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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Explication de texte

Publié le 24 Septembre 2009, 23:12pm

Catégories : #parti de gauche

Par Jean-Luc Mélenchon

Le grand sidérateur a parlé ! Donc nous sommes sidérés. Quand Nicolas Sarkozy parle c’est vraiment  un évènement de politique-spectacle total. Je veux dire qu’il ne parle que dans l’unique but de ramener la vision du monde que tout un chacun pourrait avoir à sa façon à lui de le présenter, donc à ses seules solutions personnelles, donc à lui-même. Ce mécanisme permet de comprendre l’énormité impudique de son auto célébration (j’ai toujours dit la vérité aux français, je ne mens pas, je ne me laisserai pas impressionner, croyez-vous que je sois homme à ceci ou cela). Il permet de comprendre comment les lapsus et les contresens qui pullulent dans son propos sont aussi un bon moyen de diluer la signification réelle de ce qu’il annonce. Est-il maladroit ou provocateur ? Les prévenus de Clearstream sont présumés coupables là où la Déclaration des Droits de l’Homme les dit présumés innocents, la taxe carbone est destinée à éviter le trou dans la couche d’ozone alors qu’il s’agit non pas de CFC mais de gaz à effet de serre. Que veut-il dire réellement ? À part qu’il contrôle tout puisqu’il parle de tout sur le même mode péremptoire, son discours fonctionne aussi comme un effaceur de traces du précédent discours. Qui va faire le bilan de ce qu’il a déjà annoncé sur le même  sujet auparavant ? Pourtant il a déjà dit beaucoup et n’a pas fait grand chose. Par exemple sur les bonus. Comment répliquer à tel flot d’affirmations sans démonstration, d’approximations aussi désastreuses,  assénées avec la fougue de la certitude la plus absolue ?  Une bonne partie des esprits critiques jette l’éponge devant un tel tas de bobards, mots tordus, contresens et usurpation d’identité, faux et usage de faux. Les autres tâchent d’en attraper un morceau pour en démonter les mécanismes. Tous les autres sont enfumés. Qu’a-t-il dit ? On ne sait plus dès qu’il a fini de parler. Son royaume fonctionne à l’abri d’une muraille de mots déversés sans soucis d’ordre ni de raisonnements, juste pour abasourdir. Je tente, à chaud, un modeste tour d’horizon de quelques uns de ses bobards.

 Les paradis fiscaux envolés
C’est d’abord sur la crise que Sarkozy a multiplié les énormités. Il a ainsi certifié que « le risque systémique et financier est derrière nous ». Alors que la tendance est plutôt à la reconstitution éclair des bulles financières comme je l’ai expliqué dans ma note précédente sur mon blog. Sarkozy a aussi prétendu sans rire qu’« il n’y a plus de paradis fiscaux ». Il est vrai qu’à peine annoncée par le G20 de Londres, la liste noire des paradis fiscaux était déjà vide, comme par magie. La quasi-totalité des vrais paradis fiscaux échappent à la liste noire grâce à un marchandage avec les seules grandes puissances qui protègent les centres off shore pourvu qu’ils coopèrent avec elles. Sarkozy le sait. Monaco est ainsi en train d’accéder à la liste blanche de l’OCDE ! À l’inverse, les pays du Sud qui subissent aussi la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux (8 000 milliards par an) sont complètement démunis. D’autant que ce sont des filiales des banques et institutions financières des grandes puissances qui font tourner les paradis fiscaux. Un appel lancé par 4 confédérations syndicales françaises et plusieurs associations dont ATTAC vient justement de le dénoncer ( http://www.stopparadisfiscaux.fr/ ). Pour prendre un exemple que connaît bien Sarkozy, pour y avoir nommé récemment son proche collaborateur François Pérol, le groupe Banques populaires/Caisse d’épargne, compte 87 filiales installées dans des paradis fiscaux, selon les données obtenues par les élus au comité d’entreprise.

Mise en scène autour des bonus
Sarkozy a aussi affirmé hier que « le plan de relance français est le meilleur du monde ». On ne sait pas selon quels critères. Car en quantité il est largement distancé par les plans allemands, britanniques, américains et surtout chinois. Et en qualité on peine à voir en quoi il a changé quoi que ce soit par rapport à l’avant crise. En dépit des aides du Plan Sarkozy, les banques misent toujours plus sur les marchés financiers et toujours moins dans les PME et chez les particuliers. Ça c’est la banque de France qui le dit : elle a enregistré cet été la plus forte contraction du crédit depuis 10 ans. Sur les bonus, Sarkozy prétend aussi avoir tout inventé (« c’est la France qui a imposé des règles la première puis convaincu l’Europe … »). Là aussi plus c’est gros plus ça passe. Le président continue ainsi de dénoncer la « pratique invraisemblable des bonus », alors qu’il ne fait rien pour les interdire. Strictement rien à part des déclarations. Il annonçait le 24 mars 2009 dans son discours de Saint Quentin, « la fin des bonus dans une entreprise qui reçoit une aide de l’Etat ». Or, 6 mois après, les entreprises aidées par l’Etat continuent de verser des bonus, comme on l’a vu à la BNP et au Crédit agricole. D’autres gouvernements parlent moins et font plus que lui. Comme les Pays-Bas qui ont voté une fiscalité très dissuasive sur les bonus (30 % de prélèvement exceptionnel au-delà de 500 000 euros, en plus des autres impôts) et ont carrément plafonné au niveau du salaire du premier ministre (180 000 euros) les salaires des patrons des entreprises aidées par l’Etat. Quand Sarkozy prétend donc avoir « convaincu toute l’Europe sur les bonus », on se demande de quoi il les a convaincus. Il s’est par exemple félicité d’avoir obtenu la signature de Gordon Brown à une lettre commune adressée par Merkel-Sarkozy au G20 pour encadrer les bonus. Mais il ne précise pas qu’il a fallu enlever de la lettre toute mention explicite du « plafonnement des bonus » pour que Brown la signe. Si bien que la lettre ne se démarque plus vraiment de la position américaine et que les désaccords entre l’Europe et les USA ne sont sur ce point qu’une mise en scène.

 

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