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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


un beau film, essentiel

Publié le 21 Janvier 2009, 00:12am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Amos Gitaï : « Donnons une chance à la paix »

Plus tard, tu comprendras, le premier film « français » du réalisateur israélien Amos Gitaï, montré sur France 2, sort en salle, inspiré d’un ouvrage de Jérôme Clément. Où il est aussi question de Gaza…

Amos Gitaï a fait plus d’un aller-retour entre Israël et la France. Arrivé à Paris en 1983 après la polémique autour de son documentaire, Journal de campagne, il a eu une période « française », où il a commencé à réaliser des longs métrages de fiction. Après l’élection d’Yitzhak Rabin, dans les années 1990, il retourne vivre dans sa ville natale, Haïfa, et consolide son œuvre. Vivant aujourd’hui à Paris, Amos s’est vu proposer par Jérôme Clément, président d’Arte, en accord avec Serge Moati, la réalisation d’un film pour France 2 d’après son livre la relation affective que l’auteur entretient avec sa mère, l’histoire du silence auquel il a été confronté, comme toute la génération de l’après-guerre, puis d’une transmission discrète lui permettant d’initier une quête sur ses origines juives.

Ce film, où pour la première fois vous vous laissez imposer un sujet, semble s’insérer parfaitement dans votre œuvre. Cette proposition tombait bien…

Amos Gitaï. Oui, parce que depuis quelque temps j’avais envie d’approfondir la question de la diaspora juive, le fait que la communauté juive vive depuis des milliers d’années au sein de sociétés qui ne le sont pas, avec des moments douloureux et de bons moments, tout en apportant sa contribution aux cultures majoritaires. J’ai lu le livre de Jérôme et je l’ai trouvé très sincère et émouvant, « venant » d’un président de chaîne qui aurait pu rester installé dans son confort intellectuel. Je le connaissais depuis un voyage que nous avions fait ensemble en 2003, en Israël. Il m’avait alors accompagné à Haïfa, Tel-Aviv et Jérusalem où était organisée une rétrospective de mes films. Il avait ainsi découvert mes documentaires et nous avions parlé de mon père, architecte formé à l’école du Bauhaus, qui était venu en Palestine en 1934.

Dans son récit vécu du tournage, Maintenant, je sais, dans lequel apparaît son incroyable naïveté quant au processus de création d’un film, Jérôme Clément dit son malaise face à ce qu’il ressent comme une dépossession…

Amos Gitaï. Jérôme Clément est un homme habitué à diriger. Il a vécu le tournage non seulement comme une dépossession mais comme une appropriation, de ma part, de sa propre vie. Cela à été une expérience unique dont il a été étonné lui-même. Quant à moi, je faisais mon film avec la même sincérité que lui écrivant son livre. Mais à un certain point, j’ai dû tout arrêter. Je suis sorti du tournage. Il y a un moment où il faut défendre l’œuvre. Une œuvre ne se négocie pas. Et j’ai eu avec Jérôme, qui a l’habitude de traiter du concret, une discussion qui était de l’ordre de l’abstrait.

Particulièrement en ce qui concerne l’écriture cinématographique…

Amos Gitaï. Oui, le découpage, les travellings, les plans séquences, les cadres, tout un vocabulaire important utilisé au cinéma. Jean-Luc Godard a parlé de la morale du cadrage. Avec raison. L’appartement reconstitué de Rivka, la maman de Jérôme, avait été choisi parce qu’il se prêtait à l’usage du travelling, qui par sa fluidité figure bien l’idée du temps qui passe, de la mémoire en marche.

J’ai été surprise en rencontrant les acteurs, le couple mère-fils formé par Jeanne Moreau et Hippolyte Girardot, de voir à quel point ils étaient encore troublés par leurs rôles. Jeanne porte toujours au cou la petite étoile de David en brillants qu’elle portait pour le film…

Amos Gitaï. Elle a gardé quelque chose de cette identité. Samedi dernier, nous avons présenté le film au festival d’Angers, où elle a tenu des propos sans ambiguïté sur ce qui se passe en ce moment au Moyen-Orient - parce que la question lui a été posée. Elle a bien expliqué que, pour elle, il ne s’agit pas d’un conflit entre juifs et musulmans mais bien d’une question de territoire entre Israéliens et Palestiniens. Sa démarche est juste. Elle est très sincère et a envie de parler. Le film l’a passionnée. Ce fut vrai aussi pour Hippolyte Girardot et Samuel Cohen (fils d’Emmanuelle Devos et qui a un père juif), et Mouna Soualem, sa sœur dans le film, qui est Palestinienne. C’est la fille de l’actrice Hiam Abbass.

En ce qui concerne la situation actuelle dans la région, un cessez-le-feu a été proclamé. Mais les élections législatives étant proches en Israël, le Likoud ne semble pas apprécier cette décision…

Amos Gitaï. C’est dans la dialectique israélienne : lorsque la guerre s’arrête, il y a une résurgence des travaillistes et Netanyahou se plaint. Israël a un gouvernement de coalition avec une mosaïque de partis et la guerre arrive lorsque le centre gauche est au pouvoir… Quant à ce qui se passe en Palestine, c’est aussi complexe. Je suis d’accord avec la réaction de Leïla Chahid : le Hamas est partout, et comment faire croire qu’on peut en arriver à bout avec des bombardements qui tuent sans discernement ?… Il y a des codes dans mon film montrant que j’espérais une paix dans la région for ever (à jamais). Mais il faut y croire car, des deux côtés, bon nombre de gens veulent vraiment la paix.

(Dans l’Huma aujourd’hui)

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