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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


lu dans l'huma

Publié le 24 Février 2009, 00:12am

Catégories : #des nouvelles de la droite


Vidéosurveillance : comment sortir du piège sécuritaire ?

 

« Big sister » à l’Intérieur

 

par Isabelle De Almeida, conseillère régionale de Bourgogne, et Isabelle Lorand, responsable réseau liberté et droits de la personne du PCF.

 

Alors qu’en Angleterre le fiasco de la vidéosurveillance est reconnu par Scotland Yard, Mme Alliot-Marie débloque 555 millions d’euros pour tripler le nombre de caméras en France. Celles-ci n’évitent que 3 % des délits sur la voie publique. Encore faut-il préciser qu’il s’agit de délits mineurs. Plus grave que son inefficacité coûteuse, cette décision comporte des risques sérieux de dérive. Dans une note adressée à la ministre, la CNIL tire la sonnette d’alarme. L’inflation de la vidéosurveillance dans des lieux de plus en plus variés (rue, école, hôpital, transports…) contraste aves un flou juridique sur sa maîtrise et son contrôle. D’autant plus effrayant que demain les logiciels « d’analyse intelligente » permettront la détection automatisée de comportements dits « suspects ». Pire, les informations collectées peuvent être mémorisées et participer au fichage des personnes.

Cartes de crédit ou de transport, télépéages, moteurs de recherche sur Internet… nos vies sont disséquées, mémorisées, voire vendues à des opérateurs privés. Pourtant, avoir des espaces d’anonymat comme devrait le rester la rue, pouvoir compartimenter sa vie, décider de ceux à qui l’on ouvre notre jardin secret… sont des dimensions essentielles de la liberté. Avec l’actuelle épidémie de fichage, le contrôle des citoyens prend des formes multiples.

Contrastant avec le discours lénifiant de la ville-village, de la ville aseptisée, peuplée de « gentils citoyens »… souvent les mêmes bouches décrivent des villes violentes et insécurisées. Cette double caricature justifie la mise sous surveillance de l’espace public. Si le système capitaliste est exonéré, il faut bien trouver des responsables aux maux de la société. L’ennemi c’est l’autre : le sans-papiers, l’étranger, le malade mental, le SDF, le militant, « l’ultragauche ». Peu à peu se construisent des barrières matérielles ou virtuelles entre les privilégiés et les autres. Les caméras protègent les premiers et surveillent les seconds. Ainsi la ville ségrégée se construit au détriment du vivre ensemble la ville.

Surfant sur une opinion publique dupée par une promesse d’efficacité, le gouvernement de Nicolas Sarkozy avance encore un pion sur l’échiquier de sa politique autoritariste appuyée sur la peur. Comment expliquer autrement la décision de multiplier les caméras ? À moins de rappeler qu’elles ont des domaines de prédilection, paradoxalement, elles entretiennent le sentiment d’insécurité propice au discours  sarkozyien. Et elles excellent dans le contrôle des comportements antisociaux, la dispersion et la prévention des rassemblements publics, la surveillance des marginaux ou des « indésirables », CQFD !

Il faut sortir du sécuritaire, la meilleure prévention de la délinquance est connue : assurer à tous un emploi, un logement et le respect de la dignité. Faire place à la solidarité et non à la concurrence, choisir le sens plutôt que le consumérisme sont des voies d’avenir. En outre, la présence humaine a démontré, elle, son efficacité. Travailleurs sociaux, enseignants, facteurs, agents EDF, gardiens d’immeuble, médecins de quartier, élus de proximité, collectivités territoriales jouent une fonction majeure pour l’harmonie publique. Et c’est tout cela que Nicolas Sarkozy et ses amis détruisent. Côté police, l’agressivité, voire la violence, la répression et la culture du chiffre chères au président de la République ont déjà fait trop de dégâts. Il faut réenvisager les missions de la police, relancer les îlotiers. Et, privilégier l’homme sur la caméra.

Oui, nous sommes des « droits-de-l’hommistes » et fiers de l’être. Nous affirmons même que c’est un enjeu pour toute la gauche de reprendre l’offensive. Il faut sortit du piège sécuritaire tendu par la droite. Il est des batailles d’idées qu’il faut avoir le courage de mener. Il faut refuser d’occulter le fait que le « désordre public » est avant tout le fruit du libéralisme et de ses violences : inégalités, explosion de la pauvreté, recul des politiques publiques, division… Les municipalités de gauche devraient être en pointe dans l’expérimentation d’une autre idée de la ville. La défense des libertés est un trait majeur de la gauche. Ensemble, retrouvons-le.

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