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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


les batailles du rail, d'hier à aujourd'hui

Publié le 10 Août 2009, 23:01pm

Catégories : #chez jacques en aveyron

 

10 août 1944-10 août 2009 : de la grève insurrectionnelle contre l’occupant nazi à aujourd’hui.

Vive l’avant-garde ouvrière et républicaine des cheminots !

 

1) Les cheminots dans la Résistance

Créée à la veille de la guerre, le 1er janvier 1938, la Société Nationale des Chemins de fer français, représente alors la plus grosse entreprise de France avec ses 500 000 cheminots, munis d’une forte identité ouvrière collective : 8 cheminots sur 10 sont syndiqués.

Sous le régime de Vichy et l’Occupation, les cheminots vont subir de nombreuses attaques comme l’essai d’imposer un syndicat corporatif unique à travers la « Charte des cheminots », comme la réquisition de 10000 d’entre eux pour travailler en Allemagne.

Les cheminots forment pourtant la branche professionnelle la plus représentée dans la Résistance.

«  En raison des facilités de circulation dont ils disposent et des multiples services qu’ils peuvent rendre aux organisations clandestines, les employés de la SNCF sont parmi les professions les plus sollicitées pour intégrer la Résistance organisée ou lui apporter une aide ponctuelle. Le recrutement est également favorisé par la force des solidarités professionnelles, syndicales ou politiques qui caractérise la corporation »

«  Pendant l’occupation, les cheminots agissent en aidant d’abord les soldats français et britanniques prisonniers à passer en zone non occupée puis, avec le temps, ce type d’aide s’élargit aux aviateurs alliés, aux Juifs, aux réfractaires au travail en Allemagne, aux résistants entrés dans la clandestinité. Les cheminots jouent également un rôle-clé dans la diffusion de la presse clandestine, grâce à laquelle la plupart des grandes organisations clandestines développent leur influence (notamment le PCF en zone occupée et les grands mouvements de zone sud). Quant au sabotage ferroviaire, les cheminots y contribuent surtout de façon indirecte, mais primordiale, en renseignant sur les transports allemands et en contribuant à la préparation du « plan vert » : le plan de paralysie du réseau ferroviaire simultané au débarquement de Normandie... C’est à partir du débarquement que la participation des cheminots au sabotage des voies et du matériel, par leurs conseils ou leur action directe, est amplement attestée ». (exposition sur les cheminots et la Résistance, Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris Musée Jean Moulin dossier de presse)

Le bilan humain donné par l’historien Paul Durand est lourd : plusieurs centaines de cheminots fusillés, plus de 1 100 cheminots morts en déportation sur 2 480 déportés, 2 361 tués en service ou hors service.

Je ne peux terminer ce rappel sans insister sur une évidence synthétisée par François Mauriac, pourtant étranger socialement et politiquement à ce milieu « La classe ouvrière française, dans ses profondeurs, est seule à être restée fidèle à la patrie profanée. »

2) La grève insurrectionnelle de la Libération

10 août 1944. Le comité central de grève des cheminots lance la grève insurrectionnelle contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Il s’agit là d’une des plus belles pages de l’histoire ouvrière internationale.

Voici l’exemple du dépôt de Montrouge :

Le 10 août, aux environs de neuf heures du matin, Georges Prunault, adjoint de Robert Herniot, responsable des comités populaires clandestins parmi les cheminots, prend la parole, protégé par un groupe de FTP : " Plus un train pour les nazis. " En quelques minutes, le résistant donne le signal de la grève générale avec occupation des locaux. Mais le dépôt reste sous la garde de soldats allemands. Aussi, le 13 août, une centaine de combattants commandés par le colonel Fabien l’attaque victorieusement. Les affrontements ont été particulièrement violents. Fabien lui-même est blessé à la jambe tandis que le FTP Maurice Delsupexhe est tué. (L’Huma 19 août 2004)

Le syndicat CGT relaie largement l’appel. Le 10 août, après une manifestation de près de 1 000 personnes à Villeneuve-St-Georges, l’Union départementale du Val de Marne juge le climat effectivement favorable au déclenchement de la grève des cheminots en région parisienne.

A Vitry, Ivry, Montrouge, la population soutient les grévistes.

Le 13 août, 3000 agents de la Compagnie du Métropolitain cessent également le travail. La grève se généralise ensuite créant de grosses difficultés pour les troupes hitlériennes en repli.

De plus, la réussite de la grève des cheminots et des traminots donne confiance à de nombreuses entreprises et professions qui entrent également dans la grève insurrectionnelle et vont participer en particulier aux combats pour la libération de Paris.

Cette grève insurrectionnelle dans une région parisienne encore occupée par les troupes du Reich a valu aux cheminots une distinction collective. A la Libération, ils ont reçu la Croix de guerre avec palme et la légion d’Honneur.

3) Le 10 août 2009, à 18h00, Arc de triomphe place de l’Etoile

se déroulera la cérémonie commémorative de l’appel à la grève insurrectionnelle des cheminots de la Région Parisienne du 10 août 1944.

Cette commémoration est la seule qui porte la place du monde du travail et de la classe ouvrière résistante.

Cette grève qui paralysa et désorganisa les transports militaires de l’occupant est la seule à être ainsi reconnue, chaque année elle reçoit les honneurs militaires. Ils donnent ainsi leur place aux cheminots dans les combats de la Résistance et de la Libération. Elle est indissociable de toutes les formes de luttes patriotiques de l’occupation qui conduisirent à la Libération du Pays.

Comme chaque année, l’Association Nationale des Cheminots Anciens Combattant (ANCAC) ranimera la flamme sous l’Arc de Triomphe.

L’ANCAC donne rendez-vous au musoir Friedland, angle rue Balzac et avenue des Champs-Elysées (métro Charles de Gaulle-Etoile) à partir de 17h45.

Héritière et continuatrice des combats des Comités Populaires et de la Fédération Nationale des Cheminots clandestine, de la reconquête de l’organisation puis des murs de la Fédération officielle par les cheminots résistants, la Fédération CGT des cheminots sera présente comme toujours à cette cérémonie.

En ce 65ème anniversaire, sa commémoration est plus que jamais d’importance. Voilà pourquoi, outre mes attaches professionnelles et militantes personnelles, je me permets de relayer l’appel de l’ANCAC et invite les présents à Paris ce 10 août à investir une part de leur temps disponible pour nous retrouver à cette cérémonie du souvenir. Ce sera le premier des temps forts qui rappelleront le rôle du Comité Parisien de Libération dans les combats pour la Libération de la capitale et du pays au travers de son insurrection populaire pour regagner sa liberté et reconstruire la démocratie.

Jacques Serieys pg12

 

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