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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Le dernier nabab.

Publié le 12 Janvier 2009, 12:34pm

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Sale temps pour le cinoche, Claude Berri nous a largués. C’est moche. Un peu comme un grand frère, un tonton, un pote qui viendrait de lâcher la rampe. Un de ceux dont on a l’impression qu’on les a toujours connus, qu’ils ont toujours été là, et en vrai, c’est bien comme ça que ça se passait pour lui.

Les radios, les télés vont toutes y aller de leur hommage vibrant ce soir, en oubliant un peu vite comment elles avaient aussi bien chargé la mule, de temps à autre. Nous ici, on voulait seulement dire qu’on l’aimait bien, Claude Berri. Un sacré bonhomme, doté d’un flair incroyable et d’un cœur pas mal non plus, et ça ne court pas les champs, les hommes de fric qui ont AUSSI du cœur.

 Berri, c’était à la fois un acteur, un réalisateur, un producteur surtout, et d’une envergure à faire pâlir d’envie les potentats hollywoodiens. Un de ceux qui prenaient des risques. Parce que tout de même rien qu’en 2008, produire à la fois « Bienvenue chez les Chtis » (plus gros succès du cinéma français) et « la Graine et le Mulet », grand récolteur de Césars, si ça ne s’appelle pas avoir du pif, et du courage, je ne sais pas comment il faut le dire. Il faut aussi avoir un fier culot pour accepter de financer une idée de rigolo, « Didier », l’histoire d’un chien qui se transforme en homme, non ? Surtout quand on a permis la naissance d’un chef d’œuvre : « la Reine Margot ». C’était un type comme ça, Berri, qui avait fait des films autobiographiques, des films en forme de messages d’amour à son père, qui se voulait acteur et qui était fourreur, des films pour se souvenir d’un petit garçon juif, caché à la campagne chez un vieil homme bourru et limite antisémite, un petit garçon qui était lui, pour de bon. Un homme qui osait. Par exemple mettre en images « Germinal » et de quelle magistrale façon … C’est à ce moment-là qu’on avait entendu les beaux esprits l’assassiner. Facile ! Ah bien sûr, on ne touche pas à Zola, vache sacrée s’il en est ! Mais bon sang, qu’est-ce que c’était bien, ce film ! Et si vous « montez » dans le Nord, tenez, allez un peu de ce côté-là, où il l’a tourné son film, et vous verrez ce qu’ils disent de lui les centaines de figurants qu’il a fait bosser toutes ces semaines. Berri, c’était aussi « Jean de Florette » et « Manon des sources », tiens, c’est drôle, on les a revus il n’y a pas si longtemps, à la télé. Le soleil, Pagnol, sans oublier la noirceur des âmes, et Auteuil  enfin révélé. De bien beaux moments, non ? C’était encore « Tchao Pantin » où il avait mis en lumière (non, pas en lumière, justement, tout en obscurité…) un certain Coluche, le sortant de son placard de clown de service pour le vêtir d'un costume tragique. Encore une découverte. Tiens, on oubliait « Lucie Aubrac », pourtant si réussi, si sensible d’émotion et d’énergie militante.

Et autour de toutes ces réussites, une famille explosée, comme une fatalité, une vie privée plutôt moins que plus, lisez ce qu’il en disait dans « Autoportrait », vous allez l’en aimer davantage.

Un dernier souvenir ? Cannes 68. Berri avec les autres fait annuler le festival. Et puis, un peu plus tard, il file à Prague, pour « récupérer » Milos Forman. C’est peut-être ça, un grand bonhomme.

 

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