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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


mort d'un ministre

Publié le 14 Avril 2009, 00:23am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Dans beaucoup de villes (peut-être pas à Neuilly, c’est vrai, mais bon, on ne va pas se fâcher non plus avec eux…) existent des rues dont le nom n’évoque pas grand-chose, y compris à ceux qui vivent là. Tiens, par exemple, nous on habite en Lorraine, rue Jean Burger. C’est qui çui-là, vous vous demandez ? Je vous dirai ça un de ces jours, parce que des instits communistes en Moselle, ça devait pas courir les champs non plus, en 40. Alors, quand dans une ville, on vous dit que la mairie est justement place Roger Salengro, ce n’est pas tout à fait innocent. Salengro, un homme du Nord, un de ceux qui savaient parler aux mineurs, entre autres, parce qu'il était de chez eux, ce maire de Lille. Et ce soir, à la télé, c’est l’occasion ou jamais de nous souvenir qu’en des temps un peu lointains, mille ans, quasi, il y a eu un homme qui a préféré mourir que de se voir sali par la presse. La presse d’extrême-droite. Comme par hasard, dîtes donc. La même ou presque que celle qui avait décidé que Dreyfus était coupable. La même ou presque qui appelait à l’assassinat de Jaurès. La même… Qui accuse Salengro, ministre du Front Populaire, d’avoir déserté pendant la Grande Guerre. Rien que ça. On imagine sans peine ce que devait représenter une telle calomnie dans la France de ce temps-là, alors que les plaies n’étaient pas refermées, qu’on recherchait encore qui son frère, qui son père, qui son mari. Alors, pensez donc un ministre déserteur, dans une France qui venait à peine de se réveiller socialiste, la presse bien pensante, et l’autre aussi, infiniment plus nauséabonde, Gringoire, par exemple, en avaient fait leurs choux gras. Quelle revanche sur la victoire de Blum et de ses amis ! Un socialiste à se mettre sous la dent ! N’oublions pas, c’était un temps déraisonnable, comme dit le poète, on n’hésitait pas dans l’hémicycle à crier : « Blum ! Sale Youpin ! ». Alors, un soi-disant déserteur… Dans l’hémicycle, justement, où Salengro vient se justifier. Devant  une assemblée qui lui vote la confiance à une écrasante majorité : 430 voix contre 75. 75 de trop, dira-t-il. Avant d’ouvrir le gaz. Avant d’écrire à son ami Léon Blum : « Ils n’ont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort. Je ne suis ni un déserteur, ni un traître. Mon parti aura été ma vie et ma joie. » La première page du Populaire, on ne disait pas encore la Une, titrera : « Ils l’ont tué ! ». Cette histoire-là, vous la verrez ce soir, sur la Deux. Dans un film d’Yves Boisset. Gage de qualité et d’honnêteté, on peut en prendre le pari. Avec deux acteurs exceptionnels : Mesguich est Blum, et Donnadieu Salengro. Plus vrais que les vrais. Avec tout le recul et la retenue nécessaire pour l’un comme pour l’autre. Ne ratez pas ce moment de vérité, ce soir, à la télé. Et si, à la fin, vous vous surprenez à penser à un autre homme, mort aussi par manchettes de journaux interposées, un jour de printemps au bord d’un canal de la Nièvre, alors oui, c’est qu'en effet l’histoire bégaie. 

brigitte blang pg57

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robert lamy 14/04/2009 09:10

Sans oublier que Salengro, c'est lui qui a inventé les congés payés et la semaine de 40 heures et qui a raisonné des mineurs en colère, alors que le député de droite voulait envoyer la troupe (c'est dans l'humanité dimanche cette semaine)

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