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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


La mémoire, ça peut servir...

Publié par prs 57 sur 30 Octobre 2006, 16:53pm

Catégories : #un petit tour chez les socialistes

 « Si Ségolène gagne en novembre, le parti socialiste va entrer dans une phase noire »   LOUIS MEXANDEAU  

Je n'ai aucun contentieux avec Ségolène, rien de personnel contre cette femme au regard clair, au physique agréable, mais sitôt qu'elle apparaît à la télévision, l'historien et militant socialiste que je suis est saisi de crainte, pour ne pas dire d'effroi. 

Je ne puis m'empêcher de penser à Léon Blum au XXXe congrès national de la SFIO , en juillet 1933, lorsque Marquet préparait avec Déat la scission éosocialiste sous le slogan de l'Ordre et de l'Autorité. Blum s'était exclamé:«Je suis épouvanté ! » Et de fait, je suis terrifié par Ségolène prétendant militariser le traitement de la délinquance ; je suis abasourdi par son projet de jurys populaires façon cours d'assises pour les élus, comme si le suffrage universel et les structures judiciaires appropriées n'existaient pas ; je suis confondu par sa planétaire indigence qui lui fait improviser cette réponse à propos de l'entrée de la Turquie dans l'Europe : « Mon opinion est celle du peuple français. » Je veux être leur chef, donc je les suis ! 

Mais d'où vient cette propension à la dérive populiste, au démagogique, à l'erratique, au saugrenu, et finalement à la mise en danger de la France ? Cynisme ? Voire ! La vérité est plus simple et bien plus inquiétante : Ségolène, c'est une inculture de taille encyclopédique, une sorte de trou noir de la science. Une ignorance crasse, pire que reaganienne : bushiste. Comme si elle n'avait pas lu un seul livre. Des cours seulement. Pour passer des concours... 

Je la connais depuis plus de vingt-cinq ans, j'ai assisté à ses débuts. Sa carrière a commencé en Basse-Normandie, lorsqu'elle venait rejoindre sa mère en fin de semaine dans la demeure familiale de Villers-sur-Mer. Elle gravitait alors autour de l'Elysée, rédigeant des notes à l'intention de Jacques Attali. Dès 1983, elle était conseillère municipale minoritaire de Trouville. Deux ans plus tard, le scrutin proportionnel ayant été adopté en vue des législatives de 1986, se posait la question du deuxième de liste dans le Calvados. Au vu de nos résultats de 1981, même érodés par le désamour, l'obtention de deux sièges apparaissait certaine. Un ticket s'imposait : 1. Louis Mexandeau. 2. Henry Delisle. Mais comme ce dernier venait de perdre la mairie de Mézidon, sa position était fragilisée. André Ledran, qui m'avait succédé comme secrétaire de fédération, se mettait sur les rangs. Rude dilemme que de devoir choisir entre deux amis. La solution n'était-elle pas d'opter pour une troisième personne ? Nous étions dans une période où l'on commençait à parler d'un rôle accru des femmes en politique. Oh ! Avec frilosité, les socialistes se déclarant en faveur de la promotion féminine à condition qu'elle s'appliquât dans le département voisin... 

A l'été 1985, lors d'une réunion de la commission exécutive du Calvados, à Caen, il fallut commencer à en débattre. Chacun des 60 participants n'avait encore en tête que l'enjeu entre Delisle et Ledran. L'atmosphère était lourde. 

Soudain, sur la gauche de la grande salle de la rue Paul-Toutain se leva une frêle créature, une femme jeune et jolie dont j'étais le seul à connaître l'identité. Qui pouvait savoir alors que même sa timidité devait avoir été étudiée ? Même pas moi ! Elle déclara dans un grand silence : « Voilà, je m'appelle Ségolène Royal, je suis membre de la section de Trouville et conseillère municipale. J'ai 28 ans. Je suis mère d'un enfant. Je travaille à l'Elysée auprès de François Mitterrand. Les deux personnes que j'aime le plus au monde, c'est mon bébé et François Mitterrand. Je voudrais être candidate aux élections législatives de l'an prochain en deuxième position, derrière Louis. » Puis elle se rassit. 

Il n'y eut aucune discussion. Suffoquée par tant d'audace, la salle restait muette. Que cette jeune personne, même présentant bien, même proche, prétendait-elle, du président de la République , mais n'ayant aucune expérience militante, revendique une candidature qui l'enverrait automatiquement au Parlement paraissait complètement incongrü, ahurissant, surréaliste. On passa donc sans commentaire à la suite de l'ordre du jour et, au final, quelques semaines plus tard, ce fut Yvette Roudy qui fut choisie. 

« Les deux personnes que j'aime le plus au monde, c'est mon bébé et François Mitterrand ! » 
Par ces quelques mots, et sans doute pour la première fois, Ségolène effaçait son compagnon, le père de son enfant. François Hollande, dont j'étais, ce soir-là, le seul à connaître le nom, ne cessera plus d'être évacué jusqu'à l'ultime humiliation. Berné, piétiné dès l'origine, le malheureux ! Début 2006, à la question de savoir qui d'elle ou de lui serait candidat à l'investiture, elle avait répondu:«Nous déciderons en couple. » Tu parles ! Vingt et un ans après l'épisode de la rue Paul-Toutain, revoici Hollande rejeté au néant. D'avoir vécu près d'elle pendant un quart de siècle ne lui aura servi de rien. 

Surfant sur les sondages favorables, elle l'a lâché, tout comme elle a floué Jospin, Lang et les autres. Paralysés à l'idée de passer pour sexistes -Ségolène excellant dans la posture de prétendue victime - ils l'ont laissée faire la course en tête, tels ces coureurs pistards de l'ancien Vél'd'Hiv, au temps de Toto Gérardin et de Lapébie. Soucieux de ne pas partir les premiers dans le rôle du lièvre, ils n'ont pas pu, ou voulu voir le VTT chevauché par cette amazone qui les coiffe au poteau en leur lançant joyeusement le fameux : « T'as le bonjour d'Alfred ! » Une chose est certaine, en tout cas : si, à la faveur de cette dérive médiatique, elle vient à gagner en novembre, le parti socialiste risque d'entrer dans une phase noire de son histoire, une période glaciaire, telle qu'il en a connu en 1920 et 1940.  (le Figaro Magazine. 28 octobre) 

  L'autre soir, en rentrant du Zénith, on se demandait ce qui pouvait bien pousser tant de nos camarades à choisir la candidature de Ségolène. C'est hier, en regardant Laurent Fabius sur LCI qu'on a compris. En comparant, simplement. Lui, c'est un homme politique. Pas elle. En vrai, elle ne fait pas de politique, elle parle de politique, comme au bistrot, comme nous tous à la fin d'un repas entre potes. Elle soulève des idées, oui, mais ça s'arrête là. Et ça, on peut TOUS le faire et d'ailleurs, on le fait tous. Quant aux solutions, c'est une autre paire de manches... Parler d'école, de politique étrangère, d'économie, tout ça, on sait. Mais traiter les problèmes, on ne sait pas. Les hommes politiques (Attention, on dit hommes, mais ça peut être des femmes, bien sûr...) eux, ils savent. Ils n'attendent pas qu'on leur dise quoi penser et quoi faire, ils proposent, après, nous on choisit. Ben oui, c'est ça savoir faire le boulot. Enfin, je crois. Moi, je ne saurais pas. Et vous? 

 En attendant, elle joue sur une corde sensible mais dangereuse: faire croire "aux gens" que parce qu'elle est "comme eux" -Voici, Match, Gala, tout le déballage, Ségo à l'école, Ségo fait son marché, Ségo petite maman, Ségo amoureuse, Ségo et la tarte aux fraises etc.- ils pourraient donc lui donner les clés. Ben non, justement. Si tout le monde pouvait faire le boulot, pourquoi il y aurait besoin d'élections?   

 

 BB pour PRS 57

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