Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


reparlons d'Europe

Publié le 27 Juillet 2009, 23:00pm

Catégories : #europe

J’en suis devenu… VERT !

François Lucas (Gauche cactus)


Je suis tombé sur une citation de Vaclav Havel publié dans le « Monde Diplomatique » avant les élections européennes et qui disait ceci : « Imaginez, écrit Vaclav Havel, une élection dont les résultats sont largement connus à l’avance et à laquelle se présentent toute une série de candidats à l’incompétence notoire. Tout scrutin prétendument démocratique ne manquerait pas d’être qualifié de farce ».... Hé bien nous avons eu la cerise sur le gâteau… un succès sans précédent des Verts sous le vocable « Europe Ecologie ».

Ce qu’il faut analyser, c’est qu’un tel score, n’a pu être réalisé, qu’avec le soutien objectif du pouvoir et des médias. D’abord, voyons un peu le trio de tête : Cohn-Bendit, celui qui déclare dans son intervention du 10 juillet 2008 au Parlement de Strasbourg « Nous n’acceptons plus de dire que le social ne fait pas partie des compétences européennes. On ne peut pas continuer comme ça. ». Lui et ses copains ont pourtant soutenu le traité de Lisbonne qui dit le contraire : effet de manche ou délire ? Comment des électeurs peuvent-ils se laisser abuser par quelqu’un qui déclare le 16 décembre 2008, toujours à Strasbourg : « Ce n’est pas notre rôle, ici, au Parlement, de se coucher devant nos partis nationaux, mais de défendre l’intérêt européen, l’intérêt communautaire et non pas les intérêts nationaux. Voilà ce que je voulais vous dire, à droite comme à gauche. »... autrement dit, une fois élu, ce que les Verts français peuvent penser, je n’en ai rien à cirer, je me suis fait élire en France, parce qu’en Allemagne c’était problématique et que j’ai besoin de mon job, c’est le dernier qui me reste, les temps sont durs, et de me faire nommer président du groupe des Verts européens, alors citoyens français qui m’avez élu… circulez il n’y a plus rien à voir. Donc, après le fanatique du Oui qui faisait campagne avec Bayrou, voyons la deuxième partie de l’attelage : José Bové, le pourfendeur du Traité Constitutionnel, le Candidat des Collectifs antilibéraux, (ce n’est pas ce qu’on a fait de mieux, mais personne n’est parfait), le défenseur du référendum pour s’opposer au traité de Lisbonne, et qui maintenant en tant que député européen va devoir vivre avec l’article 39 dudit traité de Lisbonne : « La politique agricole commune a pour but : a) d’accroître la productivité de l’agriculture en développant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production agricole ainsi qu’un emploi optimal des facteurs de production, notamment la main d’œuvre ».

Si on fait une traduction, telle que le Parti de droite (PPE) l’a faite dans son programme, c’est le développement des techniques OGM, y compris pour l’alimentation humaine, l’augmentation de la production pour les « biocarburants » et la diminution du nombre d’exploitants agricoles. Il est où le fermier du Larzac ? Sur un plateau de télé ? En plus, d’une mauvaise foi sans limite, il a dit qu’il n’avait pas fait vraiment campagne contre le traité de Lisbonne, parce que cette campagne avait des relents nationalistes. Compte tenu des précautions qu’on doit prendre avec l’écriture, depuis qu’une mère de famille a été attaquée en justice pour avoir écrit à propos de Nadine Morano, « hou ! la menteuse », disons que Bové prend de très grandes libertés avec la vérité. Et maintenant, le cheval de pointe… chargé de donner l’aspect, crédible, sérieux, et honnête : Eva Joly, qui, après être allée voir Bayrou, pour lui dire « J’ai 65 ans, je veux bien venir avec vous, mais je veux être tête de liste ». Et comme Bayrou lui a rappelé les règles de son parti, elle est allée chez Europe Ecologie trop heureux de l’aubaine : Bové et une juge d’instruction, ça fait déjà vieux couple. Son but est clair, être élue, c’est fait, se faire créer une Commission sur les Paradis fiscaux, en prendre la présidence et puis arriver tranquillement dans cinq ans à la retraite. Ce que cette brave dame a oublié, c’est qu’à part faire des rapports, et le Parlement Européen en fait beaucoup, elle ne pourra rien faire d’autre. Les paradis fiscaux, sont soit directement membres de l’Union Européenne (la City de Londres), soit incorporés et protégés dans le traité de Lisbonne (annexe II pour les paradis d’outre-mer, avec la partie IV qui prône la liberté d’installation et de circulation. Et pour les paradis dans nos eaux, comme les Îles anglo-normandes ou les Îles Féroé, voir l’article 355). Il serait sans doute nécessaire de rappeler qu’une modification pour les paradis d’outre-mer implique une proposition de la Commission et l’unanimité du Conseil, et que pour les Paradis « locaux », seul l’Etat qui les gère peut en faire la demande. Une fois de plus, circulez il n’y a rien à voir. Mais quelle position de choix que de pouvoir faire des rapports cinglants sur un sujet populaire, la lutte contre les escrocs qui nous volent, et sur lequel on devrait espérer qu’un juriste connaisse les tenants et les aboutissants : on peut se faire une publicité d’enfer. Bravo, Madame, quelle classe !

Ceci étant, les trois membres de l’attelage n’ont rien en commun : alors, que vont faire les Verts français, orphelins, livrés à eux mêmes, sauf si l’ex de mai 68 prend la grosse tête et comme Bové veut tenter l’expérience présidentielle ? Il parle déjà de demander la nationalité française. Tout ça va obligatoirement être passionnant, sauf pour ceux qui galèrent, et qui, si on en croit la Commission vont galérer encore pendant plusieurs années pour payer, entre autres, des indemnités royales aux députés européens.

Pour les partis qui n’ont pas été capable de maîtriser l’organisation médiatique de la campagne des Verts, y compris, la diffusion « par hasard » du film Home, dont l’auteur avait précédemment fait savoir qu’il voterait Europe Ecologie, et la clownerie du fameux débat ( !) sur la 2 avec une Arlette Chabot, au mieux de sa forme, qui faisait penser à Paul Amar arbitrant le « match » entre Le Pen et Tapie », essayant d’opposer Bertrand/Aubry alors que chacun sait qu’ils sont d’accord sur l’essentiel de la construction européenne, de Villiers/Marine Le Pen, alors qu’ils partagent les mêmes valeurs de base, et Mélenchon/Besancenot, alors que la seule différence était une faute de stratégie du NPA, qui autrement faisait passer la gauche du PS devant le Modem et à deux doigts du PS, et surtout, et c’était le vrai but de ce débat, faire se prendre les pieds dans le tapis à Bayrou pour valoriser Cohn-Bendit. Résultat acquis grâce à la maladresse du premier qui a perdu les pédales… si on peut dire, donc pour tous ces partis l’été va être studieux.

Et avec tout ça, pas de campagne, pas de débat de fond. On fait semblant de s’offusquer de l’abstention, alors qu’en fait, l’abstention forte veut dire stabilité des grands partis, parce que si on y regarde de près, la physionomie du Parlement européen n’est pas profondément modifiée : les Verts passent de 44 à 53 élus et leur poids relatif reste mince. Mais comment inciter des gens à voter, alors qu’ils ont dit Non massivement en 2005, que le vote démocratique a été ignoré par les grands partis de droite comme de gauche et qu’on leur refourgue le même texte, le traité de Lisbonne, sans leur demander leur avis ?

Et, c’est idiot, mais en tant qu’homme de gauche, et compte-tenu des différents dénis de démocratie que nous avons supportés, j’en viens à me réjouir des victoires de la droite et de l’extrême droite anglaise qui vont peut être conduire à un référendum négatif sur le traité de Lisbonne. On nous avait déjà dit que les Irlandais avaient voté Non parce qu’un type d’extrême droite, fondateur de Libertas, avait financé la campagne du Non : il n’a pas été élu, et le seul type de Libertas élu en Europe, c’est de Villiers. Donc, il fallait d’autres raisons que celles que la Commission et les députés européens, comme Cohn-Bendit lui-même, ont mises en avant pour expliquer le vote Irlandais : l’article 42 et la soumission à l’OTAN était sans doute plus importants que les thèses d’extrême droite sur l’avortement.

Et maintenant, nous allons vivre une période qu’on pourrait qualifier de passionnante ou de dangereuse, si la gauche à gauche du PS n’a pas compris qu’il faut s’unir largement et que cette vraie gauche là, représente une force. C’est une occasion historique qui va s’évanouir et qui, sans doute, ne reviendra pas de sitôt. Si les Verts veulent négocier avec le PS en « position de force », c’est qu’ils n’ont pas compris le fonctionnement hégémonique du PS. C’est le moment d’aller mettre un cierge à qui vous voulez parce que tout ça doit être plié pour la rentrée d’octobre dans l’optique des régionales. Eh oui, on y retourne en 2010, et ça ne va pas être simple.

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents