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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


edvige, un autre avis

Publié le 16 Août 2008, 23:01pm

Catégories : #juges et tribunaux

Edvige : le décret de la honte

 

Par Jean-Luc Gonneau

Si l’économie va mal, si le social est malmené, la honte se porte bien, la honte est en pleine forme, elle pète la santé, la honte. Après la « Directive de la honte » européenne, qui inscrit dans les textes que l’Europe ne veut plus d’étrangers (surtout non blancs), voila Edvige, le décret de la honte. Un agréable prénom pour cacher un texte aux relents pétainistes nauséabonds.

Le décret institue un nouveau fichier, qui concerne deux catégories de personnes : les élus politiques, associatifs et syndicaux et celles et ceux qui aspirent à le devenir, ce qui fait du monde, d’une part, et les « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». On appréciera le rapprochement, qui assimile, sauf à être aveugle, les élus ou candidats à des fauteurs de troubles.

Outre les données concernant l’état civil, la profession, les antécédents judiciaires, la situation fiscale et patrimoniale, le fichier pourra aussi contenir des informations sur les personnes avec lesquelles le « suspect » est en relation (excellent motif pour multiplier les suspects), des photographies (souriez, vous êtes filmé),des informations sur le « comportement » des suspects (se cure-t-il le nez au volant dans les embouteillages, aime-t-il le vin, le tabac, les femmes, les hommes, les deux, préfère-t-il le PSG à l’OM, fréquente-t-il - trop - les musées… ?) et des informations sur leurs déplacements. Comme le rédacteur du décret n’est pas un flèche de l’écriture (nous ne le prendrions jamais au Cactus rien que pour ça), il s’emmêle un brin les crayons sur ce dernier point : les déplacements figurent dans la liste et sont exclus trois lignes plus loin. Gageons qu’au bénéfice du doute, la police aura une interprétation très libérale du texte, et inclura les déplacements.

Il s’agit donc de recueillir des informations sur les « opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou l’appartenance syndicale » des individus (vous avez remarqué qu’un suspect n’est plus un « citoyen », mais un « individu »). Opinions philosophiques ou religieuses ? Nous pensions, bêtement sans doute, que ces opinions là relevaient, dans un Etat laïque, de la sphère privée. Nous nous trompions, manifestement. A moins que, subrepticement, l’Etat ne soit plus laïque. A part le politique, le syndical, le philosophique ou le religieux, Edvige ne contiendra rien d’autre ? Non, dit le texte sauf… « de manière exceptionnelle ». Qui décide de l’exception ? Un magistrat, ce qui serait à peine rassurant ? Non, le ministre de l’Intérieur. Et là, ce n’est pas rassurant du tout. D’autant que, bien évidemment, les personnes fichées (article 5 du décret) n’ont pas accès à l’édifiante notice à elles consacrées.

Comme trop souvent, les organisations politiques de gauche ont été bien molles dans leurs réactions, et c’est de la « société civile » que l’initiative la plus déterminée a surgi. Une pétition circule, à signer sur le site http://www.nonaedvige.ras.eu.org, soutenue, enfin, par les organisations politiques, syndicales et associatives. Elle a recueilli plus de 35000 signatures. C’est bien, mais pas assez, alors, signez !

Il n’est pas impossible que d’aucuns nous soupçonnent d’exagérer : que nenni ! Le texte, aisément trouvable sur internet, et reproduit en annexe de cet article dans le site du Cactus. D’autres relativiseront en remarquant que ce travail de fichage était fait depuis des décennies par les défunts Renseignements Généraux. Nous répondrons que, grâce à la gauche cette fois, l’activité « politique » des RG était devenue fort résiduelle, voire débonnaire, ce qui avait amélioré le fonctionnement démocratique de l’Etat. Et qu’il ne s’agissait pas d’un traitement automatisé, qui permet bien des croisements, qu’on ne mélangeait pas (sauf dérapages) deux catégories de personnes, pardon, d’individus qui ne sont pas comparables. Dernier en date des délires sécuritaires de l’omniprésident, Edvige, malheureusement, ne le restera pas longtemps : d’autres fichiers sont en projet.

http://www.nonaedvige.ras.eu.org)

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