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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


la crise? Quelle crise?

Publié le 26 Janvier 2009, 00:12am

Catégories : #à gauche - toutes !

Aller au-delà du seul refus du néolibéralisme

Par Pierre Khalfa, membre du conseil scientifique d’ATTAC, porte-parole de l’union syndicale Solidaires.

Face à la crise quel altermondialisme ?

Le mouvement alter- mondialiste a une dizaine d’années d’existence. C’est donc un mouvement jeune. Il présente des caractéristiques originales. Il se veut un mouvement « citoyen », représentant l’intérêt général contre la logique de marchandisation généralisée portée par le néolibéralisme. Les forums sociaux sont la forme historique qu’a prise le mouvement altermondialiste pour son apparition politique. Ils veulent à la fois être des cadres de débat, permettre l’élaboration d’alternatives et être un point d’appui pour les mobilisations. Le caractère ouvert et non délibératif du forum social lui permet d’incorporer en permanence des forces nouvelles. Par son mode de fonctionnement et les débats croisés qu’il impulse, il a permis de créer l’embryon d’une nouvelle culture politique faite de respect de la diversité, de mise en œuvre de processus de démocratie participative et de refus d’une structuration hiérarchique.

Ce processus a cependant aujourd’hui atteint un certain nombre de limites liées à la conjonction de deux éléments. Le premier renvoie à la dynamique propre des forums sociaux. Ceux-ci reposaient sur un pari implicite : la dynamique du processus pourrait permettre le rapprochement des points de vue, l’élaboration d’alternatives communes, la convergence des stratégies et la construction de mobilisations fédératrices. Force est de constater que cela a été rarement le cas, la diversité des composantes du mouvement étant, de ce point de vue, un élément de paralysie.

De plus, le processus de préparation des forums est aujourd’hui essentiellement centré sur un mécanisme complexe de construction de moments de débats, leur foisonnement exprimant la grande diversité des acteurs présents et des terrains d’intervention couverts. Mais, dans ce cadre, les questions de stratégie sont traitées dans les interstices des forums, à leur marge. Il est donc très difficile de construire des processus de mobilisation dans le cadre des forums. Le second élément renvoie à la crise actuelle qui rend en partie obsolètes les références du mouvement altermondialiste. Celui-ci s’était constitué sur le refus du néolibéralisme. Ce refus n’est plus suffisant car la crise a gravement mis à mal le régime d’accumulation du capitalisme néolibéral et l’idéologie correspondante. Les classes dominantes ont d’ailleurs pris la mesure de cette crise tant pour essayer de la contenir que pour lancer, dans le cadre du G20, un processus de refondation du capitalisme. Le point d’aboutissement de ce processus fait d’ailleurs l’objet de débats en leur sein et dépendra pour beaucoup de la capacité des mouvements sociaux, des forces progressistes à peser sur les oligarchies en place. Quoi qu’il en soit, le consensus originel du mouvement altermondialiste n’est plus suffisant.

La crise oblige à apporter des réponses alternatives globales et à mettre en avant des objectifs immédiats susceptibles de répondre à l’urgence de la situation et d’impulser une dynamique de mobilisation sociale et citoyenne. Car dans une situation qui va connaître de grands bouleversements, c’est la construction par les dominé-es de rapports de forces qui sera l’élément déterminant. Le mouvement altermondialiste saura-t-il dépasser ses limites actuelles et commencer à construire les stratégies nécessaires pour répondre à la nouvelle situation ? Ce sera un des enjeux du Forum social mondial de Belem.

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