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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


gauche, où est ta victoire?

Publié le 21 Septembre 2008, 23:12pm

Catégories : #à gauche - toutes !

 « J’aimerais que la gauche se réveille »

Enquête. Dans les allées de la Fête de l’Humanité, rencontres pour parler de politique, de la gauche et du Parti communiste.

Si on pouvait « faire parler la Fête ». Quand 500 000 personnes se rassemblent à la Fête de l’Humanité, et que cette foule est jeune, vivante et pleine d’allant, ça veut dire et ça dit quelque chose. Mais qu’y a-t-il dans la tête des participants ? La tentation est grande de « faire dire ». Et la raison invite immédiatement à renoncer : il y a trop de richesse et de diversité pour dresser un portrait simplifié. Tout juste peut-on prétendre non pas dessiner un état d’esprit ni esquisser un état de l’opinion des participants, mais grappiller, ici et là, quelques idées qui courent et les verser au pot commun. À chacun, s’il le souhaite, d’en faire son miel. Quelques témoignages recueillis dans les allées, tout au long du week-end. Avec une question : « Qu’attendez-vous de la politique, de la gauche et du Parti communiste ? »

Étienne, quarante-deux ans, Dol-de-Bretagne, chômeur, adhérent au PCF depuis six mois (Devant le stand du Conseil national du PCF, où se signent les pétitions pour les salaires.)

« Si le Parti communiste décline, c’est à cause des circonstances. Les mentalités reculent, l’individualisme pèse. Et les médias mènent campagne contre lui. Mais le Parti communiste a de l’avenir parce qu’il évolue bien. Il y a, entre les communistes, un débat démocratique : c’est très sain. Le Parti communiste souffre de la concurrence avec Olivier Besancenot qui est porté par les médias. C’est vrai que Besancenot est plus radical. Mais il est moins constructif et il joue perso. Le Parti communiste a raison de vouloir l’union. Mais avec le Parti socialiste, ce n’est pas le moment d’insister : laissons-le régler ses problèmes et après on verra. Pour le moment, il en est plutôt à chercher alliance avec François Bayrou. ar contre, il faudrait faire quelque chose avec les écologistes. »

 

Claire, vingt-trois ans, infirmière, militante de la Jeunesse ouvrière chrétienne (Devant le stand de la JOC.)

« J’aimerais une politique et des personnages politiques qui donnent envie d’y croire : ça existe par moments, mais pas sur la durée. La politique doit se mettre à l’écoute et à l’image de la population. Les politiques parlent à la place des jeunes et, sur le terrain, les jeunes sont oubliés. La gauche peut être meilleure : si elle sait se rassembler sans que chacun abandonne ses idées. À condition, quand même, qu’elle garde une vision du social. Je suis amère quand je vois Nicolas Sarkozy capable de rassembler des gens différents, et la gauche incapable. Avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, on s’attendait à plus de luttes. Il faut que la gauche fasse des manifs, mais il ne faut pas seulement s’opposer, il faut proposer. Ce devrait être possible de construire des propositions ensemble, sans s’accrocher chacun à ses idées fixes. J’ai assisté à un débat avec la JC et le MJS : ils ne sont pas d’accord, mais surtout, ils prennent un malin plaisir à le montrer à tout prix. PCF et PS ont de bonnes idées. Je suis attachée à ces partis mais plus attentive au PCF car ma grand-mère était communiste, féministe et chrétienne. Le Parti communiste doit se moderniser, se mettre à jour. Je connais des communistes qui ont quitté le PC pour des collectifs unitaires. Le PCF n’est pas à l’image de ceux qui l’attendent. »

 

Sophie, quarante ans, travaille avec des handicapés, ancienne du PCF en Seine-Saint-Denis (Devant le stand de la LCR.)

« Je veux une opposition plus soudée, présente sur le terrain, dans la rue et dans les médias, partout où on en a besoin. J’étais au PC et je lorgne vers la LCR, parce que les communistes, je ne les vois pas assez, ils ne sont pas assez à gauche. Je suis contre l’alliance PCF-PS ou Modem. J’espère que ça va marcher avec la LCR. La droite est plus radicale, il faut une gauche plus radicale. Au gouvernement, on n’y arrive pas. Je travaille avec des gens dans la misère, la grande précarité. Ils se sentent en marge, exclus de la société. Alors, si déjà on parle d’eux, on les écoute, ce sera mieux. Et descendre tous dans la rue, ça commence par là, le nombre fait la force. Je suis peut-être naïve. Il faut se rassembler, d’accord, mais derrière des idées plutôt que des partis. »

 

Amaiur, vingt-deux ans, cheminot à Villeneuve-Saint-Georges, syndiqué (Au pot d’inauguration du stand des cheminots de Paris.)

« Je suis proche des idées communistes portées par le PCF et la LCR. Mais le PC est un parti de propositions, un parti qui veut gouverner. Je pense qu’il est important de participer. Ce qui m’intéresse, c’est le projet politique, et le Parti communiste a un projet qui se reconnaît dans la société d’aujourd’hui. Il n’est pas dépassé. S’il est faible, c’est un problème d’information, de communication : les gens partagent les idées des communistes sans le savoir. Le Parti communiste doit s’unir avec la vraie gauche, c’est-à-dire l’aile gauche du PS. Je sais que c’est difficile parce qu’il y a trop de divisions. Mais c’est le PCF qui est le mieux à même de les surmonter. Je ne suis pas membre du PCF parce que je suis basque et favorable à l’indépendance, sinon je suis d’accord avec le Parti communiste. Il peut rebondir s’il présente bien son projet. Ce n’est pas une question d’image, je n’ai rien contre les dirigeants actuels du PCF. »

 

Anna, vingt-quatre ans, étudiante à Sciences-Po Paris, syndiquée (Pas loin de l’agora de l’Humanité.)

« J’aimerais que la gauche se réveille car il n’y a pas d’opposition. Ça affaiblit tout le mouvement syndical. Il faut que le PS retrouve le chemin de la rue. Et on ne peut pas se permettre les divisions. Il faut rassembler les forces de gauche. Besancenot fait des discours mais il ne veut pas gouverner : c’est malhonnête. Quant au PCF, il a des positions justes mais il est trop faible, on ne le voit plus, on ne sait pas ce qu’il fait. Le PCF est inutile, nationalement au moins. Il pourrait être un outil pour que le PS soit plus à gauche, mais je ne le vois pas repartir. Il n’y a que le PS qui peut gagner la présidentielle et donc gouverner. Quant aux antilibéraux et à l’appel de Politis, ça ne fait qu’une division de plus. Je ne suis pas désespérée mais je suis dubitative. J’attends le congrès du PS. La seule solution serait d’investir le PS par la gauche, de renforcer la gauche du PS. Le Parti socialiste n’est pas très appétissant mais il faudrait y aller. »

Flavien et Christelle, vingt ans, chômeur, et vingt-trois ans, auxiliaire puéricultrice (Dans le stand de la fédération des Yvelines du PCF.) 

« Franchement, la politique, c’est beaucoup trop compliqué pour nous. On sait qu’on est à gauche. On a voté pour le facteur au premier tour, et Ségolène au deuxième. On a voté pour le maire aux municipales, il est de gauche, mais on ne sait pas s’il est communiste ou socialiste. On vient ici pour donner un coup de main parce que des communistes sympas nous l’ont proposé. Le PCF est proche des jeunes. On a manifesté pour le CPE parce que les jeunes étaient attaqués. Si le Parti communiste fait une manifestation pour les salaires, on ira. On aimerait que la politique soit plus simple. »

Willy, trente-deux ans, prépare des concours de l’éducation nationale. (Devant le stand du mouvement des quartiers pour la justice sociale.)

« Il faut surtout faire du travail de terrain, aller voir les gens et les sensibiliser à partir de leurs problèmes. L’idéologie, c’est nécessaire. Mais depuis l’effondrement du communisme, il y a une telle crise qu’il faut reprendre par en bas, par le local. La gauche sera discréditée tant qu’il n’y aura pas une rupture radicale avec le discours sécuritaire. C’est vrai que le PC n’a jamais cédé là-dessus, mais il n’a pas dénoncé les dérives de Jospin et du PS. Il faut recréer le mouvement social, il y a un vide total. Le PS est ridicule. Il attaque Nicolas Sarkozy sur les aspects liberticides de sa politique et sur sa personne. Mais pas sur le social. Pour moi, le PS, c’est terminé. Les partis peuvent recrédibiliser les idées contestataires, mais pas impulser le mouvement. Il aurait fallu qu’il y ait un écho politique au « non » à l’Europe, en 2005. Mais ils n’ont même pas été foutus de s’entendre. Il y a peu de chances que le PC et la LCR fassent comme Die Linke. Je n’y crois pas, je suis pessimiste, on a raté l’occasion. Il n’y a pas d’autre moyen que la démocratie sociale par le bas. »

 

Christelle, trente et un ans, psychologue dans une maison de retraite, membre du PCF depuis 2007 (Derrière le bar de l’auberge landaise.)

« Ma famille est de gauche mais pas communiste. Ça me turlupinait d’adhérer, le mauvais score du PC à l’élection présidentielle m’a fait franchir le pas. Je me dis qu’il faut convaincre. Le Parti communiste n’est pas arriéré, la révolution, ce n’est pas dépassé. Je suis pour une révolution permanente, on ne peut pas changer tout d’un seul coup. Il y a un recul de la société, il n’y a pas de culture politique. Les gens sont en retrait, ils se contentent de ce qu’ils ont, leur travail, leur voiture… Il na pas que le marché et la consommation dans la vie ! Le communisme, c’est l’idée de partage, une autre conception de la société. Les communistes sont les seuls à prendre l’être humain dans sa globalité. Le Parti communiste doit être plus sur le terrain. Il parle trop exclusivement des ouvriers et il néglige les employés et les professions intellectuelles. Ma mère était ouvrière, son entreprise a fermé. Elle a trouvé un emploi de service dans le social, maintenant elle est bien. Il faudrait que le Parti communiste trouve des alliés, mais surtout pas le PS. Ni la LCR qui est en fait le FN de l’autre côté : il dit non à tout et n’a pas de propositions. Le PCF a fait beaucoup pour se détacher de l’URSS, il va remonter, ça va être long mais moins qu’on ne le pense. Il faut diffuser nos idées et l’Huma. Le PCF va s’en sortir parce que la France est un pays qui a fait des révolutions. Les gens veulent un parti d’idées, pas un parti où les personnalités s’affrontent. Il faut que le PC s’en sorte seul. Ensuite, il faudra qu’il trouve des alliés. »

 

Fanta, vingt-neuf ans, travailleuse sans papiers régularisée à la suite de la grève, déléguée syndicale (Devant le stand du PCF du 11e arrondissement de Paris qui accueille les sans-papiers)

« Je ne suis pas une politicienne et je suis ici invitée par le PCF et la CGT. La CGT, les partis, les associations nous ont permis d’être reconnus. Ils nous ont fait sortir de l’ombre. Ils ont été courageux. C’est l’effort de tous, tous ensemble. Mais sans nous, les sans-papiers, les travailleurs, rien ne se fait. C’est à nous d’avoir du courage, de tenir. C’est à nous de démarrer. Après, si tout le monde se rassemble… Mais c’est d’abord à nous de jouer. Sans nous, rien ne se passera. Ce sont des hommes qui font les lois. C’est à nous de les refaire. »

Olivier Mayer

 

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