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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


pour Federico

Publié le 17 Août 2009, 23:12pm

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Deux noms illuminent le ciel de la poésie espagnole du 20ème siècle. Antonio Machado et Federico Garcia Lorca. Aujourd’hui, ranimons donc le souvenir du plus célèbre des deux. Pour la raison la plus bassement opportuniste : ce 18 août est le jour anniversaire de la mort de Garcia Lorca. Nous n’échapperons donc pas, une fois de plus, à la commémoritude ambiante.

Voilà un garçon qui naît près de Grenade, en juin 1898. Un jeune homme brillant, qui étudie la philosophie, le droit, la littérature, la peinture, la musique aussi, et tout particulièrement le flamenco gitan de son Andalousie. Folklore qui animera ses poèmes, bien sûr, mais aussi son théâtre. Vivre en Espagne dans les années 20 n’est pas obligatoirement un cadeau pour un jeune homme exalté, homosexuel de surcroît. Une brouille avec Dali précipite son départ pour les Etats-Unis. Il rentrera au pays en 1930, en même temps que la République. Il prend des fonctions officielles dans une société de théâtre qui se propose de faire voyager la culture jusqu’en terre rurale.

Lorsque la guerre civile éclate en 36, Garcia Lorca rejoint Grenade. Même s’il connaît les tendances plus que conservatrices de sa ville natale. Arrêté par la Phalange de Franco, car les dictateurs ne prisent guère la poésie, et bien moins encore la Liberté, il est fusillé deux jours plus tard. Son corps est jeté à la fosse commune. Ses œuvres seront interdites pendant de longues années, et même lorsqu’elles seront publiés, dans les années 50, ce n’est qu’au prix d’une censure impitoyable. Seule la mort de Franco en 1975 rendra justice au poète et à ses vers. 73 années ont passé. Aujourd’hui, sa statue habite une place à Madrid. Mais Antonio Machado n’avait pas attendu si longtemps pour écrire ces vers, ce poème paru en 37.

brigitte blang pg 57

 

Poésies de la guerre

Le crime a eu lieu à Grenade

À Federico García Lorca  

Le crime

On le vit, avançant au milieu des fusils,

Par une longue rue,

Sortir dans la campagne froide,

Sous les étoiles, au point du jour.

 Ils ont tué Federico

Quand la lumière apparaissait.

Le peloton de ses bourreaux

N'osa le regarder en face.

Ils avaient tous fermé les yeux ;

Ils prient : Dieu même n'y peut rien !

Et mort tomba Federico

- du sang au front, du plomb dans les entrailles –

… Apprenez que le crime a eu lieu à Grenade

- pauvre Grenade ! -, sa Grenade…

 

Le poète et la mort

On le vit s'avancer seul avec Elle,

sans craindre sa faux.

- Le soleil déjà de tour en tour ; les marteaux

sur l'enclume – sur l'enclume des forges.

Federico parlait ;

il courtisait la mort. Elle écoutait

« Puisque hier, ma compagne résonnait dans mes vers

les coups de tes mains desséchées,

qu'à mon chant tu donnas ton froid de glace

et à ma tragédie

le fil de ta faucille d'argent,

je chanterai la chair que tu n'as pas,

les yeux qui te manquent,

les cheveux que le vent agitait,

les lèvres rouges que l'on baisait…

Aujourd'hui comme hier, ô gitane, ma mort,

que je suis bien, seul avec toi,

dans l'air de Grenade, ma Grenade ! »

 

On le vit s'avancer…

Élevez, mes amis,

dans l'Alhambra, de pierre et de songe,

un tombeau au poète,

sur une fontaine où l'eau gémira

et dira éternellement :

le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade !

 

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