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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


c'est qui le chef ?

Publié par prs 57 sur 5 Juillet 2007, 10:11am

Catégories : #prs57

La doublure

Avec l’omniprésence de Nicolas Sarkozy, tous les observateurs s’étaient inquiétés du peu de marge de manoeuvre qui restait à son premier ministre pour présenter son discours de politique générale. François Fillon n’a pas évité l’écueil, déclinant sans surprise tout le dispositif déjà détaillé à satiété par son chef.

Condamné à être moins précis, puisque manifestement ce n’est pas lui qui fixe le rythme, le locataire de Matignon s’est même abstenu de tout calendrier, un tour de force alors qu’il est annoncé partout depuis des semaines que la session d’été sera menée à marche forcée. Une imprécision qui, sur plusieurs dossiers, lui a aussi permis d’entretenir le flou et d’enrober de belles phrases creuses les mesures pourtant très brutales en préparation.

Alors, devant une telle impression de déjà-vu, quelle conclusion en tirer ? Effacementdu premier ministre au profit d’une présidentialisation à outrance du régime, ou plus simplement répartition des rôles pour transformer le programmé et délibéré premier ministre, et son équipe gouvernementale, en exécuteur appliqué des basses oeuvres ? Les deux à la fois en vérité.

Le premier ministre a clairement revendiqué le « couple » fusionnel qu’il entend former avec le chef de l’État, mais manifestement l’égalité n’est pas au programme. Il y a un numéro un à l’Élysée et sa doublure à Matignon. Les députés ont droit au second tant que le titulaire n’a pas le droit d’entrer dans l’hémicycle. La réforme de l’article 18 de la Constitution est donc annoncée pour autoriser le chef de l’État à présenter directement sa politique au Parlement. Que restera-t-il alors de la responsabilité du gouvernement devant les élus de la nation ? Rien ou presque. Car c’est l’aspect le plus grave de l’évolution institutionnelle que le tandem Sarkozy-Fillon est en train d’imposer : la perte définitive de contrôle du Parlement sur la politique du gouvernement qui ne détiendrait plus sa légitimité que de l’onction présidentielle. La dérive présidentialiste induite par le quinquennat est poussée à son terme, entraînant derrière elle son corollaire, une vie politique bipolaire structurée par l’alternance présidentielle et l’ambition de qualification pour le second tour de cette élection.

Mais le rôle de Fillon, même second, n’est pas mince. Le voilà, du coup, exécuteur en chef du programme Sarkozy, tentant même de se mettre à l’abri de la critique parlementaire et sociale au nom d’une maxime non dite, « Nicolas a dit… j’applique, un point c’est tout ». Le premier ministre a ainsi décliné les dispositions concoctées à l’Élysée sans vraiment chercher à convaincre, mais plutôt en assénant ce qui serait devenu une politique obligée. À l’écouter, plus question de discuter l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite, qui aura lieu de toute façon, pas non plus question de retarder les mesures d’économie sur la Sécurité sociale qui seront ratifiées « sans délai ». Et ainsi de suite… Comme son patron, François Fillon disserte sur l’ouverture et la démocratie sociale mais tout est déjà prévu, décidé, planifié. Les invités conviés ne sont là que pour avaler la mixture préparée.

Face à un tel gouvernement, les salariés, les usagers, les contribuables n’ont pas d’autre choix que de se faire entendre au plus vite, en s’appuyant sur les députés et les sénateurs prêts à relayer leurs attentes et leurs combats dans l’enceinte du Parlement. Et contrairement à l’impression de rouleau compresseur que Nicolas Sarkozy et François Fillon tentent de cultiver, la parole de lasociété peut bien vite enrayer la machine. On le voit déjà sur le dossier universitaire ou dans les milieux judiciaires à propos de la réforme des peines planchers dont l’examen débute jeudi au Sénat. Dans les deux cas, les dogmes qui guident le gouvernement ne résistent pas à un examen sérieux des problèmes posés. Encore faut-il imposer ces débats que le gouvernement fait tout pour étouffer…

 Editorial par Pierre Laurent

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