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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


du neuf à gauche

Publié par prs 57 sur 15 Juin 2007, 10:11am

Catégories : #chez nos voisins - nos copains

À l’est, du nouveau pour la gauche française ?

Débat. L’installation d’un nouveau parti de gauche dans le paysage politique allemand, Die Linke, qui tient son congrès d’unification ce week-end à Berlin, est suivie avec intérêt en France.

Miroir inversé sur les deux rives du Rhin. D’un côté, une défaite cuisante à l’élection présidentielle oblige toute la gauche française à un travail de réflexion, de confrontation et finalement de reconstruction. De l’autre, un nouveau parti émerge et bouscule la donne politique allemande après un demi-siècle de bipartisme. Il n’en fallait pas moins pour que des militants socialistes, communistes, antilibéraux portent un regard intéressé du côté de Berlin. Une chose est sûre : à l’est il y a du nouveau. Modèle à suivre ? Source d’inspiration pour la gauche de transformation sociale face à la crise de la social-démocratie ? La question est ouverte et le débat n’est pas clos.

En Allemagne, du moins dans sa partie occidentale, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sociaux-démocrates du SPD et les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU se succèdent au pouvoir ou gouvernent ensemble dans de « grandes coalitions », avec l’appoint du petit parti libéral (FDP). Seule l’émergence du parti des Verts dans les années 1980 était venue perturber quelque peu cette construction bien huilée. Mais la véritable entaille dans le bipartisme remonte au mois de septembre 2005, avec l’élection au Bundestag de 53 députés de l’alliance de gauche Die Linke. Le rassemblement du Parti du socialisme démocratique (PDS), influent dans l’ex-RDA, et de l’Alternative électorale pour la justice sociale (WASG) regroupant, principalement à l’Ouest, des sociaux-démocrates en rupture avec la ligne du SPD, obtenait alors plus de 8 %. Depuis avril 2007, et cela pour la première fois, un parlement régional d’Allemagne occidentale, celui de Brême, compte un groupe d’élus de Die Linke. « Le spectre d’un nouveau parti de gauche à l’échelle fédérale », selon l’expression de commentateurs effrayés pastichant Karl Marx, est devenu réalité.

À l’heure où le PDS et la WASG vont au-delà d’une alliance électorale pour constituer une nouvelle formation dont le congrès d’unification s’ouvre samedi à Berlin, l’écho de l’expérience allemande dans le débat français ne doit pas estomper une singularité nationale et historique. Il s’agit de la fusion entre deux branches du mouvement progressiste qui ont vécu des expériences très différentes dans deux États séparés pendant quarante ans : la République fédérale à l’ouest (RFA), rattachée au bloc atlantique dominé par les États-Unis, et la République démocratique à l’est (RDA), intégrée au camp socialiste sous la tutelle soviétique. Dans les deux États allemands issus de la capitulation du nazisme, l’influence et le rôle du courant communiste sont très différents de ce qui a prévalu dans d’autres pays européens, comme la France et l’Italie : quasi-inexistence en Allemagne de l’Ouest du fait de la « guerre froide » et idéologie ossifiée au sein d’un parti-État à l’est.

Le PDS a, en effet, succédé au SED, le parti qui exerçait le monopole du pouvoir en RDA. Après la chute du mur de Berlin, il est parvenu, sous la direction de Gregor Gysi et de Lothar Bisky, à se muer en un parti démocratique et à s’affirmer comme le défenseur des couches populaires est-allemandes face à la brutalité des réformes qui ont accompagné la réunification. Considéré avec dédain par les autres forces politiques comme un « parti résiduel » appelé à s’éteindre à brève échéance, le PDS a déjoué les prévisions : dès le début il s’impose à l’est et franchit la barre symbolique des 5 % au Bundestag en 1998. Mais sans parvenir à étendre son influence à l’ouest : un pari qu’il réussira en s’alliant avec la WASG.

Celle-ci est issue du mouvement syndical ouest-allemand lié historiquement au SPD. En réaction à la politique néolibérale de l’ex-chancelier Schröder, des militants de plus en plus nombreux, réunis autour d’Oskar Lafontaine, se sont affranchis de la tutelle sociale démocrate. Ces deux traditions se rejoignent aujourd’hui, en une sorte de réunification réussie du mouvement progressiste, au terme d’une histoire tumultueuse, telle qu’aucun autre pays européen n’en a connu. Une histoire allemande avant tout. Mais une histoire riche d’enseignements en deçà du Rhin.

Jean-Paul Piérot dans l’Humanité ce jour.

 

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