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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


aide pédagogique

Publié le 21 Août 2008, 23:00pm

Catégories : #humour

La rentrée approche pour mes gentils collègues. C’est bien beau d'avoir été payés à ne pas faire grand chose pendant deux longs mois, il faut à présent penser aux chères têtes blondes qui vous seront confiées dans deux semaines. Afin d’aider ceux d’entre vous qui n’auraient pas d’idées ou, mieux, voudraient sortir du traditionnel sujet de « texte libre » automnal : « Racontez votre plus joli souvenir de vacances », voici une leçon toute faite, vous n’avez plus qu’à l’imprimer et à la servir toute chaude (à éviter pourtant un jour d’inspection, à moins de connaître très bien le visiteur, on ne sait jamais vraiment ce que pensent ces gens-là…) bb

 

Matière concernée : instruction morale et civique (1) 

 Chapitre du programme concerné : La politesse.  

 Intitulé de la séquence : Comment répondre à une provocation.

 Séance n° 1 : Éconduire un importun de manière civile.

Contexte  pédagogique :

 Objectif : S’approprier un langage et un vocabulaire adaptés ; à un contexte, une situation et une personne donnés.

 Compétence du socle commun (2)  visée : être capable de s’exprimer dans un registre présidentiel.

 Point de départ : Proposer aux élèves d’imaginer la situation suivante :

« Lors d’une visite au salon de l’agriculture, un professeur prend un élève par le bras pour l’inviter à suivre le reste de la classe au lieu de lancer des invectives et des quolibets à un visiteur de petite taille, en visite officielle et occupé à comparer les louches et les cuillères qu’on lui tend. « Me touche pas tu me salis » lance l’élève en colère. « Alors casse-toi pauvre connard » rétorque gentiment le maître.

 

Déroulement de la séance :

     1) Diviser la classe en deux groupes. L’un travaillera sur « Me touche pas tu me salis », l’autre sur « Alors casse-toi pauvre connard ».

Consigne : dans la phrase qui vous est attribuée, relever dans un tableau les mots et expressions relevant des différents niveaux et registres de langage : présidentiel, soutenu, courant, populaire.

      2) Inviter les élèves à proposer à l’oral leur classement. Ne pas manquer de faire remarquer que l’essentiel de la phrase n°1 se situe dans le niveau courant, voire populaire (comme l’indique la négation tronquée du « ne » dans « Me touche pas »), alors que l’essentiel de la phrase n°2 se situe résolument dans le niveau de langage présidentiel.

      3) Les élèves seront ensuite invités à réfléchir sur deux expressions :

       a. « Casse-toi ». Il est intéressant de commencer par une recherche de synonymes dans le même registre : « Barre-toi », « Dégage », « Trisse », « Ripe ton cul »… Ce qui amène à faire constater par les élèves la richesse du registre présidentiel.

Il est tout à fait possible que, par esprit de provocation, un élève propose « Va-t’en » ou pire encore, « Voudriez-vous s’il vous plait cesser de m’importuner ». On fera remarquer (en stigmatisant l’insolence, au passage) que l’expression « Va t’en » est beaucoup trop dure dans la bouche et donc très irrespectueuse. On entend presque « Satan ! »

Quant à « Voudriez-vous s’il vous plait cesser de m’importuner », on invitera les élèves à en mesurer le côté ampoulé et chichiteux qui traduit suffisamment le mépris d’une personne à l’encontre de son interlocuteur pour en conclure que ce genre de propos est à classer dans la catégorie "à éviter absolument en toutes circonstances". 

b. « Pauvre connard ». Il n’est pas utile de s’appesantir sur le vocable connard qui a déjà fait l’objet d’une étude approfondie, lorsque nous avons évoqué, en classe, la triste affaire de cet enseignant fou et indigne de sa profession, qui s’est laissé aller à une violence physique inouïe et inqualifiable, lorsque l’un de ses élèves l’a aimablement affublé de ce qualificatif.

On se contentera de rappeler que « connard » est un diminutif sympathique et doux du mot « con » qui vient du bas français « connil » lui-même dérivé du latin « coniglius » et signifiant « lapin ». On voit par là toute la gentillesse et la douceur qu’il y a à qualifier son prochain de con, ou encore mieux de connard.

Avec les plus petits, il ne sera pas utile d’évoquer la triste utilisation déviée et déviante du mot « con », dans une connotation bassement sexuelle et qui plus est dégradante pour les lapins (Ce point sera d’ailleurs revu lors d’une séquence sur le respect du monde animal au cours de laquelle vous inviterez Brigitte Bardot à expliquer comment toute sa vie a tourné autour de ce mot, de ses débuts à l’écran à son amour des lapins aujourd’hui, en passant par sa période fourrure.)

 

Par contre, il convient de s’attarder sur le qualificatif « pauvre » précédant le mot « connard ». D’abord pour faire remarquer que le terme qualificatif n’est ici pas approprié, puisque nous nous situons de manière intrinsèque dans le domaine de l’injure et de l’insulte.

Traiter quelqu’un de « pauvre » est d’une rare violence. Les pauvres sont en effet la lie de nos sociétés ultralibérales. Le pauvre est un être sans ambition, le contraire d’un battant. Bref c’est un looser et il est lui-même une injure à notre foi dans le capitalisme.

Autant traiter quelqu’un de « bon à rien », de « fainéant » ou encore de « parasite » !

En conséquence, il est primordial de faire remarquer aux élèves que, même si l’on peut comprendre qu’un mot puisse parfois nous échapper, sous le coup d’une juste colère par exemple, il convient de bannir le mot pauvre de notre vocabulaire comme on bannit le pauvre lui-même.

En conclusion, les élèves devront être amenés à dire que, dans la situation étudiée, il aurait mieux valu que le professeur s’en tienne à « Casse-toi connard » qui comme la séance l’aura bien mis en évidence reste dans un registre amical, sympathique, affectueux et respectueux. Au passage on aura donné par la même occasion une leçon d’humilité aux élèves en démontrant qu’un professeur n’est pas infaillible.

En résumé : « Casse-toi connard » est tout à fait du registre présidentiel et est sans aucun doute la meilleure façon d’éconduire poliment un importun.

Toutefois, il conviendra de faire remarquer aux élèves qu’il faut absolument s’abstenir de lancer « Casse-toi pauvre connard » au beau milieu du salon nautique et de la navigation de plaisance eu égard à l’étymologie du mot « connard ». Le lapin étant banni du pont de tous les bateaux comme le pauvre de celui des yachts !

 Prolongements  possibles :

 

 - En français : il semble indispensable d’étudier quelques formes emphatiques pouvant de manière intéressante enrichir et renforcer l’expression, comme : « Casse-toi tu pues, connard dégénéré  ! »

      - En histoire : il serait utile d’étudier l’évolution positive du registre de langage présidentiel qui nous a fait passer en quelques décennies (à savoir de Charles De Gaulle à Nicolas Sarkozy) de veaux à lapins.

      - En économie, on traitera le paradoxe suivant :

Comment envisager un bannissement rationnel et efficace des pauvres alors même que l’on en produit des quantités de plus en plus importantes ?

      - En maths/sciences : Etudier les implications mathématiques et physiques d’une expression comme : « Y’a pas à tortiller du cul pour chier droit ». Expression dans le droit fil de notre leçon de morale du jour et qui signifie que l’on a tout à gagner à être franc et direct.

     - En anglais : proposer aux élèves de traduire « casse-toi connard ». Cela donnera quelque chose comme : “ Get the fuck out of my way you bastard”. Ce sera l’occasion de vérifier si la traduction permet de passer de la forme Présidentielle à la forme Royale, ce qui serait une bonne nouvelle tant pour Elisabeth que pour Ségolène.

 

Prochaine  séance :

Le thème n’en est pas encore défini, il suffit à l’enseignant consciencieux, pour sa leçon quotidienne, de lire les journaux ou d’écouter la voix de son maître à la radio ou à la télé.

 

(1) Pour construire ses leçons, le maître pourra se référer avec profit aux excellents écrits de Saint Nicolas-Xavier d’Arcos, qui est à Saint François d’Assise ce que le faux con est aux petits oiseaux.

            (2)  Ne pas confondre socle commun et piédestal ordinaire.


 

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