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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


réinventer la gauche, 4

Publié le 27 Juin 2008, 23:01pm

Catégories : #un petit tour chez les socialistes


4- Faisons du partage des richesses notre combat central

 

La mondialisation libérale a organisé au profit du capital financier une ponction sans précédent sur les richesses produites. La rémunération du travail est à la portion congrue. Le dumping social bat son plein. C’est pourtant le moment où la plupart des partis sociaux-démocrates européens ont abandonné l’idée que le partage des richesses est le combat central de la gauche. Ceci explique pourquoi ils démantèlent leurs conquêtes d’hier : la social-démocratie allemande a retardé à 67 ans l’âge de départ en retraite, la social-démocratie danoise a supprimé l’impôt sur les grandes fortunes, les social-démocraties de Suède et du Danemark ont été les premières à expérimenter les hausses massives de TVA, la social-démocratie britannique bloque toute harmonisation sociale par le haut en Europe et fait triompher la semaine de soixante-cinq heures…

Pour ces « Démocrates », la part de richesse que l’on reçoit est le résultat des efforts personnels des chacun, des opportunités, de la bonne santé de l’économie. Ce n’est pas une question politique ou sociale à traiter comme telle. Dès lors le rôle de la gauche se limite à promouvoir « l’égalité des chances ». Les démocrates espèrent ainsi atteindre une forme d’inégalité… juste. Alors l’égalité véritable n’est plus à l’ordre du jour. En revanche, les démocrates visent « l’équité ». Ceci se limite souvent à agir contre les discriminations, particulièrement celles qui découlent du sexe et de l’origine ethnique ou de la couleur de peau, car la question de l’appartenance sociale est à leurs yeux seconde. La gauche démocrate n’analyse pas la société en termes de classes sociales mais d’individus. La nécessité d’instaurer un rapport de force collectif pour la répartition de la richesse disparaît. Ainsi Veltroni a pu dire que le parti démocrate italien se trouve « à équidistance des travailleurs et des entreprises ». Il voulait dire du capital et du travail. Cette position ne produit aucune perspective de développement économique ou social. Il faut donc choisir.

Le partage de la richesse est possible. La France n’a jamais été aussi riche de son histoire. Elle produisait 1000 milliards d’euros par an en 1981. Elle en produit 1900 milliards aujourd’hui. Ses ouvriers travaillent à la moyenne du nombre d’heure en Europe mais leur productivité est la deuxième du monde. Partager est nécessaire. Jamais il n’y a eu autant de pauvreté ni de travailleurs pauvres : 7 millions à cette heure. La moitié des départs à la retraite se font sous le seuil de pauvreté. La pauvreté est au cœur du système. Pas seulement comme symptôme mais comme moteur du modèle actuel d’accumulation inégal des richesses.

le nouveau réalisme de gauche

Le courage politique aujourd’hui ne consiste donc pas à demander de nouveaux sacrifices aux mêmes. C’est au capital financier qu’il faut prendre ce qui nous manque pour le bien public. Nous devons considérer que les dix points de part de la richesse nationale qui sont passés de la rémunération du travail à celle du capital constituent notre marge de manœuvre pour une politique socialiste de réformes radicales bien financée. Ils doivent revenir dans le mécanisme de la répartition par les salaires, l’impôt et les cotisations sociales. Les mesures qui permettent d’initier ce basculement existe. Elles n’ont rien de mystérieux. C’est la hausse du SMIC, le relèvement de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, la soumission des revenus financiers à un impôt juste... C’est la suppression des exemptions de cotisations sociales et le relèvement limité de celles-ci qui suffirait à équilibrer les retraites sans allonger la durée de cotisation, l’établissement de cotisations sur les stocks options déjà acquises… Il s’agit seulement d’un choix politique. Celui conditionne la suite. Car faute de ce choix initial, il serait impossible à un gouvernement de gauche d’opérer la rupture nécessaire avec les politiques menées par la droite. Impossible d’abroger la réforme des retraites, d’annuler les franchises médicales et autres mesures de déremboursement de soins, de rétablir les 35 heures pour toutes et tous, de répondre à l’exigence d’un meilleur pouvoir d’achat des travailleurs, de reconstituer les effectifs nécessaires à la bonne marche de la Fonction Publique.

Le partage des richesses au profit du travail et des besoins collectifs est donc la question clef d’un programme socialiste réaliste. Elle est d’abord politique. Elle nécessite d’être prêt à assumer les tensions que cette politique implique avec les milieux financiers. Cela signifie qu’il ne suffit pas de proclamer cet objectif mais qu’il faut se donner les moyens du rapport de force pour y parvenir. Le programme socialiste ne prend alors son sens que s’il est un programme d’action impliquant tous ceux qui ont intérêt à ce changement.


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