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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


lu dans l'huma-dimanche

Publié le 19 Janvier 2009, 00:01am

Catégories : #ailleurs

Le conflit au Proche-Orient n’est pas religieux, il est politique

 

Dominique Sopo, président de SOS Racisme

 

Dominique Sopo dénonce ceux qui voudraient légitimer des actes xénophobes et antisémites par la guerre menée à Gaza. Et les autorités françaises qui, en enfermant juifs et musulmans dans un dangereux face-à-face, ont contribué à donner une dimension communautaire au conflit.

 

L’attentat à la voiture-bélier perpétré il y a quelques jours contre une synagogue de Toulouse  et l’attaque au cocktail Molotov contre une synagogue de Saint-Denis sont autant de signes des temps qui doivent nous inquiéter. Au-delà des questions étranges parfois posées (du style : « Vous pensez que c’est antisémite ? » ou « Vous croyez que ça a un lien avec la situation au Proche-Orient ? »), il faut prendre la mesure du risque de l’importation du conflit israélo-palestinien sur notre territoire. Cette situation, déjà vécue lors du déclenchement de la deuxième intifada en 2000, n’est pas sans précédent et doit amener les républicains à s’exprimer avec la plus grande des fermetés en dénonçant sans ambiguïté tous les démagogues qui seraient tentés de vouloir transposer sur le territoire national les tensions exacerbées qui existent là-bas. On pourrait d’ailleurs faire remarquer à ces démagogues que nous aimerions bien qu’ils nous expliquent en quoi le fait de brûler une synagogue aiderait les Palestiniens à mieux vivre la situation désastreuse – et qui soulève une émotion que chacun peut et doit partager – dans laquelle ils se trouvent plongés aujourd’hui à Gaza ! De façon plus générale, il faut dénoncer toutes et tous ceux qui viendraient légitimes des actes racistes et antisémites en couvrant ces derniers d’une justification géopolitique. D’ailleurs, que les choses soient claires, car il faut aussi parfois lever l’ambiguïté qui existe autour des considérations relatives à « l’importation du conflit ». Quelqu’un qui dit s’en prendre aux juifs en raison du déclenchement des opérations militaires à Gaza ne devait pas beaucoup aimer les juifs avant cette date ! De la même façon, lorsque certains nous disaient qu’en raison du 11 septembre ils étaient devenus anti-arabes, gageons que tous ceux qui se sont réveillés le 12 septembre 2001 en tenant ces discours ne devaient vraisemblablement pas porter  les populations maghrébines dans leur cœur le soir du 10 septembre.

Mais il faut aussi, au-delà de la fermeté du discours, s’inquiéter du face-face dans lequel les autorités enferment systématiquement, dans ce genre de situations, les juifs et les musulmans. Le conflit au Proche-Orient  est un conflit politique. Si nous-mêmes, en France, nous enfermons le débat dans un « dialogue » judéo-musulman, nous contribuons à donner une dimension ethnique ou religieuse à ce conflit, et donc à permettre toutes les projections et associations abusives à travers le monde. Il faut répéter avec force que nous ne sommes pas face à deux blocs monolithiques – les Israéliens et les Palestiniens – mais face à deux sociétés traversées par des lignes de fracture de tous ordres, et notamment politiques. Le Hamas n’est pas le Fatah, pas plus que le Likoud n’est le Parti travailliste. C’est pourquoi, dans la grille de lecture du conflit, il est nécessaire d’y voir deux camps essentiels : celles et ceux qui pensent qu’il y a deux peuples et qu’il faut donc deux États et les extrémistes qui œuvrent  à ce que la résolution du conflit soit synonyme d’élimination d’une des deux parties.

Enfin, remarquons également que, si la deuxième intifada avait entraîné une recrudescence des actes antisémites, il n’en avait rien été au moment de la première intifada en 1987. Et pour cause : à l’époque existait un réseau associatif qui donnait des perspectives politiques et citoyennes et éloignait donc les jeunes générations – et les moins jeunes ! – de la tentation de rechercher des boucs émissaires. Alors la période qui s’ouvre doit aussi être l’occasion pour les responsables politiques de faire leur examen de conscience : à force d’avoir asphyxié financièrement les associations, de les avoir caporalisées ou d’avoir fait le jeu des moins républicaines d’entre elles pour de lamentables enjeux électoraux, ces responsables ont donné aux démagogues un champ qu’ils ont labouré avec grand soin…

En réalité, derrière ce qui est parfois considéré comme « importation du conflit », c’est un miroir bien peu glorieux qui est tendu à la France sur l’état de sa cohésion interne. Le vivre-ensemble n’est pas un acquis sur lequel il ne faudrait jamais se pencher. Le vivre-ensemble, lorsqu’il n’y a plus aucune digue pour contenir l’expression des ressentiments et lorsqu’il semble à certains qu’il n’y a plus pour eux de perspectives citoyennes et d’explications politiques et rationnelles à leur situation, devient aussi fragile que le cristal. C’est peut-être malheureusement ce que révèlent les événements récents. À toutes celles et à tous ceux  qui croient au caractère précieux de ce vivre-ensemble de se mobiliser pour amener de la raison là où la passion pourrait tout balayer…

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