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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


un bel été, par Allain Graux

Publié le 9 Août 2009, 23:00pm

Catégories : #parti de gauche

Après avoir touché 5,1 milliards d’euros d’aide de l’État, la BNP qui a réalisé 3 milliards de profits en un semestre s’apprête à en verser un de bonus pour ses 17 000 salariés, soit 58 000 euros pour chacun. Chouette ! Évidemment c’est un peu de notre argent qu’ils vont se partager, puisque la situation s’est très nettement améliorée grâce à nos impôts. Ah mais non ! Le bonus c’est pour les traders…

Les dirigeants de la BNP affirment qu’ils respectent rigoureusement les accords du G20 de Londres d’avril dernier, à la différence de ces « salauds d’américains » qui eux… font la même chose avec l’argent qu’Obama leur a généreusement offert. Et puis aussi Barclays en G.B. (3,48 milliards d’euros de bénéf en six mois !) alors que la récession et le chômage frappent des millions de Britanniques. Le Royaume-Uni, n’était-ce pas ce système économique que l’on nous présentait comme un modèle dont les socialistes français devraient bien s’inspirer pour faire moderne ? ( ou MODEM !)

Et Sarko, il avait bien dit qu’après le G20 tout allait changer. On avait sûrement mal compris. Enfin pas nous, pas moi en tous cas, j’avais dit et répété à l’envi pendant la campagne des européennes que ce G20 avait accouché d’une souris. En fait il s’agissait d’un gros rat. La récente réunion du G20  n’amorçait en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’OTAN, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer. (Samir Amin)

Vous savez ce que cela signifie ces milliards d’euros : des milliers d’années de SMIC français…

Et pendant ce temps-là, dans notre belle France « moins touchée par la crise » grâce à la bienveillante politique de notre chef suprême, on perd tout de même deux mille emplois par jour. Ce sont toujours ces américains qui chez Molex veulent fermer l’usine, liquidant les 283 salariés de l’entreprise. On apprend sur France-Inter, par le ministre Estrosi que, grâce à lui, tout va s’arranger : il va trouver des repreneurs. Du coup prétextant des incidents entre un cadre étatsunien et des salariés excédés, la direction retourne chez l’oncle Sam et déclare que de repreneurs il n’y a point. En fait ils profitent de la crise pour fermer un site concurrent.

Cette histoire se répète tous les jours, Alcatel–Lucent (1000 emplois supprimés), chez Continental, chez Vigimark où les salariés en colère sont réprimés à coups de bâtons et de lacrymos, chez Sanofi-Aventis (pourtant avec la grippe H1N1, la pharmacie ça marche, non ?!), et même sur le caillou calédonien, ce n’est pas nickel. Là, on colle carrément le leader syndical en prison pour un an. Ca fera toujours un indépendantiste canaque de moins sur le terrain.

Et puis, ça y est, on va pouvoir travailler le dimanche, payé double, ça mettra du beurre dans les épinards. Pas si vite ! Ca dépend où, Çci c’est payé double et là non ! Ah bon ! Mais la République française, l’égalité la liberté etc. ? Parlons-en d’égalité ! Le rapport Cotis, du directeur de l’Insee confirme que la plupart des salariés français ont bien un pouvoir d’achat en berne. Les inégalités ont explosé ces dernières années du fait d’une hausse spectaculaire des très hauts salaires. Le 1% des salariés les mieux payés ont accaparé un point supplémentaire de toute la masse salariale pour eux tout seuls. Le financement de la protection sociale a basculé des cotisations patronales versées par l’employeur en plus du salaire brut, vers les cotisations salariales, aboutissant à un écart croissant entre salaires bruts et salaires nets. Et à l’augmentation des profits fabuleux que se partagent les hauts dirigeants et les actionnaires…Les cotisations patronales ont baissé depuis 25 ans. Le rapport stigmatise l’impact du développement des emplois proches du SMIC, lié aux allégements massifs des cotisations patronales, entrainant des formes précaires d’emplois : temps partiel, intérim, CDD. Ces emplois qui en temps de crise sont les premiers à être supprimés. Le revenu salarial moyen des français stagne depuis plusieurs années ; la moitié des salariés touchent moins de 1 350 € mensuels. Par contre les revenus des plus riches ont gagné en plus l’équivalent d’un semestre de revenus d’un smicard entre 1997 et 2005, soit + 16 %  pour les plus de 40 370 euros. Et ce ne sont que des moyennes. L’Insee ne dit pas grand chose des écarts pour les 1 % les plus riches, ceux qui touchent le pactole…

Mais qui avait donc dit qu’il serait le président du pouvoir d’achat ?

Les bénéfices des bénéficiaires se portent bien, merci pour eux. Sanofi qui licencie a augmenté son chiffre d’affaires de 14,5 %, EDF est en hausse de 8,2 %, mais on augmente ses tarifs ce mois-ci, pour mieux préparer la privatisation totale sans doute. Comme celle de la Poste qui liquide ses bureaux de campagne et de proximité, ses centres de tri, ses postiers.

On veut même faire payer les paysans producteurs de fruits.

Et puis, on va aussi payer la taxe carbone pour compenser la suppression de la taxe professionnelle des entreprises : + 300 € en moyenne par ménage. Les plus pénalisés seront les banlieusards, les campagnards, les prisonniers de leur mode de chauffage au fioul (ceux qui n’ont pas les moyens d’en changer ou d’isoler), et aussi les communes qui percevaient la taxe professionnelle et devront augmenter les impôts locaux. Les gagnants seront les entreprises, pas forcément le climat. Les exonérations sociales des entreprises ont atteint 260,6 milliards entre 91 et 2008. Et les exportations de capitaux s’emballent : 160 milliards d’euros au titre des investissements à l’étranger en 2008, générant des délocalisations et donc des transports accrus et des pollutions au Sud hors normes environnementales du Nord…ne  vaudrait-il pas mieux inciter les entreprises à investir en France dans un nouveau mode de développement non polluant.

Et le Sud, non seulement il crève de faim, mais on va aussi l’asphyxier par cette politique. Alors les immigrés affrontent tous les dangers pour venir en Occident, à la recherche de moyens pour nourrir leurs familles, éduquer leurs enfants, se soigner. Ces enfants d’immigrés, en France, on les emprisonne cet été. Bonnes vacances pour la petite Veta, cinq ans, qui attend en centre de rétention, avec sa mère, d’être expulsée vers les Philippines. Les parents travaillaient en France depuis cinq ans et avaient déposé une demande de régularisation. Les parents ont été séparés. Ainsi pour remplir leur quota d’expulsions, les préfets peuvent puiser dans les listes de demandeurs d’asiles ou de papiers de ces gens qui bâtissent vos immeubles, les autoroutes, ramassent les poubelles, font la plonge dans les restaurants pour des salaires de misère, sans droits sociaux puisqu’ils n’ont pas de papiers. Ils pèsent ainsi sur le marché du travail. Alors on fait semblant de s’émouvoir et on expulse. Ça fait des voix en moins pour le FN et des voix en plus pour l’UMP. Alors les sans, se cachent encore plus, « clandestinent » davantage. Il faut savoir que les revenus que les émigrés envoient dans leur pays sont plus importants que l’aide fournie par les États. Diminuer la présence des étrangers, c’est diminuer cet apport et augmenter l’immigration clandestine. Si on régularisait les travailleurs, donnait des visas, ils pourraient rentrer au pays et revenir. Clandestins, ils restent en France !!!

 

Cette société libérale, capitaliste, marche sur la tête, non ? Au lieu de marcher avec sa tête. En fait le système ne fonctionne plus, il entraîne la misère, les inégalités en France, en  Europe, dans le monde entier. La compétition pour le profit maximum est la seule logique de ce système, qui devient dès lors agressif pour les individus comme pour les États, augmentant les risques de confrontation. Ce système, pas même retapé, avant même la fin de la crise (qui n’est qu’au début de ses effets), reproduit déjà ce qui a provoqué cette énième crise. Ce système s’autodétruit mais il détruit la planète entière avec lui. Il porte en germe la fin du genre humain.

Il est vraiment temps d’en changer. La crise actuelle n’est donc pas une crise financière, mais la crise du capitalisme impérialiste, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations dominées.

Mais ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie - ou  les- voies alternatives ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres et seront de ce fait inefficaces, laissant l’initiative au capital ? Les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier. La question n’est-elle pas : Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise?

Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, dans la mesure où les deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre : le social et l’écologique. Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète.

Une gauche authentique doit avoir l'audace de l’envisager et d’en prendre les moyens, par la nationalisation et la socialisation, par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies qui représentent les multinationales et la finance internationale.

 

Ne peut-on pas envisager de produire mieux, autrement, ce qui est utile au bien de tous, en partageant nos ressources équitablement, nos biens communs, en travaillant en coopération, développant la culture, l’instruction, la protection sociale ?

C’est ce que nous proposons au Parti de Gauche.

 

Allain Graux

7 Août 2009

 

PS- Samir Amin (économiste) me pardonnera quelques emprunts à ses idées :

Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

(photo pg 57 allain à Mada 2008)

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