcans, et aussi les coccinelles, et même parfois les microbes, c’est aussi les aider à grandir, à devenir des êtres sympathiques et fréquentables. Cette année, trop de chance, je n’en ai pas de pas fréquentables. Il explique tout ça, Pennac, et il le fait si bien, partant de lui pour aller vers les autres, les petits, ceux qu’on embête avec des notes et des classements… Tout n’est pas gagné, rien n’est jamais sûr, on travaille avec de la matière vivante, et même évolutive, alors… alors oui, il y a parfois, souvent, des rechutes. Mais tant qu’il y aura des gars comme Daniel Pennac pour revendiquer ce droit-là, celui de ne pas réussir selon les normes fixées (fixées par qui, au fait ?), alors oui, enseigner ça vaudra encore le coup, promis, et si on vous dit le contraire, ceux-là n’ont rien compris au film. Pennac s’en est sorti par la grâce d’un prof de lettres. L’autre, celle dont je vous parlais plus haut, pour elle aussi ce fut un prof de Français, un de ceux qui prenaient le temps de nous lire de beaux textes. Oui de NOUS lire de beaux textes. En ce temps-là, Pennac n’écrivait pas encore, Pennac était un élève « à problèmes », et pourtant, il y avait déjà des profs qui avaient tout juste. De ceux qui ne te regardaient pas comme la tête à claques, mais comme dirait Jacquard « LA » merveille unique. C’est à ces types-là qu’on devrait demander comment arranger la boutique pour qu’elle tourne. Mais à eux, on ne demande jamais rien, on les oublie, on les range, dès qu’ils ont atteint l’âge fatidique, et on passe à autre chose. Mais ça, c’est une autre histoire…

D’autant qu’on a appris que, contre toute attente, le « Chagrin d’école » de Pennac a récolté le prix Renaudot. Pennac, un prix… Ça fait drôle, non ? Son dernier bouquin, il l’avait appelé « Merci », justement, pour se moquer doucement des cérémonies de remises de ceci ou de cela ! Alors depuis l’autre jour, je me demande: comment il leur aura dit « Merci » le gars Pennac, avec son premier prix d’écriture sous le bras…

brigitte blang prs57

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