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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Obama vu côté culture

Publié le 25 Janvier 2009, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Obama dans le train de l’histoire

 

Patrick Chamoiseau : « À un moment de sa vie, il (Obama) s’est mis au service de la pauvreté plutôt que de s’enrichir dans un cabinet d’avocats ».

 

Dans « l’intraitable Beauté du monde » (Éditions Galaade), un livre écrit à quatre mains, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, deux auteurs créoles, s’adressent à Barack Obama, premier président métis des États-Unis. Avec poésie, ils évoquent leur perception de ce qu’il représente : l’accession au pouvoir de ce qu’Édouard Glissant a toujours appelé de ses vœux, la « créolisation du monde ». Dès la première page, ils rappellent les « abysses des cimetières de bateaux négriers », les « gouffres ouverts sous toutes les latitudes ». Ces séquelles d’un passé douloureux, Barack Obama, selon eux, les porte en lui. Ils rappellent Martin Luther King, Malcom X, Nelson Mandela. Ils définissent la « poétique de la relation », reposant sur l’imaginaire et la « détermination à trouver d’autres solutions ». Ils clament « Cuba, sans entraves, maintenant ! ». Et la litanie pourrait s’allonger. Pour eux, Barack Obama incarne « un éclair tranquille d’imprévisibilité ». Rencontre avec Patrick Chamoiseau pour définir le nouveau président des États-Unis.

HD. Comment percevez-vous Barack Obama ? Que véhicule-t-il ?

Patrick Chamoiseau. Obama est, pour nous, un phénomène plus poétique que politique. Essayer d’expliquer son émergence uniquement par des critères de politologue ou de stratégie électorale ne permet pas de comprendre pourquoi ce personnage suscite une telle cristallisation, des espérances le plus souvent déraisonnables et irraisonnées. Ce phénomène lui confère une puissance symbolique incomparable et mystérieuse. En ce sens, elle est poétique. Son atout, sans doute ce qui nous a amenés à lui lancer une adresse, est que ce n’est pas la puissance des États-Unis qui le porte, mais cette capacité à imprimer une orientation dans les imaginaires des peuples.

HD. Par son métissage, Obama n’a pas de « nature emprisonnante ». Est-ce un élément pour que  les États-Unis envisagent le monde d’une nouvelle façon?

PC. Oui, car il est l’œil des États-Unis sur le monde. Sa sensibilité est très ouverte sur l’Afrique dont il connaît les réalités de manière presque charnelle. Il connaît l’Asie, les problèmes de métissage, s’intéresse à la pauvreté, à la poésie. Quelqu’un qui lit de la poésie ne peut pas être complètement fermé au mouvement du monde ! Nous avons une chance de vivre un moment imprévisible et Obama est à construire. Il ne suffit pas d’attendre s’il va nous décevoir ou non. Il faut en profiter pour commencer nous-mêmes à penser autrement le monde, à projeter sur lui une poétique. Car les politiques naissent des poétiques. Je suis persuadé que si nous arrivons à projeter dans le monde des intuitions, des visions, des désirs, nous pouvons créer un mouvement de transformation !

HD. Mais Obama a fréquenté les meilleures écoles, est avocat… Incarne-t-il ces « intuitions multiples » ?

P.C.  À un moment de sa vie, il s’est mis au service de la pauvreté plutôt que de s’enrichir dans un cabinet d’avocats. Il aurait pu tourner le dos à sa grand-mère africaine ou à l’image de son père. Non, il a exploré ces éléments et les assume. Il a l’intuition qu’aujourd’hui les appartenances nous fondent dans une diversité référentielle. Et qu’elle n’est pas contradictoire avec une unité ou un équilibre. Il met tout en relation : tout ce qui le compose, qui est éloigné, tellement divers et improbable, et arrive à lui donner une attitude équilibrée. S’il arrive à transformer ça en politique, alors…

HD. N’est-ce pas dangereux de faire reposer un gouvernement sur une intuition ?

P.C. Non. Celui qui aurait la prétention d’une compréhension totale du monde, qui aurait des solutions programmatiques, entre dans un processus de fermeture au monde. Aujourd’hui, la complexité est telle qu’il faut disposer de la capacité à l’intuition. L’intuition est une espèce de divination de ce qui dépasse les impossibles apparents, une aptitude à percevoir des frémissements encore inidentifiables par la conscience, la raison, et l’ordre du réel en place. Et c’est précieux pour un politicien !

HD. Vous avez évoqué la logique capitaliste fondée sur l’individualité. Obama incarne-t-il une logique collective ?

P.C. Je ne suis pas sûr qu’il sorte de la logique capitaliste ! Le problème à résoudre est que nous ne sommes pas encore en mesure d’imaginer une alternative à ce processus capitaliste qui, pour moi, n’est pas un système mais une nébuleuse d’appétits opportunistes d’une très grande flexibilité. Elle a accompagné les processus d’individuation dans le monde et est la seule puissance dominante capable de s’emparer des imaginaires individuels et d’enlever les désirs de chacun pour les transformer en pulsions. On ne peut lutter contre qu’en essayant d’exercer son esprit, en se projetant dans une poétique du monde, de l’humanité, de la relation.

HD. Ceux que l’on appelle aux États-Unis « les pères fondateurs » disposaient-ils de cette poétique ?

P.C. Le présent invente le passé. Chacun peut faire sa lecture des pères fondateurs. Obama a la sienne qui vient de ses intuitions du monde. Il a repris une part du passé des États-Unis qui avait tendance à se figer pour lui redonner une impulsion. Par exemple, quand il se prononce pour une nouvelle déclaration d’indépendance, il dit qu’il faut libérer les imaginaires, les carcans de l’esprit, entrer  dans de nouvelles solutions.

Entretien réalisé par Fabien Perrier pour l'huma-dimanche

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