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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


52 ans passés

Publié le 4 Janvier 2012, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Camus TipasaDe dire ça comme ça laisse mesurer le temps écoulé, et qui passe, qui passe, même si on ne s’en rend pas bien compte. Se réveiller un matin en se disant : « Il y a plus de cinquante ans… », et se souvenir exactement de ce qu’on faisait à cet instant-là, ça ne fait pas de nous des perdreaux de l’année, pas vraiment, non ! N’empêche, dans ma mémoire toute fraîche de ces années-là, mis à part deux ou trois enterrements de par chez moi, il y eut deux morts : Gérard Philipe et Camus. Vous dire pourquoi je me souviens si bien de Camus, alors que j’étais à peine collégienne, et de loin pas en âge d’en avoir lu une ligne, c’est bien confus. Avoir des grandes sœurs a dû aider, c’est certain. La jaquette d’un de ses livres, à l’été précédent, ornée du « label Nobel », et peut-être aussi son sourire à la une des journaux de cette époque, et encore plus sûrement la légende de la voiture de sport enroulée autour d’un arbre en vrai bois. Va savoir… Quand on a 11 ans, la beauté des hommes tient à si peu de choses !
Plus tard, évidemment, quand l’année du bac, on te le sert comme n’importe quel autre en oubliant de t’expliquer qui il fut, tu le lis comme un roman. Et comme disait Brel « Ce n’est qu’après, longtemps après… » que tu mesures la portée d’un écrivain, d’un philosophe, d’un homme simplement. Un homme au destin singulier, qui semblait embarqué pour un autre futur. Un avenir où littérature et pensée se voyaient de si loin qu’on les croyait faites pour d’autres. Né juste avant la guerre, la Grande, et du coup, orphelin d’un père pas rencontré, enfant d’une mère analphabète, ou presque, Camus, c’est l’honneur de l’école publique, de l’école du peuple, celle qui émancipe, qui rend libre à jamais. Il y eut dans sa vie un instituteur opiniâtre, Monsieur Germain, qui se bagarra pour qu’il puisse entrer au lycée. Ah ! Le fameux concours des bourses ! En aura-t-il sauvé des gamins qui n’auraient même pas rêvé de s’asseoir sur les bancs d’un collège !
Aujourd’hui, tant d’années plus tard, que reste-t-il de Camus ? Les mémoires étant par définition sélectives, certains se souviendront sans aucun doute de l’écrivain magistral qu’un présidentuscule voulut panthéoniser, au grand dam de tous les esprits libres, et de tous ceux aussi, et ils sont nombreux, qui aiment le cimetière de Lourmarin. (Encore que, pour le Panthéon, c’est un peu comme pour la Légion d’Honneur, c’est bien gentil de le refuser, mais encore faudrait-il ne l’avoir pas mérité !!!) D’autres ressasseront à l’envi l’affaire algérienne, sale blessure mal cicatrisée de nos passés enfouis. En lui reprochant de ne pas assez avoir défendu les légitimes combats indépendantistes. Camus leur répondait qu’entre les idées et sa mère, il choisissait sa mère. Et pourquoi pas ? Ceux-là n’oublieront pas les querelles de l’époque. Tu étais pour Sartre ou pour Camus. Autre temps, autres mœurs ! Quand on voit ce qu’est devenue l’intelligence française ces dernières années, où un bellâtre endimanché fait office de penseur, où pour être adoubé philosophe, il te suffit de t’asseoir tout un dimanche chez Drucker, où des gratteurs de guitare jouent le rôle d’éveilleurs de conscience et où la pétition tient lieu de révolte, on se prend à rêver à de justes empoignades. D’autres préfèreront le résistant, ou le journaliste de « Combat », d’autres encore celui qui dénonça bien avant qu’il en soit la mode le stalinisme et la bombe atomique, même si ça devait « désespérer Billancourt ».
 Et vous ? Vous gardez quoi de cet homme révolté, de cet intellectuel engagé (à gauche, forcément à gauche…), de cet écrivain nobélisé à 44 ans, et qui dédiait son discours à son instituteur, de cet amoureux d’une actrice flamboyante dont plus personne ou presque ne parle, de ce père aimant, de cet enfant d’un pays déchiré ? Vous gardez quoi ? Et moi ? Oh c’est très bête ! Ce fut un matin de chaleur aveuglante, il y a eu 30 ans cet été, dans les ruines de Tipaza, l’émotion submergeante, foudroyante, qui monte irrésistiblement aux yeux, et là, relire ses « Noces », adossée à peut-être la même colonne, en grillant une énième cigarette, quand on ne les chassait pas encore des images officielles, en hommage à…, en souvenir de… Eh oui ! On a connu des Panthéons plus sinistres !
brigitte blang
(J’oubliais, c’est idiot, à Tana, ou Antananarivo, si vous préférez, le centre culturel français, au cœur de la ville, il s’appelle Albert Camus, justement. Une vérité qui ne trompe pas.)

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